Saint-Sylvestre – Abbaye de Grandmont
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Année de l'opération :
2021Numéro d’opération :
123926Sujets :
ensemble religieux, monastère, abbaye, église abbatiale, cimetière, fosse, sépulture, sépulture à inhumation, canalisation, contenant funéraire, coffre funéraire en bois, cercueil, dalle, représentation figurée, représentation animaleLieux :
France métropolitaine, Nouvelle-Aquitaine, Département de la Haute-Vienne, Saint-Sylvestre (Haute-Vienne)Chronologie :
époque médiévale, Haut Moyen Âge, époque carolingienne, Moyen Âge classique, Bas Moyen Âge, époque moderneNature de l'opération :
fouille programméeTexte intégral
1La campagne de 2021 a permis de confirmer le phasage proposé pour l’ensemble du site lors des précédentes fouilles.
2Une occupation antérieure (phase 1) à l’arrivée des frères grandmontains, en 1124, semble attestée à la période alto-médiévale. La découverte d’une nouvelle fosse anthropique ovalaire, creusée dans le granit, vient confirmer cette hypothèse. Même si son comblement s’est révélé stérile, cette fosse est bien antérieure à la pose du mur gouttereau nord puisque des assises de fondation y ont été disposées, après recoupement de son comblement. Elle est mitoyenne d’une autre fosse découverte en 2014-2015, qui contenait du mobilier alto-médiéval (viiie-xe s.), confirmé par une datation radiocarbone. L’hypothèse d’une installation humaine de type rural au haut Moyen Âge repose donc, à ce jour, sur la présence de plusieurs fosses, dont deux mitoyennes, sur un mobilier céramique résiduel et sur deux datations par radiocarbone.
3La construction du premier monastère est nécessairement réalisée dans le courant du second quart du xiie s., après d’importants travaux de terrassement et de nivellement, encore une fois constatés sur le site, pour s’adapter au caractère accidenté du terrain, notamment à l’est du promontoire. On n’a, pour l’instant, aucune trace archéologique sinon une utilisation précoce du cimetière oriental.
4Reconstruction totale ou partielle, le second monastère (phase 2) semble avoir été édifié en plusieurs temps, que l’on commence à identifier.
5L’église n’est pas achevée avant le dernier tiers du xiie s. (est-ce déjà celle du premier monastère ?). Quelques vestiges d’un sol ancien, constitué de dalles hexagonales, ont pu être repérés cette année dans la partie occidentale. Les murs gouttereaux, entièrement démontés, reposaient, sans tranchée de fondation, directement sur l’arène granitique ou, parfois, sur un dépôt de mortier résistant pour le mur nord.
6Dans cette partie de la nef, outre la grande fosse à trois tombes fouillées en 2019 devant la porte sud, toutes les sépultures sont placées au centre, il n’y a pas d’inhumation au droit de la porte nord. Trois tombes alignées ont ainsi été étudiées en 2021. La plus à l’ouest est une sépulture peu profonde avec cercueil qui contient un individu en partie bouleversé. La suivante, très profonde avec cercueil, abrite également un individu bouleversé. Enfin, la plus à l’est, est une petite sépulture construite, très peu profonde, avec deux dalles de couverture. Elle contenait un coffret en plomb avec la réduction d’un seul individu et du mobilier (tissus précieux, cuir, bague, bâton sacerdotal en plusieurs fragments et pointe métallique dudit bâton). La découverte de ce riche coffret-ossuaire est exceptionnelle et cette forme de réinhumation prestigieuse témoigne d’une vaste politique funéraire, déjà évoquée par les indices d’embaumement ou encore les ampoules en plomb du cimetière oriental. Ces trois sépultures devaient être signalées par une plaque funéraire au niveau du sol.
7Venant s’ajouter aux tombes ad sanctos, à la galerie nord du cloître et au cimetière oriental, un quatrième espace d’inhumation a été identifié au nord de l’église cette année. Des sépultures sont, en effet, implantées le long du mur gouttereau.
8C’est durant la première moitié du xiie s. qu’est installé le cimetière oriental, utilisé au moins jusqu’au xive s. À l’est du monastère, en surplomb de la grande terrasse, un mur de direction ouest-est, établi en fonction de la pente du versant oriental du promontoire et certainement pour stabiliser le terrassement à cet endroit, a servi de limite sud au cimetière. Dans ce secteur, l’espace cimétérial, toujours organisé en rangées, comporte certaines sépultures bouleversées avec plusieurs individus atteints de pathologies invalidantes. Trois ampoules en plomb ont été retrouvées cette année encore, dont l’une en place sur le torse de l’individu, ce qui porte cette collection, unique en Europe, à 38 exemplaires.
9Dans le premier tiers du xiiie s. a lieu la reconstruction du cloître et des bâtiments claustraux avec un possible transfert du nord au sud. Ces profonds bouleversements, peu connus jusqu’à présent, ont trouvé un nouvel éclairage grâce à l’ouverture d’un secteur de fouille dans la partie sud-ouest du cloître en 2021.
10Sondé en plusieurs endroits, le bâtiment méridional dispose d’une grande salle éclairée, du côté sud, par une série de fenêtres ébrasées. Il s’agit peut-être de l’ancien réfectoire. On y accède, depuis l’angle sud-ouest du cloître, par une arcade reposant sur des piliers à chapiteau. Il est relié au bâtiment occidental par une salle d’angle carrée et équipée de deux grandes arcades ouvrant sur chaque aile. Deux accès au bâtiment occidental, depuis la galerie de cloître, ont été retrouvés : un large passage sous arcade au sud et une simple porte au nord. Les deux bâtiments, conservés sur une élévation de 2 à 3 m, datent du début du xiiie s., d’après les colonnes, les chapiteaux et les tas de charge conservés en place. La présence d’éboulis de pierres au contact des maçonneries subsistantes montre que cette partie du monastère médiéval n’a pas été systématiquement démolie lors de la grande reconstruction du milieu du xviiie s.
