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AccueilRégionsÎle-de-France199677 – Seine-et-MarneMelun – Cité judiciaire, ZAC Gruber

1996
77 – Seine-et-Marne

Melun – Cité judiciaire, ZAC Gruber

Fouille d’évaluation archéologique (1996)
Responsable d’opération : Guy Lecoz

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Afan

Texte intégral

1La zone concernée par la construction de la Cité judiciaire de Melun, située dans la ZAC Gruber, avait déjà fait l’objet d’un diagnostic (B. Lopatinsky, 1995) et d’une fouille partielle (J. Galbais, 1992). Les structures mises au jour lors du décapage étaient pour l’essentiel des puits. En l’absence de toute autre occupation, la présence de ces creusements paraissait difficilement explicable. L’ensemble aurait pu laisser supposer un secteur en marge de l’agglomération de Metlosedum, avec peut-être une vocation cultuelle.

2Le substrat sableux était particulièrement instable, et il a fallu faire blinder par une entreprise spécialisée certains puits qui dépassaient les 11 m de profondeur. Nous avons tout particulièrement veillé à ce que les techniques de fouille mises en œuvre assurent une sécurité maximale aux intervenants. En outre, deux stations de tamisage avaient été installées, pour les prélèvements nécessaires aux études carpologique et archéozoologique.

Les puits

3Le site présente donc un ensemble de 16 puits, dont les caractéristiques sont manifestement très différentes. On peut les regrouper en quatre catégories. Nous n’utilisons le mot puits que dans un sens descriptif, car les fonctions de ces creusements sont diverses.

Type 1

4Il s’agit de sept puits parementés, qui descendent jusqu’à la nappe phréatique. Ils sont tous construits sur le même modèle. Le parement est constitué pour l’essentiel de gros blocs de meulière partiellement équarris ou non, provenant des niveaux supérieurs du substratum (diam. ext. : 2,60 m ; diam. int. : 0,85 m). Les comblements présentent de grandes analogies : on y distingue généralement trois séquences, qui se répètent de la même façon.

5Ces creusements sont manifestement des puits à eau.

Type 2

6Il s’agit de trois puits qui ne descendent pas jusqu’à la nappe phréatique, mais dont le fond repose directement à la surface du substratum calcaire. Bien que les parements soient identiques à ceux du type 1, leurs ouvertures sont plus larges. Ils sont relativement riches en matériel.

7Dans l’état actuel des données, nous n’avons pas d’interprétation pour ces puits : il faudra attendre pour cela les résultats d’analyses complémentaires, qui doivent être effectuées dans les mois à venir.

Type 3

8Cinq puits peu profonds étaient creusés directement dans le sable, sans parement. Les diamètres internes étaient très petits, jusqu’à 0,75 m. Des traces circulaires gris verdâtre étaient visibles en limite des creusements. Le comblement de ces puits se caractérise par une alternance régulière de séquences claires, mélanges de sable et de cailloux, pauvres en matériel, et de séquences sombres, souvent cendreuses et très riches en mobilier archéologique.

9L’oxydation et le caractère organique que présentent certains comblements, la minéralisation des graines et l’aspect induré des parois pourraient conduire à y voir des latrines. Une étude parasitologique pourra peut-être confirmer cette hypothèse.

Type 4 (structure 256)

10La structure 256, partiellement détruite au xixe s., ne pouvait être classée dans aucun des types précédents, en raison de ses caractéristiques très particulières. À l’origine, ce puits présentait probablement peu de différences avec ceux du type 3 : peu profond, il n’était pas parementé. La stratigraphie montre qu’il a ensuite subi un effondrement, avant qu’une fosse rectangulaire n’y soit creusée.

11C’est le mobilier de cette dernière fosse, relativement riche, qui a livré un dépôt comprenant 21 monnaies et 20 flancs monétiformes, datable du milieu du ier s. apr. J.-C. L’étude qu’en a effectuée B. Foucray laisse à penser que l’interprétation de ce dépôt sera délicate, les rondelles de métal n’étant manifestement pas destinées à la fabrication de fausse monnaie. Le fait que l’une des piles de flancs était encore surmontée d’un denier de Tibère lors de sa découverte, pourrait aller dans le sens d’un dépôt à caractère votif : il s’agirait alors de monnaie fictive.

Fig. 1 – Relevé en plan de la structure St. 256

Fig. 1 – Relevé en plan de la structure St. 256

1, assiette en sigillée ; 2, fond de vase en commune grise ; 3, mortier en commune claire ; 4, 12 et 14, os ; 5 et 6, mâchoire ; 7, 8, et 9, corne ; 10 et 11, dépôt monétaire, 41 monnaies dont 20 flancs.
C, calcaire ; M, meulière ; S, silex.

Phasage

12On constate que les remplissages des puits laissent entrevoir des datations qui s’échelonnent du milieu du ier s. jusqu’au ive s., et peuvent être répartis en trois périodes principales, comprenant en tout six phases.

