1La construction d’une villa a motivé une prescription de fouille préventive dans l’impasse Turcan. La parcelle concernée est localisée dans le quart sud-est de la ville antique et est limitée au sud et à l’est par l’enceinte antique dont le tracé est connu. Située entre 13 m au nord et 11 m NGF au sud, cette parcelle domine le port antique et plus précisément un vivier romain (Excoffon 2012). Concernant les périodes médiévale et moderne, le quartier devient extra muros.
2La fouille d’une emprise de 1 000 m2 s’est déroulée du 7 juillet au 3 octobre. Elle a mis au jour une occupation antique et une fréquentation médiévale et moderne.
3L’occupation antique s’implante sur un substrat composé de grès rocheux dans les parties les plus profondes du site qui est surmonté de niveaux sableux composé de grès délité témoignant de phénomènes de colluvionnement à une date sans doute antérieure à l’Holocène. La topographie du substrat présente un double pendage ouest-est et sud-nord dans la majeure partie du site.
4Une première fréquentation du site a été identifiée sous la forme d’un vestige de sol de terre charbonneux très localisé sur quelques mètres carrés. Elle demeure mal cernée compte tenu de l’absence d’autres vestiges. Mal datée, elle est antérieure à l’occupation des années 10-30 apr. J.-C. qui lui succède.
5Elle est caractérisée par un long bâtiment observé sur une longueur de 37,30 m pour une largeur de 5,30 m. Le bâtiment présente une orientation nord-ouest – sud-est qui s’intègre dans l’orientation générale du réseau urbain B de la ville antique de Fréjus. À l’intérieur du bâtiment, vingt-trois fosses circulaires disposées en deux alignements situés contre les parements internes des murs longitudinaux ont été découvertes (fig. 1). Compte tenu de leurs dimensions, leur diamètre variant entre 0,75 et 1,15 m pour une profondeur comprise entre 0,10 et 0,35 m, ces fosses sont probablement des négatifs de structures de stockage de type dolium. On interprète ce bâtiment comme un entrepôt bordé à l’est par une voie.
Fig. 1 – Vue de l’entrepôt depuis le nord-est
Cliché : P. Excoffon (SAPVF).
6Au cours du troisième quart du ier s. de n. è., le bâtiment subit des réaménagements internes avec le terrassement des niveaux à fosses et la division de l’espace interne en plusieurs pièces grâce à la construction de plusieurs cloisons transversales. Le bâtiment ne fonctionne plus comme un entrepôt bien que sa destination ne soit pas identifiée faute de vestiges suffisants.
7Un reste du rempart antique a été mis au jour dans la limite sud du chantier. Il n’est conservé qu’en fondation sur une largeur de plus de 1,50 m. Bien que les éléments chronologiques de son installation manquent, les données issues de l’étude du site de la Plate-Forme plus au nord-est indiquent une construction probable vers les années 70 apr. J.-C. (Rivet et al. 2000). La découverte d’un piédroit de porte délimitant l’extrémité nord-est du rempart atteste un passage existant dans l’enceinte donnant sur la voie identifiée le long du grand bâtiment.
8À partir de la fin du Ier s ou du début du iie s., le site connaît plusieurs aménagements qui ne modifient que légèrement le plan d’ensemble (fig. 2).
Fig. 2 – Vue d’ensemble du site
Cliché : Vue-aérienne.com ; DAO : SAPVF.
9Tout d’abord, dans les pièces du corps de bâtiment central sont construits deux fours en fosse bâtis en briques crues portant des traces de rubéfaction, dont la fonction spécifique est inconnue.
10Ensuite, le corps de bâtiment est agrandi par la création d’une aile sur son flanc ouest. Dans la voie est, qui est toujours utilisée, est créé un portique dont trois piliers sont conservés.
11Enfin, sur la partie occidentale du site, l’installation d’un grand bassin en tuileau, observé sur une longueur de plus de 19 m, pourrait témoigner de la présence de jardins d’agréments, puisque le bassin demeure le seul vestige découvert sur la partie ouest du site.
12L’occupation du site dure jusque dans le courant du iiie s. de n. è. avec des modifications mineures dans la deuxième moitié du iie s., où les fours sont abandonnés.
13Aucune trace d’occupation antique postérieure au iiie s. n’a été découverte.
14Seule une inhumation en pleine terre installée dans la rue à partir des derniers niveaux de circulation a été mise au jour. Datant probablement de l’Antiquité tardive, elle indique l’abandon de l’occupation antique dans ce secteur de la ville.
15Les spoliations des murs aux xiie-xive s. sont les seuls vestiges médiévaux retrouvés, tandis qu’un drain daté des xvie-xviie s. témoigne sans doute de pratiques agricoles sur le site.