Saint-Maurice-Montcouronne – La Maison Neuve
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Année de l'opération :
1996Sujets :
argile, atelier, atelier de potier, fossé, fosse, dépotoir, fosse-dépotoir, four, four de potier, trou de poteau, récipient culinaire, vase à cuire, oule, récipient fermé, cruche, luminaire, lampe, monnaie, monnaie médiévaleChronologie :
époque médiévale, Haut Moyen Âge, époque mérovingienne, époque carolingienne, Moyen Âge classiqueNature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Département de l’Essonne
Texte intégral
1La région de Saint-Maurice-Montcouronne, réputée pour l’importance et la qualité de ses gisements d’argile, a connu une forte concentration d’activités potières et tuilières tout au long de la période médiévale. Les ressources en matières premières sont directement accessibles à l’ouest du département, sur les versants des vallées de l’Orge, de la Rémarde et de ses affluents, en raison d’un anticlinal particulièrement prononcé sur une dizaine de kilomètres de long et orienté d’ouest en est. L’argile locale, issue des formations de l’Yprésien, est généralement riche en oxydes de fer à l’exception d’un banc superficiel, constitué de kaolinite blanche. Ce gîte, qui affleure du sud-est (Saint-Chéron) au nord-ouest (Angervilliers), a été exploité préférentiellement au cours du haut Moyen Âge et jusqu’au début du xiie s. L’apparition des productions en pâte rouge ou orangée vers le xiie s. marque un changement dans les lieux d’approvisionnement.
2Plusieurs aménagements dans la vallée de la Rémarde, notamment sur la commune de Saint-Maurice-Montcouronne, ont nécessité des fouilles de sauvetage.
3La première intervention (1988-1990) a porté sur des installations sidérurgiques, agricoles et domestiques qui s’échelonnent entre la période mérovingienne et les premières décennies du xiie s. Plus récemment, la réalisation d’un golf nous a conduits à fouiller préventivement un centre de production céramique de l’époque carolingienne. La poursuite de cet aménagement nous a permis de découvrir un autre groupement d’ateliers.
4Ces dernières fouilles, limitées par l’emprise des travaux, ont porté sur environ 400 m2. Cette surface restreinte constitue néanmoins un échantillonnage représentatif. Ce centre de production est situé sur la rive droite de la Rémarde, à mi-versant et à environ 500 m de l’habitat précédemment fouillé.
5Les structures s’organisent en deux ateliers mitoyens. Le premier comprend deux fours avec en périphérie quelques fosses, des trous de poteau et un fossé. En contrebas de ces fours, une grande zone d’extraction de limon, qui recouvre de nombreuses fosses, a été réutilisée comme collecteur des eaux de ruissellement. Le second atelier, plus à l’ouest, comprend au moins un four et un ensemble de fosses. Quelques-unes, encore remplies d’argile blanche, témoignent des activités préparatoires.
6La plupart des fosses, réutilisées comme dépotoirs, ont livré des débris de fours, tandis que l’essentiel des rejets de cuisson paraît plutôt accumulé à la surface du sol en contrebas des fours.
7Les fours sont construits selon le même mode. Leur assise est partiellement enterrée dans le substrat limoneux. Ils sont orientés nord-sud, dans le sens de la pente dont le pendage est d’environ 15 %. Ce sont des fours longitudinaux d’environ 5 m de long, construits sur un plan légèrement piriforme. Les seules variations notables concernent le volume des chambres de cuisson et l’inclinaison de leur fond ainsi que la disposition de l’aire de travail. Leurs différentes parties constitutives sont nettement marquées, avec :
- une aire de chauffe : elle est située à l’avant de l’appareil et se caractérise par l’accumulation de couches d’occupation. Elle peut être creusée en contrebas du foyer ou, plus fréquemment, elle occupe la pente dans le prolongement du foyer ;
- le foyer : son emplacement est identifiable par l’impact thermique sur les parois (altération grise) et par des dépôts charbonneux. Il est contenu dans une cuvette délimitée par l’aire de chauffe et, du côté opposé, par un ressaut qui délimite l’entrée de la chambre de cuisson ;
- la chambre de cuisson : elle commence à une trentaine de centimètres au-dessus du foyer et son entrée resserrée mesure 0,50 à 0,60 m de large. Les parois latérales sont divergentes vers la partie arrière du four où leur écartement atteint 0,90 m. Les chambres de cuisson ont entre 1,40 m et un peu plus de 2 m de longueur pour les mieux conservées.
