1Avec le support de l’André Malraux, entre 2013 et 2015, le Drassm a expertisé 22 des 23 épaves profondes qui avaient été déclarées entre 2012 et 2015. Ces épaves, localisées pour la plupart en Haute-Corse, s’ajoutent à celles déjà expertisées en 2012 dans les bouches de Bonifacio et dont la profondeur reste importante, autour de 100 m. Une fois l’expertise de ces sites effectuée, notre priorité sur les épaves profondes de Corse est avant tout de procéder à leur documentation car elles risquent d’être endommagées par le passage de chaluts. Elles ne sont pas non plus à l’abri du pillage « grâce » aux progrès technologiques et à la démocratisation de la plongée technique de loisir. Pour cette raison en 2015 nous avons réalisé avec succès les premières couvertures photogrammétriques de trois épaves (Aleria 1, Cap Corse 2 et Capo Sagro 2).
- 1 La mission a souffert de très nombreux problèmes techniques qui ont affecté tous les ROV présents (...)
2L’objectif de la carte archéologique de 2016 était de poursuivre la documentation de ces épaves en Corse en effectuant le nombre maximum de couvertures photographiques possible sur une sélection de sites prioritaires1 choisis pour leur intérêt scientifique, l’intérêt de conservation du site, etc.
3D’un point de vue scientifique, d’autres problématiques ont été abordées concernant ces épaves ; il s’agit principalement de questionnements sur les cargaisons transportées, l’origine des navires, la route suivie et bien entendu la datation de ces épaves. Pour pouvoir répondre à ces questions, nous avons effectué des prélèvements de mobilier sur certaines d’entre elles. Sur l’épave Aleria 1 nous avons fait un test de prélèvement en montant la grosse griffe directement sur Hilarion. Les résultats ont été plutôt décevants : cette griffe est trop grande pour les objets petits et il faudra revoir son système de fermeture car même attraper un col d’amphore est une opération assez compliquée et dangereuse pour le mobilier.
4Enfin, pendant la mission Danton nous avons reçu deux nouvelles signalisations (de G. Gay) d’épaves antiques en Haute-Corse et nous avons décidé de donner la priorité à l’expertise et à la couverture photogrammétrique de ces nouveaux sites.
5Cette épave a été documentée lors de la première phase de la mission pendant la descente vers Cagliari en raison d’un problème technique importante sur le ROV Perseo qui a demandé des nombreuses heures de test à plus de 300 m.
6Nous avons effectué la couverture photo pour la photogrammétrie (12 lignes avec une direction sud-nord, deux diagonales et deux transversales) et vidéo. Les passages ont été effectués, avec la caméra, à 2 m de hauteur et espacés de 0,80 m. Un col complet d’amphore Dr. 1C et un fragment de grand bol en céramique campanienne A, Lamb. 27C ont été prélevés. Dans l’attente de la restitution de la photogrammétrie, nous n’avons pas plus de précisions sur ce site par rapport aux considérations déjà avancées en 2015 (Cibecchini F., L’Hour M., Épaves à grande profondeur de la Corse, 2015).
7Comme pour le site précédent, nous avons procédé à une couverture photogrammétrique (13 lignes avec une direction alternée sud-nord, nord-sud) et vidéo de cette épave (fig. 1). Les passages ont été effectués, avec la caméra, à 2 m de hauteur et espacés de 0,80 m. Une erreur avec la carte mémoire de l’appareil photo a toutefois empêché de compléter cette couverture et nous avons terminé les deux-trois derniers passages uniquement avec les vidéos.
Fig. 1 – Le tumulus de Capo Sagro 3
Clichés : Drassm.
8Nous avons prélevé une amphore gréco-italique presque complète qui porte le timbre SAV en relief dans un cartouche rectangulaire de 1,6 × 2,6 cm.
9Nous avons proposé d’effectuer la restitution orthophotographique et 3D de cette épave pour l’exposition du musée de Bastia qui devrait en prendre en charge le coût. La restitution sera assurée par Daniela Peloso, qui avait déjà effectué une première tentative de nuage de points avec les images partielles de 2015.
10La couverture photogrammétrique de cette épave à presque 100 m de fond a été assez rapide (13 lignes avec une direction sud-est – nord-ouest, deux diagonales et deux transversales plus la vidéo de l’ensemble) ; le tumulus mesure environ 14 × 7,5 m. Les passages ont été effectués, avec la caméra, à 2 m de hauteur et espacés de 0,80 m.
11Le pillage déjà remarqué en 2012 semble continuer sur cette épave : le tumulus d’amphores est clairement plus bas, les trous sont plus évidents. De fait, les amphores les plus superficielles sont couvertes par une riche et très colorée vie sous-marine (surtout des éponges) alors que celles des couches inférieures, aujourd’hui en surface, ne le sont pas autant ! Nous avons remarqué la présence des grands plats, a priori à vernis noir, et de nombreux fragments d’assiettes et bols en céramique fine (à vernis noir ?). Nous avons prélevé un col d’amphore ovoïde, probablement le même que celui remarqué en 2012 et qui appartient à l’amphore ovoïde un peu isolée qui était entière en 2005 et en deux morceaux en 2012… Nous pouvons confirmer aujourd’hui qu’il s’agit d’une forme Apani V (Cibecchini 2015). De plus le haut des deux anses porte un timbre STR en relief dans un cartouche rectangulaire (2,3 × 1,6 cm). Le timbre nous renvoie à Stratonicus et à une datation entre le dernier quart du iie et le début ier s. av. J.-C. (Palazzo 2013).
