Habitats et peuplements du Tardiglaciaire dans le Bassin parisien
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Année de l'opération :
1996Sujets :
paléochenal, industrie lithique, éclat, lame, grattoir, burin, outil, pointe, débitage, silexLieux :
France métropolitaine, Île-de-France, Département des Hauts-de-Seine, Rueil-Malmaison, Centre-Val de Loire, Département d'Indre-et-Loire, Nouvelle-Aquitaine, Département de la Vienne, Auvergne-Rhône-Alpes, Département de la Loire, Département du Loiret, Cepoy, Bourgogne-Franche-Comté, Département de l'Yonne, MarsangyChronologie :
cultures préhistoriques, Cultures paléolithiques, cultures du Paléolithique final, Federmesser (culture), Préhistoire, Paléolithique, Paléolithique supérieur, cultures du Paléolithique récent, Magdalénien, temps géologiques, Cénozoïque, Quaternaire, Pléistocène, Pléistocène supérieur, Tardiglaciaire, Dryas, Épipaléolithique, Alleröd, Laborien, BelloisienNature de l'opération :
projet collectif de recherchePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : CNRS
Texte intégral
1Aux synthèses sur le mode de vie magdalénien que visait le programme à son origine s’ajoutent désormais des comparaisons diachroniques portant sur les stratégies adaptatives des différents groupes qui ont peuplé la région au Tardiglaciaire. L’étude des matériaux issus des grandes fouilles programmées portant sur le Magdalénien supérieur peut être confrontée à une documentation plus large et constamment enrichie.
2L’an dernier, nous avons évoqué les indices d’une évolution des choix perçus au cours de la longue durée de cette tradition. C’est la genèse de cette culture qui est abordée cette année grâce à de nouveaux travaux sur le Centre-Ouest. Par ailleurs, les mécanismes et les rythmes de l’azilianisation dans le Bassin parisien peuvent être cernés avec une précision croissante grâce à la poursuite des fouilles au Closeau à Rueil-Malmaison. L’évolution des industries recueillies dans un cadre chronostratigraphique très bien documenté constitue désormais un modèle de référence pour la région. L’extension des décapages permet en outre de collecter des données palethnographiques inestimables sur ce gisement, dont la surface actuellement explorée est la plus vaste que l’on ait pu atteindre pour un site de l’Alleröd.
3Ce développement continu des recherches encourage désormais à multiplier les comparaisons avec d’autres régions plus ou moins éloignées où l’on peut percevoir les échos des événements ressentis dans le Bassin parisien : séjours d’étude, rencontres internationales et réunions dans un cadre universitaire constituent des relais efficaces pour les travaux menés dans le cadre du projet collectif.
Approche techno-économique des Magdaléniens du Centre-Ouest de la France
4Le Centre-Ouest, c’est-à-dire le bassin hydrographique de la Loire dans son cours moyen et supérieur, est une région riche en gisements qui témoignent de la fréquentation par les Magdaléniens. De plus, le bassin de la Loire ayant été une voie privilégiée de communication reliant les Bassins aquitain et parisien, l’étude des groupes humains de la Touraine et du Poitou peut apporter des informations concernant les contacts et échanges ayant pu se faire entre différents groupes ethniques.
5Dans cette région, toutes les « phases » de la période magdalénienne sont représentées : Badegoulien ou Magdalénien inférieur, Magdalénien moyen et Magdalénien supérieur. La distribution des occupations rapportées au Magdalénien supérieur est la plus étendue sans que l’on sache encore s’il s’agit d’une expansion réelle des populations (vers le nord et le centre du Bassin parisien ?) ou simplement d’un état des connaissances.
6Ce travail, fondé sur la comparaison d’ensembles lithiques, a pour objectif la mise en évidence des concepts techniques mis en œuvre par les Magdaléniens dans le domaine de la taille du silex. L’ambition est de dégager des critères pour individualiser des groupes régionaux distincts ou pour discerner les phases d’une éventuelle évolution. Pour mieux cerner les contraintes extérieures et pouvoir dégager des choix culturels, il a été décidé de travailler sur une zone géographique réduite et d’examiner des gisements dont l’environnement est identique. Les dix gisements sélectionnés selon ces exigences sont uniquement concentrés le long des vallées de la Creuse, de la Vienne, de l’Indre et de leurs affluents.
7Il ressort de cette étude que, même si des variations circonstancielles peuvent apparaître, tous les gisements de cette région présentent, pour le débitage des lames, des processus opératoires similaires fondés sur l’interaction de plusieurs principes : exploitation de la plus grande longueur sur une table laminaire unique à la carène et au cintre prononcé ; installation d’un plan de frappe préférentiel oblique ; préparation soignée des talons, notamment en éperon, adaptée à une percussion tangentielle… De ce point de vue, ces sites partagent un même système technique et révèlent en outre une grande similitude avec les gisements du centre du Bassin parisien (Pincevent, Étiolles, Marsangy, etc.) et ceux de la région Vienne-Touraine.
