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AccueilRégionsAuvergne-Rhône-Alpes202069D – RhôneAnse – Château des Tours

2020
69D – Rhône

Anse – Château des Tours

Fouille préventive (2019-2020)
Responsable d’opération : Brunilda Bregu

Entrées d’index

Année de l'opération :

2019, 2020

Numéro d’opération :

2213433

Nature de l'opération :

fouille préventive, archéologie du bâti
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Éveha

Bregu B. 2022 : Anse (69), Château des Tours. Étude du bâti et de l'ancienne salle haute du logis seigneurial, rapport final d'opération archéologique, étude de bâti, Limoges, Éveha.

Texte intégral

1L'étude archéologique du bâti du château des Tours à Anse s'inscrit dans le cadre du projet de restauration et de réhabilitation du château. Elle fait suite à de précédentes campagnes et à la reprise de l’étude générale du château par Marie-Pierre Feuillet (Feuillet, Guilhot 1985).

2L’étude archéologique, restreinte à des espaces bien définis par les travaux de restauration, a permis néanmoins d’apporter des données supplémentaires sur la connaissance du château primitif et un des dispositifs défensifs, avec la découverte d’une partie du chemin de ronde et de son organisation. L’évolution du logis seigneurial et de son rehaussement a pu être abordée, avec un début de réflexion sur son évolution et son organisation interne. Les observations de la dernière charpente ont également autorisé une réflexion sur la typologie du plafond du xvs. et de la charpente, qui lui est contemporaine tout en ouvrant sur le couvrement antérieur. Enfin, la mise au jour des enduits, avec une évolution chronologique, révèle également le traitement des salles hautes, avec, entre autres éléments, des questions sur la possible présence d’un décor resté à l’état de projet ou finalisé.

3Le château neuf des Tours à Anse possède un plan allongé bien caractéristique, avec deux tours au sud et au nord, reliées par une courtine est et ouest qui accueille le logis seigneurial et les deux cours qui l’encadrent au sud et au nord. La particularité du plan est le résultat de deux grandes campagnes de construction intervenant dans un temps très court, avec, dans un premier temps, l’édification de la tour maîtresse au sud. À la suite, et après la réalisation de la tour de plan circulaire, il est entrepris la construction d’une fortification plus étendue, avec une tour au nord, de plan semi-circulaire, qui se trouve reliée à la tour maîtresse au sud par deux courtines est et ouest, au centre desquelles s’élève le logis seigneurial. La campagne de datation dendrochronologique réalisée en 1983 sous la direction de Christian Orcel permet de circonscrire les travaux de 1213 à 1218.

4La découverte du chemin de ronde et de son emprise au niveau des parties hautes de ce qui deviendra la salle haute du logis seigneurial permet de suivre très clairement un niveau de circulation homogène sur tout cet espace du château. Le sol médiéval du chemin de ronde est simplement constitué des pierres qui composent l’arase du mur et ne possède aucun traitement particulier. Les passages nombreux et répétés s’observent par l’usure des pierres et par un dépôt de terre irrégulier laissé par les allées et venues.

5La circulation se faisait à l’abri puisque la charpente de la salle haute du logis seigneurial venait également couvrir le chemin de ronde qui était aménagé d’une latrine. Son parement extérieur est protégé par un crénelage qui est toujours en grande partie visible sur les deux murs est et ouest.

6Le système défensif du château pour cette période est relativement développé, car, à ce chemin de ronde, s’ajoutent les hourds charpentés présents en partie sommitale de la tour nord. Le champ d’investigation de cette étude n’a pas permis d’aborder la circulation entre les hourds et le chemin de ronde au niveau de la cour nord. Cependant, si le dispositif défensif est perfectionné, aucun chaînage ne lie les courtines à la tour maîtresse sud. Le collage entre les maçonneries reste assez sommaire, ce qui crée des points de faiblesse conséquents dans la construction.

