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AccueilRégionsNouvelle-Aquitaine199987 – Haute-VienneSaint-Gence – Le Pâtureau

1999
87 – Haute-Vienne

Saint-Gence – Le Pâtureau

Fouille programmée (1999)
Responsable d’opération : Guy Lintz

Entrées d’index

Année de l'opération :

1999

Chronologie :

Protohistoire, âge du Fer

Nature de l'opération :

fouille programmée
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Ministère de la Culture

Texte intégral

1Le projet de lotissement communal dit du Camp-de-César a nécessité, en 1997, une évaluation archéologique sur les deux parcelles concernées par le projet. En raison des résultats, il fut décidé de fouiller la zone où les structures semblaient les plus nombreuses dans la parcelle réservée pour le lotissement.

2Dans cette partie d’environ 35 m sur 45 m, les campagnes de fouilles de 1998 et 1999 ont révélé près de 600 structures qui se répartissent inégalement mais sont parfaitement organisées. La campagne de 1999 a confirmé les principaux acquis de l’année précédente.

3L’orientation des alignements de poteaux, fosses et fossés montre que la majorité des structures linéaires forment un angle d’environ 60°/150° avec le nord alors que d’autres sont orientées à 50°/140°. Ces dernières, qui renferment généralement des tessons augustéens et recoupent souvent le comblement de plusieurs trous de poteaux, sont les plus récentes.

Fig. 1 – Plan de la partie est de la fouille

Fig. 1 – Plan de la partie est de la fouille

Habitat

4Les structures reconnues s’organisent de façon régulière. Quatre concentrations de trous de poteaux mesurent 15 à 20 m de long et 8 à 10 m de large. Ces zones correspondent à des constructions qui se sont succédé au même lieu durant 150 ou 200 ans comme le montrent la densité et les nombreux recoupements des structures. Il est toutefois possible que les bâtiments soient de dimensions plus réduites ou moins nombreux dans la phase terminale de l’occupation car quelques puits s’insèrent dans les îlots d’habitat où ils recoupent des trous de poteaux.

5Les trous de poteaux affectent plusieurs formes. Les plus profonds, généralement de grand diamètre, conservent souvent l’empreinte du poteau bien marquée ; ils appartiennent probablement à une phase ancienne et à des constructions soignées. D’autres possèdent, à la base, une pierre plate destinée à supporter la pièce de bois. Certains, plus rudimentaires conservent souvent le fantôme du poteau, remplissage de terre plus sombre qui a comblé le vide laissé par la disparition ou la décomposition du poteau.

6Les espaces situés entre les concentrations de trous de poteaux, pour la plupart larges d’une dizaine de mètres, quelquefois plus, sont généralement occupés par des puits ou des fosses à usage artisanal probable, en particulier au sud, au centre et au nord de la fouille. En revanche, la zone est-ouest située dans la partie centrale de la fouille, large seulement de 5 m et en partie bordée par un fossé, ne comporte pas de fosses ou de puits. Peut-être était-elle simplement réservée à la circulation.

L’artisanat

7Les fonctions artisanales semblent occuper les parties nord et sud de la fouille. Dans cette dernière partie on observe deux ensembles de fosses étanches creusées dans le sous-sol argileux et des puits. Entre les deux, quelques trous de poteaux marquent l’emplacement de constructions probables. Leur faible profondeur et leur diamètre réduit évoquent des structures légères. Trois des cinq puits, partiellement fouillés cette année, diffèrent de ceux vidés en 1998. Alors que ces derniers, comblés d’argile, n’excédaient pas 3,50 m de profondeur, trois puits partiellement fouillés cette année dépassent les 5 m et renferment de nombreux restes végétaux en rapport avec une activité agricole. Ils sont associés à des fosses ovalaires, d’environ 0,60 m de profondeur, creusées dans l’argile ou tapissées d’argile. L’an dernier, ces ensembles nous avaient fait penser à une activité nécessitant des bains de trempage comme par exemple le tannage des peaux. Cette hypothèse doit maintenant être abandonnée.