8La variabilité la plus importante concerne les techniques d’obtention des supports lamellaires : extraction sur très gros burins transversaux sur éclat au Badegoulien (La Pluche, Le Silo et Saint-Fiacre, Indre-et-Loire), sur fragments de lames épaisses et par percussion tendre, dans le Magdalénien moyen de La Marche (Vienne), ou par pression dans les gisements du Roc aux Sorciers d’Angle sur l’Anglin (Vienne) et du Rocher de la Caille (Loire) (voir les travaux de P. Alix et J. Pelegrin). Enfin, un concept volumétrique pyramidal triangulaire particulier est attesté dans le Magdalénien supérieur du gisement de Bois-Ragot (Vienne) ; il entraîne une standardisation de la longueur des lamelles obtenues pendant tout le débitage.
9Cette étude comparative des différentes « phases » du Magdalénien de Touraine et du Poitou soulève la question des critères d’individualisation du Badegoulien dont certains chercheurs ont souligné l’originalité technique, notamment dans le domaine de l’industrie osseuse. Il s’avère que, conjointement à la production laminaire, une exploitation d’éclats (débitage centripète sur volumes polyédriques) est présente dans les industries badegouliennes de la région considérée. À cette diversité opératoire correspond une variété des supports utilisés en outils (lames, éclats, sous-produits). Cette diversité semble être liée, en partie, à des contraintes d’approvisionnement en matières premières beaucoup moins fortes (origine locale et médiocre qualité des matériaux) qu’au Magdalénien moyen et supérieur. Des études réalisées dans d’autres régions (Aquitaine, Massif central, Languedoc, Roussillon, etc.) mettent en évidence un comportement relativement similaire dans ce domaine. À l’heure actuelle, rien ne permet d’établir une césure culturelle entre le Badegoulien et le Magdalénien « classique », mais la définition de la culture magdalénienne semble beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait.
G. Le Licon
Le Closeau à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et l’évolution des groupes à Federmesser dans le Bassin parisien
10Dans le précédent bilan, nous avions fait état de la découverte de ce gisement lors d’un diagnostic archéologique et avions évoqué les premiers résultats de sa fouille extensive. À l’issue de la seconde campagne juillet 1995-janvier 1996), l’existence de deux principaux niveaux archéologiques attribuables à la tradition des groupes à Federmesser a pu être confirmée.
11Le niveau le plus ancien, fouillé seulement sur 35 m2 dans la tranchée de diagnostic, est situé à la base d’un horizon de sable gris, considéré comme un sol de l’Alleröd. Deux dates 14C sur os (par accélérateur) placent l’occupation de ce niveau au début de l’Alleröd ou juste auparavant. Ce niveau livre une industrie laminaire soignée, réalisée à la pierre tendre, comportant un outillage composé de grattoirs sur lame, de burins, de lames utilisées brutes et surtout de bipointes légères.
12Le niveau le plus récent, situé dans la partie sommitale de l’horizon sableux pédogenéisé, a été fouillé dans un premier temps sur une surface de 4 000 m2, englobant un paléochenal et ses deux versants nord et sud. Deux dates, réalisées sur des éléments découverts en relation étroite avec des structures anthropiques, placent l’occupation de certaines zones à la fin de l’Alleröd voire au début du Dryas III. On observe dans l’industrie de plusieurs secteurs une très nette évolution dans les modalités de taille du silex : les blocs n’y font plus l’objet d’une mise en forme et les produits, moins réguliers et peu laminaires dans l’ensemble, sont débités à la percussion dure, sans préparation des talons ; l’outillage retouché peu abondant dérivant de ces exploitations simplifiées est dominé par des grattoirs courts sur éclats et des monopointes relativement irrégulières.
13Sur le même niveau, dans une zone restreinte située sur le versant sud du paléochenal, de riches concentrations de silex livrent une industrie attribuable à la tradition des groupes à Federmesser mais différente des assemblages précédemment décrits. Le style du débitage – production laminaire plus standardisée qu’en d’autres secteurs du niveau supérieur mais investissement technique moindre que dans le niveau inférieur, la composition et la facture de l’outillage ainsi que la nature de l’organisation spatiale suggèrent le témoignage d’une autre phase de la tradition des groupes à Federmesser. Bien qu’aucune observation stratigraphique ne puisse confirmer cette diachronie éventuelle des occupations conservées au sommet du sable pédogenéisé, les comparaisons permettent de rapprocher l’assemblage découvert dans ce secteur limité de certaines industries à Federmesser récentes mises en évidence par J.-P. Fagnart et P. Coudret dans la vallée de la Somme. Au Closeau, cet assemblage pourrait occuper une position chronologique intermédiaire entre les occupations déjà datées : cette proposition pourrait être vérifiée lorsque parviendra le résultat d’une datation en cours.