7Ce traitement nous incite à se pencher sur la question de l’aspect défensif du château, un sujet qui a été présenté par Marie-Pierre Feuillet et Jean-Olivier Guilhot (Feuillet, Guilhot 1985), et qui est repris par Bruno Galland, l’actuel directeur des Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, dans son ouvrage Deux archevêchés entre la France et l'Empire. Les archevêques de Lyon et les archevêques de Vienne du milieu du xiie au milieu du xive s. (Galland 1994). Pour ces auteurs, la construction du château était une construction symbolique et non militaire. Renaud de Forez, archevêque de Lyon, n'avait pas lieu de se défendre face à 13 Guichard IV seigneur de Beaujeu, car la paix était déjà instaurée depuis cinq ans et appuyée par le roi Philippe Auguste. Dans un premier temps, la tour maîtresse semble avant tout avoir joué un rôle de surveillance de la population d'Anse, qui aurait pu être tentée de partir vers Villefranche. Mais la mort de Guichard IV et la prise de succession de son fils Humbert V marquent un changement de politique et une reprise du conflit. Renaud de Forez entreprend des travaux et étend l'édifice aux dimensions d'un véritable château, avec les deux courtines et la tour nord entre 1216-1218. C’est bien dans ce premier quart du xiiie s. et dans cette nouvelle construction qu’apparaît cette architecture de défense qui autorisait aux assiégés une défense active.

8C’est au xve s. que le logis seigneurial est rehaussé, avec la construction de la salle haute. La pièce au sud, ainsi que le rehaussement au nord n’étant réalisé que plus tardivement, la réalisation de la salle haute va donner à voir le logis seigneurial, qui dépasse très largement la hauteur des courtines du xiiie s. pour faire, bien que dans une moindre mesure, le pendant à la tour maîtresse. Cette période marque un changement dans l’organisation du château, avec son ouverture par le percement de plusieurs baies dans les courtines. Le crénelage, comme le chemin de ronde, marquant le rôle militaire de la construction castrale, tendent à disparaître et à s’intégrer dans les nouvelles constructions.

9Les grands travaux sont entrepris par différents protagonistes, dont Gillet de S. Ponce (1418-1444) et Jean de Grolée (1444-1458) ainsi que Claude De Gaste (1466-1486), qui condamnent une partie du chemin de ronde tout en préservant l’aile ouest. Les parties du chemin de ronde dans l’ancienne cour sud sont toujours fonctionnelles. Le niveau de sol se trouve largement rehaussé par l’installation d’un dallage, qui vient s’établir non loin du niveau de circulation central de la pièce sud correspondant à celui de la salle haute du logis.

10La salle haute seigneuriale comportait deux portes, une, au nord, qui était desservie par l’escalier à vis, et une au sud, qui permettait de communiquer avec la pièce sud. Quatre baies à coussiège disposées en exacte symétrie à l’est et à l’ouest éclairaient la salle. Cette construction du xvs. reprend certains aménagements du xiiis., comme la préservation de la latrine du chemin de ronde ou la porte au nord-ouest de la salle qui desservait l’aile ouest du chemin de ronde et qui est préservée dans l’escalier à vis. La raison de la préservation de l’aile occidentale du chemin de ronde reste inconnue. A-t-elle pu servir de couloir de desserte pour la salle haute du logis ? L’accès à la latrine s’en trouvait également préservé, et, comme il est d’usage pour nombre de logements nobles dépourvus de commodité, l’évacuation des excrétions est réalisée par les domestiques, qui pouvaient la réaliser depuis l’aile préservée du chemin de ronde.

11Les murs de la salle étaient couverts d’un enduit très rugueux, qui conserve des tracés noirs figurant des motifs toujours visibles. Les dessins étaient réalisés directement sur la surface rugueuse de l’enduit.