8L’inclinaison de la sole des chambres de cuisson varie sensiblement selon les fours et leurs différents états de construction.
9Trois bases de piliers, régulièrement espacées, ont été observées dans la plupart des fours, à la liaison foyer/chambre de cuisson. L’assise de ces supports est constituée d’un pot placé à l’envers et solidarisé au sol par du limon. D’autres pots devaient être emboîtés les uns dans les autres, formant ainsi trois colonnes qui supportaient la voûte.
10Le mode de couverture de la chambre de cuisson nous est par ailleurs précisé par la fouille d’une voûte effondrée en place. L’armature de la voûte était formée de pots emboîtés les uns dans les autres. Près d’une centaine de céramiques, essentiellement des oules de différents modules, ont été mises au jour. Leur position permet de restituer une voûte construite par une juxtaposition d’arceaux. Les pots de chaque arceau étaient solidarisés entre eux par du limon. Pour liaisonner entre eux les arceaux, les potiers ont utilisé des petites mottes d’argile plastique blanche. L’ossature de la voûte était confortée par un enduit de lut qui permettait, en outre, d’améliorer ses qualités thermiques et sa résistance.
Fig. 1 – Vue de détail d’une voûte effondrée à l’intérieur de la chambre de cuisson d’un four de potier
Cliché : V. Goustard (service du Patrimoine historique et archéologique de l’Essonne).
11L’examen du mobilier montre l’homogénéité des pâtes et des formes rencontrées sur les différents ateliers. Ces observations qui concernent des terres cuites utilisées dans la construction des fours devront être corrigées par l’examen des débris de cuisson. Les pâtes des contenants sont élaborées à partir d’argile blanche et d’un dégraissant sableux très fin, légèrement micacé, qui s’apparente aux sables de Fontainebleau. Il permet la réalisation de grandes formes aux parois fines (0,2 cm à 0,25 cm d’épaisseur en milieu de panse, pour des pièces d’environ 25 cm de haut). Les inclusions de calcaire sont omniprésentes et indiquent un lieu d’extraction à flanc de versant, sans doute à quelques dizaines de mètres au-dessus de l’atelier, là où l’argile est au contact des formations crayeuses (Sénonien). Après cuisson, les pâtes gardent leur aspect clair avec des tons qui varient du blanc au beige.
12Les oules à bord en bandeau sont prédominantes, avec plusieurs modules. Les cruches sont généralement globulaires et à col court, munies d’un bec tubulaire tangent à la lèvre et de deux anses latérales fixées à la lèvre fléchie. Ces cruches, et beaucoup plus rarement les oules, sont décorées de bandes peintes, souvent obliques et discontinues mais aussi de groupes de flammules verticales. Plusieurs pièces montrent que ce décor était appliqué (au pinceau) avant la pose des anses et du bec. Cette technique suggère une organisation du travail assez poussée en amont de la cuisson. Les poteries comprennent également des oules verseuses, quelques écuelles et des grandes formes que l’on peut apparenter à des jarres ou à des cuviers. Quelques fragments appartiennent à des lampes à huile.
13Les datations reposent sur l’analyse par le radiocarbone de prélèvements issus du foyer de l’un des fours. Elles situent l’activité de ce four entre le milieu du xie s. et la première moitié du xiie s. Cette datation est affinée depuis par la découverte d’une monnaie de Philippe Ier (1060-1108) de l’atelier d’Étampes (identification P.-J. Trombetta).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Vue de détail d’une voûte effondrée à l’intérieur de la chambre de cuisson d’un four de potier |
| Crédits | Cliché : V. Goustard (service du Patrimoine historique et archéologique de l’Essonne). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/214836/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 706k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Vincent Goustard, « Saint-Maurice-Montcouronne – La Maison Neuve » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/214836
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