12Nous avons eu du mal à retrouver cette épave et quand nous avons enfin repéré deux des ancres, le ROV est tombé en panne. Même si la prospection a été très rapide et un peu chaotique en raison de la panne, nous avons eu l’impression que le bois n’était plus aussi visible qu’en 2012, mais nous n’avons pas pu éclaircir si c’était par ce qu’il était recouvert ou en cours de destruction.
13L’objectif sur cette épave était de récupérer du mobilier ciblé, mais en quantité assez importante, et de tester la griffe sur Hilarion. Toutefois d’importants problèmes techniques nous ont obligés à revoir nos objectifs concernant les prélèvements. Nous avons dû renoncer au pelvis et à l’idée de remonter des amphores grecques presque complètes ou des petites amphores à fond plat. Nous avons néanmoins réussi à récupérer une petite Dr. 20 presque complète, un col de Dr. 2-4 et le fond d’une probable petite amphore à fond plat, un gobelet et une coupe fragmentaires à parois fines ainsi qu’une lampe, sans la partie centrale. Nous avons descendu les deux ROV, Perseo et Hilarion, de manière à procéder au test de Hilarion avec la griffe (fig. 2), sous la conduite de Michel L’Hour. La nouvelle griffe s’est révélée trop grande et difficile à manœuvrer avec délicatesse non seulement sur les petits objets, mais aussi avec les cols d’amphore. Elle n’est pas aussi performante que celle, plus petite, qui avait été testée avec succès sur l’épave de la Lune.
Fig. 2 – Récupération de la Dr. 20 parva par le ROV Hilarion avec la griffe
Cliché : Drassm.
14Découverte dans l’été 2016, cette épave à un peu plus de 300 m de fond a été immédiatement expertisée. Elle a fait également l’objet d’une couverture photogrammétrique (huit profils nord-ouest – sud-est réalisés à intervalles de 0,80 m).
15Le mobilier découvert est si terriblement dispersé et fragmenté que l’on s’est demandé si le site recelait réellement les vestiges d’une épave conservée in situ ou bien plutôt des amas de mobiliers prélevés sur une épave lointaine et entraînés dans cette zone un peu dépressionnaire par des engins de pêche. Les amphores visibles sont pour la plupart de type ovoïde (fig. 3 et 4). Seules quelques rares Dr. 1C rompent la monotonie de ce profil amphorique. Trois cols d’amphores ont été ramenés au jour, tous de productions différentes. Il s’agit d’une amphore de type Tripolitaine ancienne (30239), d’une amphore d’origine espagnole à panse ovoïde (30237) et d’une amphore ovoïde non encore identifiée (30238). Pour cette dernière, et à ce stade de l’étude, on ne peut pas exclure l’hypothèse qu’il puisse s’agir de productions de l’Adriatique, même si les pâtes ne sont pas typiquement celles que l’on rencontre dans cette région. Les éléments, jusqu’à l’heure connus, permettent de dater cet ensemble mobilier entre la fin du iie et le ier s. av. J.-C.
Fig. 3 – Une des concentrations de mobilier de l’épave Macinaggio 2
Cliché : Drassm.
Fig. 4 – Détail d’une amphore ovoïde in situ, épave Macinaggio 2
Cliché : Drassm.
16Découverte et déclarée elle aussi dans l’été 2016 par G. Gay, cette épave a aussitôt fait l’objet d’une expertise qui a fourni l’opportunité d’une couverture photogrammétrique (19 profils nord-sud et 4 autres transversaux et en diagonale).
17Il semble que l’épave soit celle d’un navire qui voyageait sur lest et ne transportait donc qu’une cargaison réduite, sans doute guère plus d’une trentaine d’amphores dont deux types ont été reconnus. Il s’agit d’amphores de forme africaine IIIB / Keay XXV et de petites amphores apparentées aux type Agora M254. L’une de ces dernières a été prélevée (fig. 5). Elle est proche du type à anse a fiorellino produit en Sicile, l’autre variante étant d’origine nord-africaine.
Fig. 5 – L’amphore type Agora M254 récupérée sur l’épave de Capo Sagro 4
Cliché : Drassm.
18Dans la zone ouest du site, on a noté la présence d’un lot assez important de vaisselle de cuisine et deux pièces curieuses, qui pourraient être deux entonnoirs (fig. 6). À proximité se trouve un cube en métal clair, très probablement en plomb, doté d’une ouverture circulaire. Il pourrait s’agir d’une cuve de récupération des eaux de sentine. À proximité des entonnoirs se trouvait aussi un vase fragmentaire en verre qui a été prélevé (fig. 7). Il s’agit d’une grande bouteille cylindrique en verre vert clair portant un décor géométrique taillé à froid et composé de rangs de cupules et de lignes. Enfin, deux échantillons des pierres de lest ont été ramenés au jour pour en assurer l’analyse pétrographique.
Fig. 6 – La zone des céramiques de cuisine et du bac en plomb in situ de Capo Sagro 4
Cliché : Drassm.
Fig. 7 – Fond de grande bouteille en verre avec décor géométrique taillé à froid récupéré sur l’épave de Capo Sagro 4
Cliché : Drassm.
19L’ensemble du mobilier permet de dater le naufrage entre la seconde moitié du iiie et la première moitié du ive s. apr. J.-C.