12Ces tracés noirs restent difficiles à interpréter en raison de leur faible état de conservation. Aucune interprétation des représentations des tracés n’est envisagée actuellement, mais nous nous interrogeons sur l’étendue du décor. Était-il limité à certains murs ou faut-il envisager la possibilité que cet enduit ait pu accueillir un décor couvrant l’intégralité des murs ? Un badigeon blanc recouvrant ces tracés soulève une autre question qui est celle d’un possible projet de décor qui n’a pas été finalisé et nous pouvons être ici en présence d’un dessin préparatoire telle une sinopia.

13D’après la datation dendrochronologique entreprise sur le plafond à couvre-joints de la salle inférieure du deuxième étage et des anciennes solives et chevrons remployés dans le dernier état de la charpente, la construction de la salle haute est finalisée en 1445. C’est un même plafond à couvre-joints qui couvrait la salle haute. Les anciennes solives, comme les planches de ce plafond, se trouvaient en partie remployées dans la dernière charpente en place des chevrons et du lattis.

14Le rehaussement du niveau de sol de l’aile sud-est du chemin de ronde à la même période attire l’attention. L’organisation de la pièce sud, avec la hauteur de la charpente qu’il est possible de restituer et les entraits retroussés qui réalisaient en même temps les poutres du plafond en reprenant le principe d’un comble à surcroît, ne permet plus de couvrir cette partie orientale du chemin de ronde. Tout cela incite à émettre l’hypothèse que ce dernier a pu être transformé en galerie ouverte à l’est, lors des travaux du xve s.

15Le rehaussement du mur oriental et occidental uniquement au xviie s. et le fait que l’aile sud-ouest du chemin de ronde n’a pas connu de rehaussement pourraient appuyer cette interprétation.

16Le xviie s. s’inscrit dans la continuité des changements entrepris au xve s., avec l’agrandissement des baies existantes et le remaniement interne de chaque pièce. Cette période de travaux du début du xviie s. est relativement bien calée chronologiquement par un enduit, qui vient recouvrir l’ensemble de la salle haute et qui se caractérise par la présence de poils d’animaux qu’il intègre. L’enduit est aussi connu sous le nom de blanc en bourre. Au-dessus de la porte nord-ouest qui ouvre sur l’escalier à vis, le blason d’un chanoine figurant une tête de cerf en grisaille est représenté sur cet enduit. Ce blason très bien identifié représente Thomas Meschattin de La Faye qui a pris ses fonctions en 1613, ce qui permet d’apporter une chronologie précise sur la période et sur le commanditaire des travaux. Sur le mur oriental et sur le même enduit un nom inscrit au tracé noir et en grandes lettres est clairement lisible : C SILVESTR[.]. Ce nom n’a pu être rattaché à aucune personne en particulier, qui semble pourtant avoir apposé sa signature sur l’enduit. Sa signification nous reste encore inconnue.

17À la fin du xviie s., l’ancienne salle haute du logis seigneurial connaît de nouveaux changements, ou tout du moins de nouveaux travaux, essentiellement identifiés avec l’application d’un nouvel enduit. Cette datation est permise par la représentation d’un deuxième blason identifié au sud-est de la salle sur un nouvel enduit. Le blason appartiendrait à Claude d’Albon, 1624-1691, archidiacre Abbé de Savigny, qui a pris ses fonctions le 13 janvier 1665.

18Le xviiie s. marque l’abandon complet du chemin de ronde. Cela entraîne une réorganisation complète de la salle haute, de ses circulations et notamment celles avec l’espace sud, qui va se trouver fermé à l’est et à l’ouest par l’édification des deux murs. Ce rehaussement de l’espace sud unifie les courtines est et ouest, qui sont établies à une même hauteur sur l’ensemble du château.

19Le comblement est marqué par la présence de fragments de vitraux. Si l’ensemble du mobilier mis au jour est hors contexte, des vitraux avec la représentation d’un religieux et d'une architecture gothique pourraient laisser penser que ces vitraux proviennent de la chapelle castrale qui se trouvait dans la galerie ouest du deuxième étage.

