1Les diagnostics et la fouille réalisés aux 8 et 12 rue Xavier-Darget avaient révélé la présence d’un vaste cimetière de plus de 5 000 m2 appartenant à l’ancien couvent des Cordeliers transformé en hôpital et avaient permis d’en cerner la limite méridionale (Scuiller C., Orthez – 8 rue Xavier-Darget, 2017 ; Scuiller 2019). Les sépultures mises au jour (une centaine) sur 290 m2 sont organisées en rangées distinctes, parallèles entre elles, respectant une disposition précise sans recoupements. Les sources documentaires nous apprennent que cet espace funéraire devient l’unique cimetière de la ville à partir de 1792. La population inhumée pourrait être hospitalière (malades et indigents) et civile. Les modes d’inhumation observés associant des sépultures individuelles, en cercueil et des sépultures multiples en pleine terre témoignent de l’utilisation de l’espace probablement par l’hôpital notamment au cours du Premier Empire avec l’arrivée de nombreux militaires dans la région. Les datations réalisées sur des individus inhumés dans le cimetière indiquent une fourchette large de son utilisation durant toute la période moderne. Le cimetière est fermé en 1809 et est rapidement transformé en jardin.
2Au sein de ce dernier, une vaste fosse est ouverte dans laquelle 26 individus ont été déposés rapidement et sans soin. Les premières observations de terrain ont permis d’identifier des soldats de la période napoléonienne. Les sources historiques nous apprennent que le 27 février 1814, eut lieu sur les hauteurs d’Orthez une des dernières batailles des guerres napoléoniennes entre l’armée française des Pyrénées, commandée par le maréchal Soult, et les troupes alliées anglo-ibériques sous les ordres du duc de Wellington.
3Nous avons pu montrer que les 26 soldats, âgés entre 20 et 29 ans pour la plupart, appartiennent aux deux armées opposées et ont été inhumés simultanément et rapidement dans la fosse. Le mobilier découvert au contact des squelettes correspond à des éléments vestimentaires, d’équipement ou à des projectiles. L’étude des boutons d’uniformes précise qu’il s’agit principalement de régiments de fantassins français (treize pour au moins huit régiments différents) mais que parmi ceux-ci se trouvent aussi des individus de régiments alliés (sept britanniques et ibériques). Des analyses génétiques effectuées sur douze soldats ont confirmé ces premières observations et ont permis de donner une nationalité à certains ne portant pas de mobilier.
4Ce sont essentiellement les traumatismes dus au combat qui caractérisent cet ensemble inédit confirmant que les soldats sont morts sur le champ de bataille sans avoir pu bénéficier de soins d’urgence. Des blessures dues à des tirs d’artillerie (canon, fusils) ont été identifiés sur les membres et les têtes, des traces d’arrachement ou de section de membres révèlent elles aussi la violence de la bataille et permettent d’observer ses conséquences directes sur les squelettes. Des analyses parasitologues complètent nos connaissances sur le quotidien des soldats en manœuvre en apportant des informations sur l’alimentation et l’hygiène des recrues.
5La fosse d’Orthez met l’accent sur le retour de la campagne d’Espagne peu de temps avant l’abdication de Napoléon et alors que les forces militaires sont concentrées sur la campagne de France. Elle permet ainsi d’éclairer nos connaissances sur les troupes en action dans le sud-ouest de la France et d’entamer une réflexion sur les conditions de vie des soldats des deux armées, la cause et les conséquences de leurs blessures et la gestion des corps après un combat.
6Le programme d’aide à préparation à la publication mis en œuvre en 2021 doit constituer le prélude à un projet collectif de recherche triennal qui se propose de valoriser les résultats issus de la fouille préventive et de les compléter par la constitution d’une équipe multinationale, inter-institutionnelle et interdisciplinaire (histoire et archives, archéologie, anthropologie, génétique, parasitologie, isotopie, entomologie). Il a été consacré à la mise en état d’étude des vestiges anthropobiologiques et à l’engagement d’analyses développant et complétant celles initiées et présentées dans le rapport d’opération. Ces actions financées par la direction régionale des Affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine, le laboratoire Pacea (projet Ancor) et le département des sciences archéologiques de l’université de Bordeaux, ont concerné uniquement la fosse 1006 dans laquelle furent inhumés les 26 soldats et ont visé à poursuivre la documentation de leur identité biologique.
7Les données isotopiques et génétiques sont très prometteuses du fait de la très bonne conservation du collagène. Les analyses encore en cours mettent d’ores et déjà en exergue la nécessité de confronter les deux types de résultats pour affiner les interprétations sur l’identification des soldats à partir de leur origine géographique et de leurs ratios isotopiques. Les premiers tests entomologiques n’ont en revanche pas été concluants. Très peu de restes relatifs aux conditions de dépôt des soldats dans la fosse ont été identifiés. Les vestiges ostéologiques ont fait l’objet d’une reconstruction des parties anatomiques les plus sensibles et d’une sauvegarde 3D pour celles qui seront détruites lors d’analyses. La collection est donc prête pour la poursuite des études macro et microscopiques.