Rouen – 32 rue du Fardeau, 29-35 rue aux Ours
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Année de l'opération :
2009Chronologie :
Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, époque médiévale, époque moderneNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1Le projet de construction d’un immeuble d’habitation entre les rues aux Ours et du Fardeau à Rouen a amené la réalisation d’un diagnostic puis d’une fouille archéologique durant le troisième trimestre 2009. La parcelle étudiée se trouve dans le centre-ville historique de la ville, au sud-ouest de la cathédrale et à environ 250 m au nord de la Seine.
2Cette opération archéologique a permis d’observer l’évolution d’un secteur au sud de la ville de Rouen entre la période augustéenne et l’époque contemporaine. Six grandes phases ont été mises en évidence, les trois premières concernant le ier s. de notre ère et la quatrième la fin de la période antique. On se situe alors au sud de la cité, à égale distance entre le possible forum au nord et les quais de Seine au sud. Ce quartier sera inclus dans le castrum construit à la fin du iiie s. et sera au cœur de la ville médiévale.
3Les premières installations se composent de structures fossoyées, de foyers aménagés dans le terrain naturel et d’un possible bâtiment sur poteaux (fig. 1, phase I). Datée de la période augustéenne, cette occupation est encore de nature rurale, comme le montre l’étude du mobilier en fer trouvé dans une fosse rectangulaire à parois droites et fond plat (dont des outils agricoles comme un fer de hache, un soc d’araire ou une ferrure de bêche). De plus, le profil des restes animaux est identique à celui observé sur des ensembles ruraux, avec une grande prédominance de la triade domestique avec le bœuf qui domine en nombre et poids de restes. Le comblement d’une autre fosse indique qu’aux abords du terrain se trouvait un atelier de boucherie.
4Ces données confortent les résultats des fouilles rouennaises. Il semble donc que l’habitat se développe à Rouen à partir de la période augustéenne seulement, avec une première phase encore marquée par un paysage de type rural, mais avec la mise en place des premières structurations de l’espace comme la création de voiries, ou la consolidation des berges de la Seine. Il faut signaler qu’aucune voirie n’a été découverte sur le chantier, ce qui rend plus difficile la mise en évidence du parcellaire et son évolution durant la période antique.
5Le processus d’urbanisation se met en place durant la première moitié du ier s., après une sédimentation limoneuse qui recouvre tout le site, indiquant nettement une nouvelle occupation de l’espace (fig. 2).
Fig. 2 – Quinaire épigraphe fourré de Gaule Belgique, ca 55-25 av. J.-C.
Recueilli dans la sédimentation limoneuse recouvrant le terrain au début de la phase II.
Clichés : D. Biasi.
6Il semble que le terrain soit divisé en deux unités, l’une au nord et l’autre au sud, avec chacune une cave maçonnée ouvrant sur des cours (fig. 3) ; l’habitat se caractérise par des cloisons en solins ou sablières basses avec des niveaux de circulations en terre battue ou en graviers (fig. 1, phase II).
7On remarque donc l’utilisation de matériaux locaux dans une architecture plus savante. Cette dernière repose en particulier sur l’utilisation nouvelle de matériaux connus, comme les terres cuites architecturales (antéfixe représentant une tête de putto par exemple) ou les fondations en pierres.
8L’étude archéozoologique montre que le profil faunique change et devient typique du milieu urbain romain, avec une plus forte proportion de porc et de volaille. La malacologie indique une faible diversité des restes, qui correspond à la consommation alimentaire d’un site n’ayant pas de contact direct avec la mer. Le lieu de provenance semble être une côte rocheuse abritée, qui a pu subir un envasement ; la forme des huîtres va dans le sens d’une huîtrière naturelle et pas d’une ostréiculture contrôlée.
9Durant la seconde moitié du ier s., les deux ensembles évoluent différemment (fig. 1, phase III). Au nord, la cave est intégrée dans un petit habitat en matériaux léger organisé autour d’une cour centrale. Le plan, les techniques de constructions (dont les cloisons recouvertes d’enduits peints) et le mobilier recueilli dans les niveaux de démolition indiquent l’existence d’une résidence assez luxueuse, avec la présence, par exemple, de nombreuses verreries dont des coupes millefiori, des terre cuites architecturales ou une grande variété de mobilier céramique.
10Au sud, la cave est remblayée et le nouvel ensemble comprend une partie orientale, avec des cloisons en matériaux légers sur sablières basses recouvertes d’enduits peints, et une partie occidentale entièrement maçonnée. La construction est soignée, avec le creusement de profondes tranchées remplies de gravats afin de servir de fondation, et un sol en mortier servant également d’assise de réglage pour les élévations. Si la partie orientale peut être identifiée comme pièces à vivre, avec la présence d’enduits peints, de foyers et de mobilier de la vie quotidienne (épingle à cheveux, fibules, etc.), il est plus difficile de déterminée la fonction du secteur ouest. Peut-être s’agit-il d’entrepôts ?
