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AccueilRégionsÎle-de-France199678 – YvelinesRichebourg – La Pièce du Fient

1996
78 – Yvelines

Richebourg – La Pièce du Fient

Fouille programmée (1996)
Responsable d’opération : Yvan Barat

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département des Yvelines

Texte intégral

La ferme indigène du ier s. av. J.-C.

1Le fossé parcellaire observé en 1995 a pu être suivi sur une trentaine de mètres. Son remplissage, probablement effectué dans un très court laps de temps, s’est révélé quasi stérile, confirmant son éloignement des habitats contemporains. Les premiers tests polliniques montrent un paysage encore très forestier (chênes, fougères). La fourchette chronologique couvre La Tène D et l’époque augustéenne. L’essentiel des structures d’habitat étant scellé par les constructions et remblais d’époque romaine, il faudra donc attendre l’achèvement de leur fouille pour entreprendre l’étude de la ferme gauloise.

La villa du ier s.

2Nous avons maintenant acquis la quasi-certitude d’avoir exhumé l’intégralité de cette première villa. La pars urbana et la pars rustica forment un ensemble cohérent limité au nord, au sud et à l’ouest par des murs de clôture. Seule la partie orientale de l’enceinte nous échappe encore. Notre image de l’évolution du bâti n’a, en revanche, pas été modifiée par la campagne de cette année.

3Dans la pars urbana, nous avons pu examiner les différents états de la galerie arrière. Dans la première étape tibéro-claudienne, nous nous trouvons en présence d’un espace ouvert, situé entre la résidence et la clôture septentrionale. Un vaste épandage de cendres, charbons et déchets divers indique son utilisation comme dépotoir au milieu du ier s. Le mobilier découvert est assez riche : céramiques, verre (dont une coupelle hémisphérique noire), couteaux, clés… Un couteau en fer montre un manche en bronze doré à décor de volutes. La faune est aussi représentée avec plusieurs centaines d’huîtres, des restes de poissons (vertèbres et arêtes), des coquilles d’œufs, rongeurs, etc. Enfin, deux monnaies d’argent (un denier républicain de M. L. Palicanus frappé en 45 av. J.-C. et un denier de la jeunesse de Néron émis en 51) complètent ce tableau. La longue galerie à abside est ensuite construite sous Néron ou à la période flavienne.

4Il est aussi apparu que le premier état ne comportait qu’une aile latérale à l’ouest, la galerie de façade courant jusqu’au pignon oriental. La construction de l’aile est et son aménagement en bains sont un peu plus tardifs (Flaviens ou début des Antonins).

5Dans la pars rustica, la galerie de l’étape flavienne montre une longue rigole médiane et longitudinale. Cette installation évoque la présence d’un espace de stabulation avec évacuation de purin et d’eaux usées.

L’environnement et l’orientation économique du site

6Contigu au pignon oriental de la pars rustica, un mur de petites pierres sèches délimite un enclos. Plusieurs poteaux et traces de solins indiquent des constructions légères difficilement datables, dont les liens fonctionnels et chronologiques avec l’enclos restent indéterminés. En revanche, une multitude de petites perturbations dans le sous-sol argileux et la présence d’une nappe de terre organique brun-noir sont peut-être à mettre au compte d’un parcage de bétail.

7L’environnement végétal révélé par les études de pollens montre une prédominance de plantes fourragères ainsi que de saules, d’aulnes et de bouleaux dans un paysage de prairie, où les céréales apparaissent très rares. Tous ces éléments, conjugués à la quasi-inexistence de meules à grains et à la découverte de cloches en fer pour le bétail, sont autant d’indices pour supposer un domaine essentiellement voué à l’élevage.

8Pour en terminer avec le paysage, nous devons signaler la découverte d’une longue voie antique empierrée, à 200 m à l’ouest en contrebas de la villa.

