Notes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Afan
Texte intégral
1La prospection archéologique réalisée en début d’année sur le tracé de l’autoroute A20 a révélé l’existence de trois sites, situés dans le département de la Haute-Vienne, entre La Croisière (Creuse) et Rhodes (Indre). La fouille de ces gisements archéologiques, réalisés entre le 1er octobre et le 6 décembre 1995, a permis de préciser la nature de ces différents aménagements.
2L’évaluation archéologique réalisée par C. Maniquet a fait apparaître, sous 0,25 m de terre végétale, un empierrement reposant sur un niveau brun-gris épais de 0,6 m. Le décapage systématique du site a permis de reconnaître une structure empierrée, de forme grossièrement quadrangulaire, de 6,30 m de long sur 4 m de large environ, aménagée dans une pente près d’un vallon transversal à tendance tourbeuse.
3Cet empierrement, composé de pierres de petit calibre n’excédant que très rarement 0,20 m de long, a été disposé sur un remblaiement important. En effet, pour installer cette structure, épaisse de 0,20 m seulement, les bâtisseurs ont rapporté une importante quantité de terre (près de 20 m3) de façon à obtenir une terrasse relativement plane et procurer une stabilité à l’édifice. Cette plate-forme, aménagée dans le sens de la pente, montre un léger pendage orienté nord-est – sud-ouest. Cette terrasse a sans doute été tronquée dans sa partie est par l’érosion aratoire après l’abandon du site.
4Aucun aménagement particulier (trou de poteau, fosse, etc.) n’a été remarqué lors de la fouille de la plate-forme. À la surface et dans le remplissage de cette structure, furent découverts quelques tessons de céramique, en proportion plus dense cependant dans la partie basse du site (amphores Dressel 1A et tessons du second âge du Fer). La poursuite de la fouille, effectuée jusqu’au substrat géologique, révéla sous la structure quadrangulaire un remplissage de terre brun-gris sableux, dont l’épaisseur maximale n’excède pas 0,60 m. Cette couche de remblais, qui renfermait l’essentiel du mobilier et des charbons de bois, reposait sur le sol géologique. La masse des tessons recueillis était répartie en vrac dans la couche et principalement concentrée dans la partie basse du site. La contemporanéité de ce remplissage et de la structure empierrée est confirmée par l’homogénéité du mobilier céramique découvert dans ces deux unités stratigraphiques.
5Dans la partie centrale du site et sous la couche de terre brun-gris sableux, fut dégagé un petit fossé creusé dans le substrat et construit dans le sens de la pente. Cet aménagement anthropique, qui faisait très probablement fonction de drain, traverse le site de part en part. Le comblement de ce petit fossé est occupé par un sable limoneux gris stérile (le remplissage était dépourvu de charbon et de tesson), manifeste dépôt fluviatile épais d’une quarantaine de centimètres.
6Le décapage du site jusqu’au substrat géologique a parfaitement démontré que les hommes de Montmagner ont comblé une dépression (cuvette) naturelle et réalisé différents aménagements fonctionnels pour établir une plate-forme en élévation. La fonction et la destination finale de cette construction pose toutefois problème. La fouille intégrale de ce gisement permettrait peut-être de répondre à cette question. En effet, une partie du site se situerait vraisemblablement à peu de distance en contrehaut (malheureusement hors emprise de l’autoroute), comme le laissent à penser les niveaux archéologiques présents dans la coupe réalisée en limite d’emprise. Quoi qu’il en soit, la double originalité de ce site provient de sa position topographique originale d’une part et, d’autre part, de l’utilisation de ce type de structure peu fréquente (jusqu’à ce jour et à notre connaissance) à la fin du second âge du Fer.
7L’important mobilier céramique mis au jour comprend les formes les plus courantes de La Tène III. Ce sont des jattes et écuelles tronconiques, des jattes carénées, des jarres, des pots, un bol et un col d’amphore (et des débris d’amphore). Les divers fragments de céramique découverts sur ce site forment un mobilier homogène et s’intègrent bien parmi les ensembles céramiques de La Tène finale en Limousin. En effet, certains rapprochements peuvent être faits avec des sites régionaux qui ont livré un matériel comparable. La découverte d’une tuile à rebord, à la base de l’empierrement et au sein de cet ensemble homogène, pose toutefois problème. Néanmoins, si l’on considère que cette tuile est importée avec les amphores Dressel 1A, présentes sur le site, elle ne remettrait pas en cause la datation avancée pour l’ensemble céramique : c’est à dire la fin de la première moitié du ier s. av. J.-C. D’autre part, la présence d’amphores Dressel 1A confirme, si besoin est, de l’existence d’un réseau commercial déjà particulièrement actif à La Tène finale
Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-Michel Beausoleil, « Arnac-la-Poste – Montmagner » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 28 août 2025, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/212810
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