131re période (milieu du ier s.). Il semble que la structure 256, contenant le dépôt monétaire et qui semble datable du règne de Claude, soit la plus ancienne conservée sur le site.

142e période (seconde moitié du ier s. – première moitié du iiie s.). C’est durant la seconde moitié du ier s. que l’on constate la première véritable implantation sur le site. Un fond de cave se rapporte aussi à cette époque. À part les puits, c’est la seule structure conservée que l’on puisse rapporter à un habitat en surface. La majeure partie des puits est creusée, utilisée puis comblée durant cette longue période qui va de la fin du ier s. au début du iiie s.

153e période (ive s.). Cette dernière époque ne concerne plus que le puits 60, dont le comblement est datable au plus tôt du ive s. Ce puits serait donc la seule structure qui ait été conservée au Bas-Empire, dans un secteur qui semble par ailleurs abandonné au plus tard dans la seconde moitié du iiie s. Ce puits à eau commence d’ailleurs à fonctionner dès la seconde moitié du ier s., selon la datation obtenue pour les couches profondes. Mais l’utilisation tardive d’un puits justement situé à la sortie de l’agglomération antique de Melun, à un endroit où le cardo maximus débouche sur une voie menant vers le sud, n’est finalement pas très surprenante.

Étude globale

16Il reste à expliquer pourquoi une telle densité de puits a pu être observée dans une zone qui semblait jusqu’alors avoir été inhabitée durant l’Antiquité.

17L’étude des coupes montre que l’ensemble du site présente une curieuse stratigraphie. On remarque en effet que les couches de terre brune présentes sur environ 1,50 m au-dessus du substrat sableux contiennent des artefacts du xixe s. Il n’y a donc aucune couche archéologique ancienne en place au-dessus du sable d’origine géologique. C’est pourquoi nous pensons que c’est l’ensemble du site qui a été arasé durant le xixe s. L’étude documentaire permet de faire remonter cette destruction à 1847, lors de l’établissement du talus de la voie de chemin de fer Melun-Paris, situé juste au nord du site. Seuls les puits ont pu subsister, grâce à leur profondeur, ainsi qu’un fond de cave.

18Outre cet arasement général, rappelons que la zone couverte actuellement par la ZAC Gruber a également connu diverses destructions à la suite de l’exploitation de carrières de sable vers 1861-1868, ainsi que lors de la construction de la brasserie Gruber, de 1886 à 1904, puis de son réaménagement en 1937-1938. À chaque fois, ces travaux ont donné lieu à des découvertes archéologiques – dont un abondant mobilier, en grande partie disparu –, l’essentiel se rapportant à la période antique.

19Malgré ces destructions importantes, il est possible de dégager du site un certain nombre d’informations utiles pour la compréhension de l’urbanisation antique de la partie sud de Melun.

20Les puits du type 1 contenaient beaucoup de matériaux de construction (fragments de tuiles et de briques, moellons, enduits peints, stucs, colonnes, lapidaire divers, etc.), qui attestent de l’existence d’habitats à leur proximité. D’autre part, nous avons également constaté la présence de ratés de cuisson, de pesons, de morceaux de parois de fours et des scories, qui laissent à penser que des activités artisanales étaient pratiquées dans les environs. Rappelons aussi le fond de cave qui a été mis au jour dans la partie est du site. C’est donc probablement tout un quartier, comprenant des habitats et des structures artisanales, qui a été détruit au xixe s. Le peu que l’on connaît de la topographie antique de Melun, ainsi que divers indices fournis par des fouilles récentes, laissent à penser que c’est l’organisation de l’ensemble du site qui pourrait s’inscrire dans la trame urbaine antique : il correspond vraisemblablement à l’angle nord-est d’une insula implantée au sud de la ville antique de Melun. Elle serait limitée à l’est par le cardo maximus de Metlosedum, et au nord par un decumanus secondaire, le plus méridional de l’agglomération. La ville du Haut-Empire s’étendait donc plus au sud que ce que l’on imaginait jusqu’à présent, alors qu’il semble que l’on ait affaire à une rétractation de l’agglomération à partir de la seconde moitié du iiie s. sans que l’on puisse encore en mesurer l’étendue, en l’absence d’autres éléments d’information.

21La structure 256, isolée vers le milieu du ier s. dans une zone encore non urbanisée, et contenant un curieux dépôt monétaire, reste la seule véritable énigme de ce site.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Relevé en plan de la structure St. 256
Légende 1, assiette en sigillée ; 2, fond de vase en commune grise ; 3, mortier en commune claire ; 4, 12 et 14, os ; 5 et 6, mâchoire ; 7, 8, et 9, corne ; 10 et 11, dépôt monétaire, 41 monnaies dont 20 flancs.C, calcaire ; M, meulière ; S, silex.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/214326/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 263k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Guy Lecoz, « Melun – Cité judiciaire, ZAC Gruber » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/214326

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Auteur

Guy Lecoz

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