Les sanctuaires

9À l’extérieur de l’enceinte, au sud-est, une voirie empierrée est bordée par une enfilade de petits bâtiments carrés. Si le plus grand, désaxé, n’est pas identifié pour le moment, les autres (parfaitement alignés) sont à considérer comme de petits temples privés. Leur petite taille (3 et 6 m) les apparente à des « chapelles » connues sur d’autres sanctuaires ruraux. Leur fonction cultuelle est aussi suggérée par la découverte d’une petite hache polie en roche verte dans l’un d’eux. Les mythes récurrents autour de ces haches (relatifs notamment à la foudre) remontent à l’Antiquité et en ont fait très tôt des objets magiques, comme l’attestent quelques textes anciens, notamment l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien (Hist. Nat. XXXVII, 135, 150 et 176). Leur présence n’est donc pas étonnante dans de nombreux sanctuaires régionaux. La dernière construction montre une fosse comblée de pierres ayant probablement servi à maintenir une idole en bois ou en pierre. Quatre calages de poteau périphériques indiquent la présence d’un petit édicule de bois.

Les jardins

10En ce qui concerne leur plan, seuls quelques pots de transplantation supplémentaires ont été découverts, ainsi que les substructions du premier chemin transverse accompagné d’autres poteaux de la pergola. Ces pots ne modifient pas considérablement le schéma proposé antérieurement, d’autant que plusieurs aménagements ont pu se succéder. Les informations les plus importantes sont fournies par les premières analyses polliniques qui indiquent la présence de conifères manifestement importés comme l’épicéa, le mélèze ou le cèdre. On observe également un certain nombre de plantes rudérales comme le plantain qui évoquent l’existence d’une pelouse rase.

La villa du iie s.

11La campagne de 1996 n’a guère permis de faire avancer nos connaissances sur ce chapitre de l’histoire du site. La destruction complète de la pars rustica du siècle précédent s’est vue confirmée. La poursuite des recherches en 1997 permettra peut-être de déterminer si les constructions éparses repérées dans les champs remontent à cette probable phase d’agrandissement de la villa.

Le site du iiie s.

12Notre connaissance de l’occupation tardive a été notablement complétée. La pièce centrale de l’ancienne pars rustica est réutilisée et abrite une construction de briques et de tuiles rubéfiées, installée dans une grande tranchée de faible profondeur et liée à une nappe de charbons. Cette dernière a livré trois monnaies de la fin du iiie s. (une imitation radiée de la série Divo Claudio, un antoninien de Postumus et un autre de Tetricus Ier). Il est cependant encore trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un autre séchoir analogue à celui du bâtiment C. La construction de ce dernier (dont la fouille est quasiment terminée) est par ailleurs mieux datée par un dupondius de Julia Domna (193-217) dans une tranchée de récupération immédiatement antérieure.

13Dans les jardins, il apparaît que la grande voirie transversale, réutilisant des éclats de colonnes et d’éléments architecturaux, doit être datée de cette phase. Enfin, contre le mur de clôture ouest et devant l’ancienne résidence ruinée est aménagé un grand édifice en bois. Solidement bâti, il comprend une nef et ses poteaux de 0,20 à 0,30 m de section qui sont installés dans de larges calages circulaires de 1 m de diamètre.

14L’abandon définitif du site a pu également être précisé à l’extrême fin du iiie s. grâce à un antoninien de Carausius (286-293). Le monnayage de cet usurpateur étant d’une très grande rareté dans notre région, l’abandon est peut-être lié aux événements de la dyarchie et à l’expédition militaire de Carausius jusqu’à Rouen. De sporadiques tessons et un possible Ae 4 constantiniens suggèrent néanmoins une présence épisodique sur le site au début du ive s., probablement à fins de récupération.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Yvan Barat, « Richebourg – La Pièce du Fient » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/214709

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Auteur

Yvan Barat

SADY

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Responsable d’opération

Yvan Barat

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

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