20La dernière charpente date de cette période. Elle vient remplacer la charpente du xve s. ainsi que le plafond à couvre-joints qui est déposé et remployé en partie dans la conception du nouveau couvrement. La reprise de planches du plafond de la salle inférieure, et sur lesquelles reposait le sol de tommettes de la salle haute date également de cette même période.

21Sans nous attarder sur la période contemporaine, dont les travaux sont largement documentés par les données textuelles et les études antérieures, la première moitié du xixe s. voit l’apparition des enduits de plâtre en remplacement des enduits de chaux. Ce changement dans les matériaux mis en œuvre s’observe dans nombre d’édifices, tel le château d’Aubenas, pour ne citer qu’un édifice représentatif de ce phénomène et sur lequel nous menons une étude. Le xviiie s. voit également l’apparition des enduits de plâtre muraux, mais également comme recouvrement sur lattis pour la réalisation de plafonds et de profils moulurés. L’étude du bâti est actuellement en cours. Et si l’emploi du plâtre connait une histoire longue, le xviie s. marque son « institutionnalisation » pour de multiples raisons pratiques et techniques, mais également pour ses propriétés ignifuges (Le Dantec 2019).

22Le xxe s. connaît très peu de changements : la latrine médiévale se trouve transformée en placard en même temps qu’un lavabo en pierre calcaire est installé dans l’embrasure de la baie à coussiège nord-ouest. C’est au cours de cette période que deux fenêtres sont ouvertes dans la façade, en 1909-1910.

23Cette étude n’est qu’une petite fenêtre sur la compréhension du château des Tours et son évolution au fil des siècles. L’analyse reprend les travaux menés précédemment et s’inscrit dans leur continuité.

24Les résultats obtenus restent cohérents par rapport aux précédents travaux de recherches. Mais, si l’étude s’est essentiellement restreinte sur la salle haute du logis seigneurial, cet espace permet d’appréhender diverses facettes de la construction castrale, avec l’évolution d’une architecture représentative du pouvoir vers une fonction plus défensive dans un deuxième temps, et, enfin, une architecture plus ouverte et fonctionnelle.

Fig. 1 – Élévation extérieure ouest Mur 7.100

Fig. 1 – Élévation extérieure ouest Mur 7.100

Cliché et DAO : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).

Fig. 2 – Le chemin de ronde

Fig. 2 – Le chemin de ronde

Cliché : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).

Fig. 3 – Aile est du chemin de ronde

Fig. 3 – Aile est du chemin de ronde

Cliché : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).

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Bibliographie

Feuillet M.-P., Guilhot J.-O. 1985 : Rhône, Anse, Château des Tours : origine et évolution d’un point fort de la seigneurie de l’église de Lyon, 5 ans de recherches, Lyon, Direction des antiquités historiques Région Rhône-Alpes, Valbonne, Centre de recherches archéologiques (rapports archéologiques préliminaires de la région Rhône-Alpes).

Le Dantec T. 2019 : Les façades enduites au plâtre d’Île-de-France. Le déclin du plâtre extérieur, du xviie au xxe s., thèse de doctorat, université Paris-Saclay.

Galland B. 1994 : Deux archevêchés entre la France et l'Empire. Les archevêques de Lyon et les archevêques de Vienne du milieu du xiie au milieu du xive s., Rome, École française de Rome.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Élévation extérieure ouest Mur 7.100
Crédits Cliché et DAO : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/210032/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 731k
Titre Fig. 2 – Le chemin de ronde
Crédits Cliché : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/210032/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 489k
Titre Fig. 3 – Aile est du chemin de ronde
Crédits Cliché : B. Bregu, L. Fiocchi (Éveha).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/210032/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 619k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Brunilda Bregu, « Anse – Château des Tours » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Auvergne-Rhône-Alpes, mis en ligne le 03 août 2025, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/210032

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Auteur

Brunilda Bregu

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CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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