11Un grand sondage perpendiculaire au parement est du bâtiment occidental a permis de retrouver une structuration conforme et attendue. Le mur du bâtiment est équipé d’une porte et d’une banquette de pierres à sa base. On trouve ensuite la galerie ouest du cloître, large de 3,80 m, avec un pavage de carreaux non vernissés, en place mais usé. Son mur bahut dispose d’un grand ressaut du côté de la galerie, peut-être pour accueillir une seconde banquette, et d’une structure construite s’apparentant à un contrefort du côté de la cour. Cette dernière est en partie pavée de dalles granitiques bien agencées avec un caniveau pour l’évacuation des eaux pluviales. La terre noire recouvrant le centre de la cour du cloître comportait beaucoup de mobilier (céramique, verre) et, surtout, un élément de placage en métal cuivreux doré représentant des animaux affrontés, dont un exemplaire identique est conservé au musée de Cluny à Paris.
12L’une des découvertes majeures de la campagne 2021 reste l’important réseau hydraulique du secteur oriental. Trois phases d’aménagement se distinguent. La première phase pourrait correspondre au premier tiers du xiiie s. car une canalisation est-ouest passe à travers le mur du bâtiment oriental médiéval pour évacuer les eaux usées en direction du rebord du promontoire. Ensuite, elle est dérivée vers le sud et la première canalisation est condamnée. Cette réorientation du système hydraulique est, pour l’instant, difficile à comprendre.
13Globalement, deux grandes périodes de réalisation se dégagent à la suite de la dernière étude sur le mobilier lapidaire. La première, dans les années 1180-1190, pourrait être mise en lien avec le transfert des reliques d’Étienne de Muret, lequel traduit de nombreux changements au sein des mentalités grandmontaines. La deuxième phase correspond aux années 1215-1225 qu’il est tentant de mettre en relation avec la victoire du « clan clérical » de l’ordre en 1217, laquelle aurait pu motiver une réorganisation des bâtiments conventuels et de l’église matérialisant ainsi, dans la pierre, la hiérarchie entre les deux parties de la communauté.
14Dans le troisième quart du xve s. ou avant (phase 3), d’importants travaux sont effectués dans l’église et dans une partie des bâtiments claustraux. De cette époque date peut-être, dans la zone la plus à l’ouest de la nef, le pavement le plus récent, composé de dalles rectangulaires.
15Des réparations et des consolidations sont encore effectuées aux xvie et xviie s. À l’extérieur de l’église, du côté nord, une construction, très large, fondée à travers le rocher et ancrée au mur gouttereau, est interprétée comme l’un des contreforts édifiés au xviie s. et mentionnés dans les textes. Un décalage dans l’alignement du mur, à cet endroit, dénote peut-être de deux états de construction ou, au moins, d’une réfection importante.
16La reconstruction totale du monastère à partir de 1738, sur un plan totalement différent (phase 4), dénote d’une volonté de rompre avec le passé. Le démontage partiel des sols, tant dans la nef que dans la galerie nord du cloître, indique que les bâtiments médiévaux ont été entièrement démolis aux abords de la nouvelle construction, lors des travaux du xviiie s. En revanche, ils ont subsisté, à l’état de ruine ou entiers, lorsqu’ils se situaient à une quinzaine de mètres du nouveau bâtiment. C’est le cas pour les bâtiments sud et ouest du cloître médiéval.
17Le dernier état du réseau hydraulique pourrait dater de cette époque avec une nouvelle structure circulaire, certainement un regard ou un puisard, au moment où d’importants travaux d’exhaussement de la terrasse orientale sont effectués pour réaliser un belvédère dominant l’étang des Chambres.
18La franchise de l’abbaye de Grandmont, c’est-à-dire sa seigneurie, constituée essentiellement aux xiie et xiiie s., s’articule autour de deux milieux géographiques bien distincts, les monts d’Ambazac au nord et le plateau du Taurion au sud, organisés autour de deux pôles : le pôle religieux, constitué par l’abbaye ; le pôle économique, symbolisé par la grange du Coudier. Insérés dans le système de communications régional, ces pôles sont à leur tour reliés à de très nombreuses métairies qui exploitent les deux milieux géographiques au plus près de leurs potentialités.
19Le recours à la géomatique a permis d’étudier finement le parcellaire des environs de la grange monastique du Coudier, que la dendrochronologie vient de dater du milieu du xiiie s. Cet ensemble se présente comme un véritable isolat au milieu des zones de parcelles beaucoup plus petites et morcelées qu’on peut lire dans l’espace des monts d’Ambazac et sur le reste du plateau du Taurion. Au total, ces grandes parcelles, nommées coutures, grandes-terres ou prés, représentent environ 179 ha, qui correspondent sans doute à l’assise territoriale initiale de la grange du Coudier.
20Le recours au LiDAR et l’exploitation d’un SIG permettent aussi de cerner des évolutions dans l’organisation du territoire par les religieux. Ainsi, le village de La Chaise a été réimplanté à 400 m au sud de l’ancien site, en relation avec une vaste opération de redéfrichement. De nombreuses mentions de « prises nouvelles » (remise en culture) et d’essarts datent du xvie s., après les crises de la fin du Moyen Âge, qui ont certainement provoqué l’abandon de l’ancien site.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne (phase 3) |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/203127/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 490k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Philippe Racinet, Julie Colaye, « Saint-Sylvestre – Abbaye de Grandmont » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 18 juillet 2025, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/203127
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