Caours – Les Près
Notes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1Le secteur fouillé en 2009 est adjacent à la fouille réalisée en 2005. Au total, 110 m2 ont été fouillés. Dans ce secteur, le principal niveau d’industrie (niveau C) repose sur le gravier de la nappe alluviale et est scellé par un dépôt de tuf grossier. Il a livré 1 374 artefacts lithiques (la faune issue de cette campagne n’a pas pu encore être traitée). La production lithique est orientée vers la production d’éclats au moyen d’un débitage discoïde, associé à un débitage Levallois et à une production de type unipolaire parallèle.
2Un second niveau (B) se trouve inclus dans les tufs grossiers, quelques centimètres au-dessus de la première occupation. Enfin, un troisième niveau (A) est inclus dans un limon fluviatile qui surmonte les tufs grossiers. L’étude de ces ensembles lithiques est toujours en cours, mais ils pourraient être constitués d’artefacts du niveau inférieur (C) remobilisés lors de crues saisonnières du Scardon.
3La poursuite des recherches sur le gisement de Caours devraient permettre de faire la liaison des deux secteurs de l’aire de fouille et d’établir une chronologie relative des différents niveaux d’occupations de chacune des zones de fouille.
4À l’issue de cette première opération triannuelle, un premier bilan peut être dressé. Les nouvelles investigations menées sur le site de Caours dans le cadre d’une collaboration étroite CNRS-Inrap (programme SITEP) ont débouché sur la mise en évidence d’un site paléolithique majeur contemporain de l’optimum climatique du dernier interglaciaire (Éémien MIS 5e) associé à une séquence de tufs et de limons fluviatiles. L’ensemble représente actuellement une référence pour l’étude de l’interglaciaire Éémien et des occupations humaines contemporaines au niveau Européen.
5Les conclusions principales sont les suivantes :
6La formation de tufs de Caours et les niveaux fluviatiles sous-jacents occupent une surface de plusieurs milliers de mètres carrés à la confluence du Scardon et du ruisseau de Drucat, où elle se développe sur une épaisseur moyenne de 3 à 4 m. Elle constitue un ensemble exceptionnellement bien conservé par rapport aux rares tufs pléistocènes connus dans la vallée de la Somme et dont l’extension se limite généralement à quelques mètres carrés.
7La formation tufacée de Caours repose sur une nappe alluviale de type périglaciaire correspondant à l’avant dernier stade de colmatage grossier de la vallée attribué au stade isotopique 6 (Nappe d’Étouvie, dernier stade Saalien). Cette formation carbonatée est recouverte en direction de la vallée par des dépôts de versants et de sols humifères dont la mise en place suit une phase d’érosion majeure qui tronque la partie supérieure des tufs. Le faciès de ces sols et leur position stratigraphique permettent de les rapprocher des complexes humifères du Début-glaciaire weichsélien du bassin de la Somme, attribués aux stades isotopiques 5d à 5a et à la transition 5a/4 (112-70 ka BP environ).
8Les résultats des différentes études bioclimatiques (mollusques, grande faune, microfaune, ostracodes, empreintes foliaires) sont extrêmement cohérents et permettent de mettre en évidence l’optimum climatique Éémien dans la partie inférieure de la séquence, au niveau des petits horizons organiques qui contiennent les niveaux archéologiques.
9L’attribution chronostratigraphique de la séquence, initialement basée sur les données stratigraphiques et bioclimatiques, est largement confirmée par une série de datations U-Th, TIMS et OSL qui permet de la situer au cours de l’Interglaciaire Éémien (MIS 5e) autour de 122 ka BP.
10La synthèse de l’ensemble des données a permis de reconstituer les différentes étapes de la mise en place de la formation tufacée ainsi que les phases majeures de modifications géomorphologiques qui l’encadrent : transition Glaciaire Interglaciaire à la base, incision et passage aux faciès de versant au sommet (Interglaciaire/Début-Glaciaire). Ces résultats fournissent des données uniques concernant le positionnement de la phase d’incision majeure responsable de l’incision de la vallée actuelle dans une période précoce du dernier cycle climatique Interglaciaire-glaciaire au cours du Début-Glaciaire weichsélien.
11Le site de Caours permet aussi d’observer, le long d’un transect continu, la juxtaposition unique de tufs fluviatiles mis en place dans un contexte de fond de vallée et de tufs alimentés par l’activité des sources de bas de versant crayeux lors des périodes les plus humides de l’Interglaciaire. Les variations de la dynamique des sources mises en évidence dans la séquence de Caours à partir de l’analyse des chenaux alimentés par le versant permettent de conclure à une forte instabilité du régime des précipitations pendant l’optimum interglaciaire. La coupe complète de la formation de Caours et de la vallée actuelle réalisée en 2009 fournit par ailleurs un enregistrement unique des deux derniers cycles climatiques en domaine fluviatile pour le bassin de la Somme.
12La richesse de cette séquence en bio-indicateurs et les possibilités de datation font du site de Caours un site de référence unique en Europe pour l’approche interdisciplinaire des environnements continentaux interglaciaires pléistocènes. Par ailleurs, les assemblages malacologiques de la base de la séquence de Caours ont permis de mettre en évidence la terminaison II, extrêmement rare en milieu fluviatile (unique ?), offrant ainsi une possibilité de comparaison directe avec la Terminaison I au niveau régional.
13Les cinq premières années de fouilles à Caours ont permis de révéler la présence d’un site exceptionnel pour la connaissance du peuplement préhistorique de l’Europe du Nord-Ouest. Compte tenu de l’âge des dépôts qui les renferment, les artefacts découverts à Caours sont attribuables à une phase récente du Paléolithique moyen contemporaine de l’interglaciaire Éémien, encore inconnue dans la Somme et la France septentrionale. La fouille, réalisée sur une superficie de 241 m2 dans le secteur 2, a mis en évidence quatre niveaux d’occupation bien conservés, dans lesquels les industries lithiques sont en association avec des restes de grands mammifères montrant une fracturation d’origine anthropique. Les niveaux d’occupation ont été entaillés par des vallons liés à l’activité de sources. L’étude stratigraphique a permis de mettre en relation le fonctionnement de ces chenaux et la chronologie des occupations préhistoriques, atteignant ainsi un niveau de résolution rarement atteint pour les gisements de cette période. L’un des principaux points d’intérêts vient du niveau 4. La découverte de plusieurs structures de combustion supposées est un élément déterminant, qui permet d’appréhender de façon tangible la structuration de l’espace.
14Les cinq ensembles lithiques en place de Caours apportent des informations essentielles quant à la connaissance des systèmes de production des outils en pierre durant l’interglaciaire Éémien. Les seuls gisements de plein air contemporains se trouvent en Allemagne où quelques niveaux archéologiques retrouvés dans des tufs ou des sédiments lacustres d’âge interglaciaire témoignent de la présence de groupes humains durant l’Éémien (Gröbern, Rabutz, Grabschutz, Neumark-Nord, …).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Vue du chantier en cours de fouille |
| Crédits | Cliché : J.-L. Locht (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/210444/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,3M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-Luc Locht, Pierre Antoine, « Caours – Les Près » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Hauts-de-France, mis en ligne le 22 août 2025, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/210444
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