11Une nouvelle phase s’ouvre au début du iie s., avec un remaniement complet du terrain qui semble alors ne former qu’une seule parcelle (fig. 4, phase IV), même si seules les fondations étaient conservées dans la moitié nord. Cet ensemble s’organiserait de part et d’autre d’une cour, avec au nord des pièces et passages plus difficilement identifiables, et au sud, la partie résidentielle. Cette dernière comprend une grande pièce à vivre avec sol en mortier et enduits peints, et au moins deux salles chauffées par hypocauste (fig. 5). Au sud, un couloir semble mener à un espace situé hors de limites de fouille. L’absence de voirie rend plus délicate la compréhension de cet ensemble.
Fig. 5 – Vue générale de la salle chaude sud-est prise depuis la salle de service
Au premier plan, praefurnium et vestiges des murets du canal de chauffe à l’intérieur de la salle chaude.
Cliché : D. Jouneau (Inrap).
12Cette phase IV dure près de deux siècles durant lesquels les changements interviennent à la marge de l’occupation, sans remettre en cause son organisation globale. L’abandon de l’habitat, durant dernier quart du iiie s., est bien daté grâce au mobilier céramique et aux nombreuses monnaies retrouvées.
13Durant la seconde moitié du iiie s., de nombreux incendies ont été mis en évidence dans la ville, comme sous la place de la Cathédrale ou à l’Espace du Palais, mais ce n’est pas le cas rue aux Ours. En effet, aucun signe d’incendie n’a été noté et l’abandon des salles chaudes n’est pas dû à une cause extérieure mais à l’effondrement de la portion du sol d’hypocauste qui se trouvait au-dessus d’une ancienne cave comblée deux siècles plus tôt.
14Une autre différence est également à mentionner. Après l’affaissement d’une partie des salles chaudes, l’habitat est définitivement abandonné après une intense campagne de récupération des matériaux. Au contraire, dans les ensembles incendiés dans les autres quartiers, on a noté à chaque fois une reconstruction du secteur.
15Des lambeaux de terres noires marquent le début de la période médiévale sur le site (fig. 4, phase V). L’habitat médiéval et moderne a été détruit lors des travaux des xixe et surtout xxe s. ; seuls des fonds de fosses et des puits témoignent de l’intense occupation de ce secteur. On peut distinguer quatre grandes périodes : les viie-viiie s., les ixe-xie s., les xiiie-xive s. (fig. 6) et le xvie s.
16Les structures se composent de fosses, puits et surtout fosses d’aisances dont certaines maçonnées. Leur répartition et recoupement permettent de proposer des secteurs de jardins ou de cours situés en retrait des voies publiques, ces dernières devant être localisées globalement aux mêmes emplacements que les actuelles rues du Fardeau au sud et aux Ours au nord. Cette dernière se situe environ 4 m plus haut que l’arase des structures médiévales et modernes. Il faut donc ajouter globalement 4 m aux profondeurs observées lors de la fouille. Ainsi, par exemple, certaines fosses d’aisances auraient été profondes de plus de 6 m, dont seuls les deux derniers mètres étaient préservés.
17L’étude des différents mobiliers issus de ces structures (céramique, faune, petit mobilier, etc.), couplée à une recherche historique, permettra de caractériser le statut des habitants occupant ce secteur du centre-ville de Rouen.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Phases I à III de l’occupation antique |
| Crédits | DAO : B. Guillot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 419k |
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| Titre | Fig. 2 – Quinaire épigraphe fourré de Gaule Belgique, ca 55-25 av. J.-C. |
| Légende | Recueilli dans la sédimentation limoneuse recouvrant le terrain au début de la phase II. |
| Crédits | Clichés : D. Biasi. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 400k |
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| Titre | Fig. 3 – Vue générale de la cave sud vue depuis le nord-ouest |
| Crédits | Cliché : B. Guillot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 963k |
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| Titre | Fig. 4 – Phases IV et V de l’occupation antique et médiévale |
| Crédits | DAO : B. Guillot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 430k |
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| Titre | Fig. 5 – Vue générale de la salle chaude sud-est prise depuis la salle de service |
| Légende | Au premier plan, praefurnium et vestiges des murets du canal de chauffe à l’intérieur de la salle chaude. |
| Crédits | Cliché : D. Jouneau (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 828k |
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| Titre | Fig. 6 – Vue de deux fosses circulaires des xiie-xive s. |
| Crédits | Cliché : S. Le Maho (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 674k |
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| Titre | Fig. 7 – Rouen : localisation des opérations de terrain 2009 |
| Crédits | DAO : L. Eloy-Epailly (SRA). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/215925/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 890k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Bénédicte Guillot, « Rouen – 32 rue du Fardeau, 29-35 rue aux Ours » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Normandie, mis en ligne le 04 septembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/215925
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