14Une nouvelle tranche de travaux a débuté en juin 1996 : elle porte la surface explorée à 12 000 m2. L’extension des décapages n’a pas permis de retrouver le niveau inférieur mais, à nouveau, deux tendances stylistiques semblent attestées parmi les industries à Federmesser du niveau supérieur. En outre, toujours sur le même niveau archéologique, un locus du versant sud livre une accumulation particulière de pointes à dos rectiligne et base tronquée que l’on peut rapprocher des « pointes de Malaurie » : au sud de la Loire, ces armatures, lorsqu’elles sont abondantes, caractérisent les niveaux (parfois dénommés « laboriens ») qui surmontent immédiatement certaines séquences aziliennes.
15À l’heure actuelle et en l’attente de nouvelles datations, on peut supposer que quatre « phases » sont représentées au Closeau : trois d’entre elles pourraient être rattachées à la tradition des groupes à Federmesser ; la quatrième, peut-être plus récente, témoignerait d’influences laboriennes. Si ce modèle d’évolution chronologique se confirme, on notera que les occupations présumées les plus « récentes » sont essentiellement concentrées sur le versant sud et dans la partie centrale du paléochenal, tandis que le niveau le plus ancien n’est attesté que sur le versant nord. La prochaine campagne prévue à partir de mars 1997 se déroulera dans cette zone, elle devrait permettre d’explorer 5 000 m2 supplémentaires.
P. Bodu
Un effort de mise en perspective des résultats acquis sur le Tardiglaciaire du Bassin parisien
16Les collaborations, nouées avec les chercheurs des régions limitrophes (Bourgogne, Centre, Normandie et Picardie), ont récemment permis d’identifier deux nouvelles séries « belloisiennes » inédites et de repousser un peu plus les limites orientales de l’aire de reconnaissance de ces faciès spécialisés de la fin du Tardiglaciaire. Cette dynamique se prolonge actuellement par des échanges avec des équipes travaillant sur le peuplement tardiglaciaire de l’Europe centrale et septentrionale. Plusieurs collègues des universités de Cologne, de Louvain, de Leiden et de Varsovie sont venus en 1995 et 1996 examiner les industries lithiques du Bassin parisien ; parallèlement, P. Bodu et B. Valentin ont effectué des séjours d’étude dans les universités de Louvain, de Liège et au centre de recherches de Neuwied afin de discuter les modèles élaborés pour interpréter l’évolution des traditions techniques au Tardiglaciaire.
17Quelques résultats préliminaires de ces contacts et observations peuvent être évoqués brièvement. Des indices d’un usage systématique de la pierre tendre pour certaines phases de la production, mises en évidence pour la première fois en contexte magdalénien à Cepoy et Marsangy, paraissent attestés dans d’autres industries contemporaines. Les caractères techniques de la « phase ancienne » de la tradition à Federmesser, identifiés au Closeau, à Gouy et dans plusieurs gisements de la Somme, n’ont pas d’équivalent pour l’instant en Belgique et en Rhénanie ; ils trouvent en revanche des correspondances dans les couches anciennes des séquences aziliennes du sud de la Loire (voir notamment les travaux de M. Barbaza, G. Célerier, A. Hantaï, G. Pion). Enfin, certains concepts qui régissent le débitage laminaire dans les industries « belloisiennes » du Bassin parisien peuvent être reconnus dans plusieurs industries de la transition tardi-/postglaciaire d’Europe du Nord.
18Le désir d’étendre les comparaisons a conduit d’une part P. Bodu et J.-P. Fagnart à organiser une réunion sur le thème de « l’Azilien et les cultures septentrionales », au cours d’une séance de la SPF en 1996. Une vingtaine de chercheurs ont confronté des synthèses régionales et des monographies de sites concernant un espace compris entre les Pyrénées et la Rhénanie. D’autre part, B. Valentin et P. Bodu organisent, au printemps 1997, une table ronde internationale avec une trentaine de chercheurs provenant d’une dizaine de pays d’Europe, afin de réunir les éléments pour de nouvelles synthèses sur le repeuplement de l’Europe centrale et septentrionale au Tardiglaciaire. Cet effort de synthèse devrait se poursuivre par la création d’un groupe de liaison chargé d’organiser un cycle de rencontres périodiques dans d’autres centres de recherches européens.
19Un séminaire créé en 1995 à l’université de Paris 1 par B. Valentin et intitulé « Épipaléolithique et Mésolithique : questions actuelles » constitue le relais universitaire des recherches promues par le projet collectif. Conçu pour devenir un lieu d’échanges et de réflexion, ce séminaire accueille différents spécialistes des périodes concernées. Plusieurs mémoires universitaires, dont certains ont été soutenus en 1996, s’inscrivent dans cette perspective.
P. Bodu, B. Valentin
Pour citer cet article
Référence électronique
Pierre Bodu, Boris Valentin, Gwenaëlle Le Licon, « Habitats et peuplements du Tardiglaciaire dans le Bassin parisien » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/216489
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