1Un diagnostic d’archéologie préventive a été réalisé, au mois de février 2019, par le Service d’archéologie du département de Vaucluse à Orange, au lieu-dit Fourches-Vieilles, sur un terrain d’une superficie de 3,5 ha situé à 400 m environ au nord de l’arc de triomphe. Le projet prévoit la construction d’un nouveau musée municipal ainsi que l’aménagement d’un bassin de rétention des eaux pluviales. La prescription a été motivée par la proximité du tracé de la voie d’Agrippa (actuelle RN 7) autour de laquelle de vastes nécropoles étaient implantées à la sortie de la ville antique.
2Sur les 51 sondages réalisés, seuls 10 (sondages 1, 2, 3, 4, 5,7, 26, 47, 48 et 49) se sont avérés positifs ou présentent des anomalies significatives. Ces 10 sondages livrent des vestiges archéologiques de l’Antiquité et de l’époque contemporaine en raison de l’installation d’une ferme au xixe s. Les vestiges découverts se concentrent essentiellement dans la partie ouest de la parcelle, à proximité immédiate de l’ancienne voie, et se situent à environ 1 m de profondeur.
3Les sondages 1 et 4, situés dans l’angle sud-ouest du terrain, ont permis de mettre en évidence plusieurs structures appartenant au même ensemble.
4Le sondage 1 a livré cinq structures parmi lesquelles figurent un bûcher funéraire, une sépulture à incinération, un niveau de sol et l’angle d’une structure bâtie correspondant à l’angle nord-ouest d’un bâtiment funéraire.
5L’urne à incinération devait se trouver à l’intérieur d’un petit édicule dont le mur sud a été dégagé.
6Au sud, une zone de crémation a été documentée dans laquelle des éléments de tabletterie, provenant très certainement du décor d’un lit funéraire, ont été prélevés. La stratigraphie met en évidence une phase de destruction et de pillage de ces structures. Il s’agit de TR 111 correspondant à la tranchée d’épierrement de MR 113 qui entame le niveau de circulation SL 109 et du creusement CR 124 situé à l’ouest de BU 120.
7Le sondage 4 a livré, en premier lieu, un bûcher funéraire, trois maçonneries liées, une quatrième maçonnerie située au sud des précédentes et deux niveaux de sol, l’un recouvrant le bûcher funéraire et fonctionnant avec les trois maçonneries, l’autre fonctionnant avec le mur sud et celui découvert dans le sondage 1.
8Le mur nord de ce bâtiment est venu couper un bûcher funéraire plus ancien. Cette structure funéraire rectangulaire, caractérisée par ses parois rubéfiées, correspond ainsi assurément à une fosse au-dessus de laquelle avait été installé un bûcher funéraire bâti. L’absence de cendres et de charbons dans le comblement de celui-ci laisse supposer que la fosse a été curée après la crémation. Les vestiges découverts dans les sondages 1 et 4 permettent de restituer un bâtiment funéraire de plan carré d’environ 6,10 m de côté (soit 20 pieds romains) correspondant à une sorte de mausolée (fig. 1).
Fig. 1 – Vue générale du sondage 4
Au premier plan, le bâtiment funéraire.
Cliché : G. Baro (SADV).
9Le bûcher est donc un aménagement plus ancien que le bâtiment funéraire. Il est possible de penser que la construction du bâtiment funéraire est liée au bûcher et pourrait correspondre à un mausolée édifié à l’emplacement de la crémation du défunt et dans lequel les cendres auraient été déposées. Ce bâtiment, dont les murs sont larges d’environ 0,70 m, possédait un sol intérieur recouvrant le bûcher. Il s’agit donc d’un monument dans lequel l’accès à l’intérieur était possible, fonctionnant telle une sorte de chapelle funéraire, à l’inverse des monuments pleins.
10Ce bâtiment funéraire était placé au centre d’un enclos. De cet enclos, il a été possible d’observer le mur sud situé à environ 4,25 m du mur sud du bâtiment funéraire ainsi qu’un niveau de sol dans les sondages 1 et 4. Il est alors possible de restituer un enclos carré d’environ 16,50 m de côté (soit environ 55 pieds romains).
11À l’arrière de ce premier ensemble, le sondage 7 a livré trois sépultures à incinération comportant un riche mobilier datant du changement d’ère (époque augustéenne). On note, outre la proximité spatiale de ces trois sépultures réunies dans un espace de 2 m2 seulement, la grande similitude des ossuaires utilisés et des gestes rituels associant un mobilier identique. La datation identique de ces trois sépultures constitue un argument allant dans le sens de la probable contemporanéité de ces trois structures funéraires, qui pourraient ainsi avoir constitué un ensemble associant les sépultures de trois individus décédés et incinérés au même moment, peut-être trois individus d’une même famille ?
12Dans l’angle nord-ouest du terrain, le sondage 26 a permis de révéler un deuxième groupe funéraire. Ainsi, quatre zones de crémation ont été clairement identifiées et sont associées à trois autres fosses dont la fonction reste à déterminer. Plusieurs zones de crémation se recoupent, témoignant d’un usage successif. L’ensemble semble prendre place dans un enclos funéraire dont seul l’angle sud-est a été identifié.
13Paradoxalement, alors que la fondation de cette portion de nécropole semble précoce, autour du changement d’ère, son abandon l’est également. Il semble intervenir, à la fin du ier s. au plus tôt, peut-être dans les premières années du iie s.
14D’une part, le mobilier recueilli dans la couche d’abandon, qui recouvre l’ensemble du site, permet de dater celui-ci dans le courant du ier s. apr. J.-C., sans doute postérieurement au milieu de ce siècle. Cette couche d’abandon est entaillée par plusieurs fossés pouvant correspondre à une tentative de drainage du sol, incluant du mobilier datable de la fin du ier ou du début du iie s. D’autre part, le mobilier céramique plus tardif, des iie-iiie s., brille par son absence. Cependant, deux fosses de crémation présentes dans le sondage 26 ont livré du mobilier datable du milieu du ier s. pour l’une et du milieu du iie s. pour l’autre. Cette datation légèrement plus tardive incite à penser que l’activité funéraire du secteur nord, en lien avec les vestiges découverts dans le sondage 26, pourrait s’être prolongée un peu plus longtemps.
15Entre la zone sud (sondages 1, 2 et 4) et la zone nord du sondage 26, les recherches effectuées en bordure de l’ancienne voie d’Agrippa n’ont pas livré de vestiges antiques. En effet, la zone a fait l’objet d’un important réaménagement à l’époque contemporaine lors de la création d’une voie (actuelle avenue de Fourches-Vieilles). Les travaux et excavations réalisés pour l’aménagement de cette voie ont, semble-t-il, modifié grandement la stratigraphie du secteur et les probables vestiges s’y trouvant. Par ailleurs, une ferme a été construite dans la première moitié du xixe s. en bordure de la voie, détruite peu de temps avant le diagnostic. Des sondages réalisés à son emplacement ont montré que sa construction a bouleversé les niveaux et vestiges antiques pouvant s’y trouver.
16Dans le sondage 2, une fosse, observée en coupe et contenant des matériaux de destruction résultant de la probable récupération des pierres d’une structure, a livré un remarquable masque acrotère figurant Hercule coiffé de la léonté (fig. 2). Ce masque était certainement placé au sommet d’un mausolée, probablement celui découvert dans les sondages 1 et 4, situé à proximité immédiate de la découverte.
Fig. 2 – Masque acrotère représentant Hercule découvert dans le sondage 2
Cliché : L. Damelet (CCJ).