8La découverte d’un fragment de creuset de petites dimensions, de deux moules à flans et d’un fléau de balance de précision indiquent la présence d’une industrie métallurgique en rapport avec la fabrication de monnaies. En Gaule, les indices concernant la fabrication de monnaies gauloises sont peu nombreux et souvent découverts hors contexte. Les moules à flanc en argile représentent la catégorie la plus importante et leur fonction ne semble plus être mise en doute. Un inventaire dressé en 1981 a permis de dénombrer 38 sites en ayant livré sur toute l’aire celtique, dont 10 en Gaule. Fragments de moules et creuset n’impliquent pas forcément, à eux seuls, la frappe de monnaies. La présence d’un fléau de balance fournit néanmoins un indice supplémentaire. Ces objets se rencontrent généralement au siège d’une autorité locale ayant pouvoir de frapper monnaie.

Fig. 2 – Fragments de moules à flans monétaires

Fig. 2 – Fragments de moules à flans monétaires

Mobilier

9Le mobilier exhumé des fosses et des puits montre également un étalement dans le temps. Alors que certaines structures renferment exclusivement un mobilier nettement laténien, d’autres, ainsi que les couches supérieures de certains puits et même la totalité du puits 46, incluent de la céramique augustéenne, en particulier les formes les plus précoces de terra nigra. D’autres structures renferment du mobilier plus ancien en quantité appréciable : tessons d’amphores, de céramiques campaniennes, de vases généralement non tournés et de fragments de parures en verre (perles ou bracelets). Il se trouve mêlé à un sédiment charbonneux rapporté pour niveler des structures en creux dont la fonction était modifiée ou dans les puits.

10Les fragments de verre proviennent d’une dizaine de structures et comprennent : 10 fragments de bracelets, 6 fragments de perles, 1 tesson de vase et une tige torsadée. Les bracelets appartiennent à trois types définis par la forme de la section : section triangulaire (groupe 2 de Haevernick), section en D (groupe 3 de Haevernick) et section en trois parties (groupe 6a de Haevernick).

11En Limousin, la céramique gauloise n’a, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucune étude. Les nombreux tessons découverts à Saint-Gence devraient permettre de mieux connaître les productions locales, et les importations de ces objets.

12Les deux derniers siècles précédant notre ère constituent une période charnière dans de nombreux domaines et particulièrement en ce qui concerne la céramique. C’est en effet à cette période que l’utilisation du tour tend à se généraliser et qu’apparaissent des importations italiques qui sont copiées puis adaptées à l’usage local. Enfin, le répertoire céramique évolue pour s’accommoder aux nouvelles habitudes alimentaires.

13Entre le milieu du iie s. av. J.-C. et le premier tiers du ier s. av. J.-C., le répertoire se limite à quelques formes avec la présence de vaisselle de table, souvent tournée et de la céramique plus grossière, généralement façonnée à la main, utilisée pour la conservation et la cuisson des aliments. Bien entendu, sur la table, la vaisselle de bronze et les récipients en bois coexistaient avec la poterie. Malheureusement le bronze était en principe récupéré pour être refondu et le bois ne se conserve que dans des conditions très particulières.

14L’écuelle de forme tronconique, généralement munie d’un bord épaissi vers l’intérieur, très largement répandue, servait à la fois d’assiette et de plat, en fonction de ses dimensions. Ces deux derniers récipients n’apparaissent en effet qu’après la Conquête.

15L’écuelle, légèrement pansue et fermée, beaucoup moins fréquente, devait servir à présenter les aliments.

16Les gobelets cylindriques, généralement tournés avec des parois bien lissées, peuvent être très élancés ou, au contraire, assez trapus. Il est admis qu’ils servaient à boire bien que cet usage puisse être mis en doute pour les plus grands.

17Des vases élancés à base étroite, également façonnés au tour et soigneusement lissés, portaient généralement un décor simple. Ils étaient probablement réservés à l’usage de la table.

18De nombreux vases non tournés, à base et ouverture larges, portent encore des vestiges de suie sur le haut de la panse et sur le col, témoins de leur passage sur le foyer pour cuire les aliments. Beaucoup d’entre eux possèdent un décor situé sur le haut de la panse. Il s’agit presque toujours d’incisions, d’impressions ou de lignes droites ou ondées.

19À la même époque quelques céramiques à vernis noir sont importées de la région de Naples (campanienne A). Elles devaient voyager en même temps que les amphores.

