Navigation – Plan du site

AccueilRégionsÎle-de-France199678 – YvelinesGaillon-sur-Montcient – Ferme de ...

1996
78 – Yvelines

Gaillon-sur-Montcient – Ferme de Gaillon-la-Garenne

Fouille préventive (1996)
Responsable d’opération : Stéphane Regnard

Texte intégral

1Situées sur un terrain destiné à l’aménagement d’un golf, les premières sépultures de la nécropole furent découvertes en 1994 à l’occasion de travaux, en rupture du plateau dominant la vallée de la Montcient et à une altitude moyenne de 80 m. La même année fut entreprise une fouille de sauvetage menée par le service archéologique départemental des Yvelines (SADY), laquelle fut complétée en 1995 par une opération du Centre de recherches archéologiques du Vexin français (CRAVF). Au total, 29 sépultures furent fouillées dans le secteur situé au-dessus de la rupture de pente (secteur 1), ainsi que 7 autres à une trentaine de mètres en contrebas. Entre ces deux groupes se dessinait une grande surface d’extension de la nécropole, que la fouille de cette année visait à dégager (secteur 3).

2Commencée au mois de mai 1996, l’opération s’est achevée à la fin du mois de décembre et a mobilisé une équipe de bénévoles d’une vingtaine de personnes. Au total, 175 nouvelles tombes ont pu être dégagées sur une surface d’environ 2 000 m2, portant à plus de 215 le nombre total de structures fouillées. Ces tombes s’organisent en lignes plus ou moins régulières et s’échelonnent sur le flanc du coteau. Il s’agit de fosses creusées dans le sous-sol calcaire dont les formes et les dimensions peuvent être très variables : outre quelques petites structures destinées à l’inhumation d’enfants, on observe des fosses trapézoïdales, ovales ou rectangulaires avec des angles arrondis, dont la largeur peut varier entre 0,40 m et 1,20 m. Les plus grandes de ces structures ont fréquemment reçu des sarcophages de pierre (ou éventuellement de plâtre), mais ont par ailleurs été utilisées pour l’inhumation en « pleine terre » ou en linceul, laissant ainsi de larges espaces autour du corps. Les sarcophages peuvent être monolithes, mais sont souvent composés de deux fragments. Certains ont été détruits à coups de pics et leurs blocs récupérés pour la réalisation d’aménagements intérieurs tardifs (dalles disposées sur chant autour de l’inhumation). Une seule structure a livré des clous en place au fond de la fosse, évoquant ainsi la présence d’une planche ou d’un coffrage de bois. Aucune trace de décomposition de matière organique n’a été révélée sur l’ensemble du site.

Fig. 1 – S 93-94 : structure double composée de blocs disposés sur chant et à fond dallé

Fig. 1 – S 93-94 : structure double composée de blocs disposés sur chant et à fond dallé

L’inhumation primaire simultanée de deux individus a été réduite au chevet de l’espace de droite. Une inhumation secondaire a réutilisé la partie gauche de la structure.

Cliché : F. Le Gac (CRAVF).

3Si tous les types de structures funéraires rencontrés à Gaillon-sur-Montcient conservaient des blocs de pierre utilisés en couverture, l’état d’arasement de certaines sépultures ne permet pas d’affirmer que cet usage était systématique. Dans la partie basse du secteur 3, les tombes, protégées par une épaisse couche de terre végétale, nous sont parvenues dans un état de conservation remarquable, et présentent des aménagements fort intéressants. On constate ainsi que pour leur très grande majorité, les structures en fosse disposent d’un rebord de 0,10 à 0,20 m destiné à poser les blocs de couverture. Ces blocs peuvent être de différentes natures : calcaire grossier rapidement équarri, calcaire coquillier (dont certains fragments de sarcophages) ou blocages de pierraille à la jonction de deux dalles… Mais le fait le plus marquant est la très forte concentration de stèles réutilisées en couverture : plus de 35 stèles (ou fragments) ont ainsi été dégagées, dont certaines, ornées en creux ou en bas-relief, sont inédites dans la région.

4Bien que les orientations soient majoritairement sud-ouest – nord-est, on note également une faible proportion de structures qui respectent l’orientation traditionnelle est-ouest des Mérovingiens. Il pourrait en l’occurrence s’agir du noyau primitif de la nécropole. Les corps sont systématiquement disposés avec la tête vers le bas de la pente, c’est-à-dire vers le quart sud-ouest. Quatre tombes situées à la périphérie de la fouille ont une orientation perpendiculaire aux autres ; la pauvreté de ces structures en matériel mobilier et osseux ainsi que leur position en limite de zone fouillée ne nous permettent aucune interprétation.

5Du point de vue de l’organisation générale, l’hypothèse avait été émise en 1995 que l’on pouvait être en présence de deux groupes de tombes chronologiquement distincts, situés de part et d’autre de la rupture de pente. Si la fouille a permis de constater la présence d’une zone stérile de 9 à 10 m de large précisément située sous la ligne de rupture de pente, aucun groupe chronologiquement cohérent ne peut transparaître sans une très fine analyse des contextes de découvertes. En effet, si les objets mis au jour indiquent une occupation ayant commencé à la fin du ve s. pour s’achever à la fin du viie s., voire au viiie s., leur répartition sur l’ensemble de la nécropole semble très désordonnée. Les raisons de ce désordre sont doubles : d’une part certaines structures tardives ont été implantées au milieu des tombes les plus anciennes (c’est notamment le cas des cinq sarcophages de plâtre mis au jour, qui sont tous attribuables au viie s.), d’autre part, les inhumations primaires de certaines structures ont été réduites ou dispersées, et ces structures amplement réemployées.

6D’un point de vue statistique, on constate qu’environ le quart des tombes a livré des offrandes céramiques, systématiquement déposées au pied de l’inhumation ou accompagnant la réduction de corps. Il s’agit essentiellement de petits pots carénés ou à panse globulaire, dont certains sont ornés de motifs imprimés à la molette (motifs géométriques uniquement). Le reste du mobilier recueilli compose un corpus assez classique pour la période mérovingienne parmi lequel on compte des éléments de parure tels que boucles et plaques-boucles à ardillons scutiformes en bronze, boucles et plaques-boucles en fer (avec des damasquinures au fil d’argent), fibules ansées ou aviformes en bronze, plaques de baudrier, grandes épingles en bronze, boucles d’oreilles à pendant polyédrique, bagues, fiches bélières, perles en pâte de verre, une rouelle, etc. L’armement est composé de plusieurs francisques, scramasaxes et fers de lance, auxquels il faut peut-être adjoindre les très nombreux couteaux enregistrés. Notons également la présence d’objets usuels tels que des forces, une grande clé, un fléau de balance, une pince à épiler en bronze, plusieurs fermoirs d’aumônières en fer dont certaines contenaient de petits silex taillés (amulettes ?), des monnaies romaines ou gauloises.

7En conclusion, et bien que la fouille ne soit pas encore achevée au moment de la rédaction de ces lignes, la nécropole mérovingienne de Gaillon-sur-Montcient présente des caractéristiques fort intéressantes qui vont assurément permettre de compléter notre connaissance de cette période dans l’ouest parisien. Partiellement détruits par les travaux d’installation du golf, une grande partie de ce petit cimetière rural nous est heureusement parvenue intacte. Avec plus de 200 tombes fouillées, différentes études vont désormais pouvoir être lancées, afin de cerner au mieux tous les aspects de la population concernée.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 – S 93-94 : structure double composée de blocs disposés sur chant et à fond dallé
Légende L’inhumation primaire simultanée de deux individus a été réduite au chevet de l’espace de droite. Une inhumation secondaire a réutilisé la partie gauche de la structure.
Crédits Cliché : F. Le Gac (CRAVF).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/214646/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 533k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Stéphane Regnard, « Gaillon-sur-Montcient – Ferme de Gaillon-la-Garenne » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/214646

Haut de page

Auteur

Stéphane Regnard

Articles du même auteur

Haut de page

Responsable d’opération

Stéphane Regnard

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search