20À partir du milieu du ier s. av. J.-C., des formes nouvelles, souvent inspirées de modèles italiques, apparaissent et remplacent la vaisselle de table utilisée précédemment. Parmi les formes les plus fréquentes se trouvent des assiettes plates à bord vertical, des jattes biconiques ornées de baguettes, des vases à panse sphéroïde. Ces céramiques sont généralement tournées dans une argile fine et possèdent une surface gris foncé ou noire soigneusement polie.

21Toutes les amphores, utilisées pour le transport de vin, proviennent d’Italie. Certaines sont fabriquées dans une argile contenant des particules volcaniques qui caractérisent la région de Naples. Une fois vidées de leur contenu, elles pouvaient être réutilisées, après enlèvement du col, pour conserver des grains ou des liquides. Les tessons de ces emballages encombrant servaient également à paver les sols ou à renforcer les parois de fosses tapissées d’argile. Elles se classent en trois groupes, chacun caractérisant une période chronologique. Les amphores gréco-italiques, possèdent une panse fuselée, en forme de toupie, avec un bord triangulaire large et peu élevé. Elles ont pu apparaître avant 200 et sont antérieures aux années 140-130 av. J.-C. Ce sont toutefois les amphores de type Dressel 1A qui semblent les plus fréquentes. Succédant aux amphores gréco-italiques, elles possèdent une panse plus cylindrique ; le bord, toujours triangulaire devient plus haut et moins large. Vers la fin du premier tiers du ier s. av. J.-C., elles sont remplacées à leur tour par les Dressel 1B. Ce dernier type, caractérisé par une plus grande hauteur, une épaule bien marquée et un bord haut n’est que peu représenté sur le site.

22Les découvertes les plus récentes et la fouille du Pâtureau apportent de nouveaux éléments sur l’importance du site et sur le rôle qu’il faut attribuer à Saint-Gence par rapport à Limoges. Elles permettent de mieux cerner la chronologie de l’occupation. Son origine correspond vraisemblablement à un habitat ouvert antérieur au iie s. av. J.-C. Cette hypothèse repose sur le fragment de bracelet découvert dans le rempart qui daterait de La Tène C1a (260-220 av. J.-C.). L’abandon du site, du moins de la partie fouillée, intervient sous Auguste, probablement dans les années qui précèdent le début de l’ère chrétienne. Les vestiges d’occupation gallo-romaine sont d’ailleurs très peu nombreux : quelques débris de tegulae signalés anciennement, une modeste structure révélée par l’évaluation de 1998 et la présence de tegulae dans des souches d’arbres déracinés par la tempête de décembre à l’ouest du bourg, non loin de l’enceinte.

23Il est maintenant probable que les vestiges laténiens de Saint-Gence correspondent à une agglomération, dont l’étendue reste encore à préciser. La présence probable d’un atelier monétaire au iie s. av. J.-C. évoque la présence d’un pouvoir politique qui confirme son importance dans la cité des Lémovices. En outre, y a-t-il eu continuité même sur un espace réduit ou rupture entre l’agglomération de La Tène et l’occupation gallo-romaine qui, bien que modeste, n’est pas totalement absente du site ? Ce sont là des questions essentielles pour essayer de mieux comprendre la relation entre Saint-Gence et Augustoritum.

Fig. 3 – Quelques exemples du mobilier céramique

Fig. 3 – Quelques exemples du mobilier céramique

Fig. 4 – Fragments d’un bracelet et d’une perle en pâte de verre colorée

Fig. 4 – Fragments d’un bracelet et d’une perle en pâte de verre colorée
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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan de la partie est de la fouille
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/206896/img-1.jpg
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Titre Fig. 2 – Fragments de moules à flans monétaires
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Titre Fig. 3 – Quelques exemples du mobilier céramique
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/206896/img-3.jpg
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Titre Fig. 4 – Fragments d’un bracelet et d’une perle en pâte de verre colorée
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/206896/img-4.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Guy Lintz, « Saint-Gence – Le Pâtureau » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 24 juillet 2025, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/206896

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Auteur

Guy Lintz

Drac Limousin (service régional de l’archéologie)

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