Brionne – Rue Lemarrois
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Année de l'opération :
2008Chronologie :
Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, époque médiévale, époque moderneNature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1Le projet de construction d’un lotissement rue Lemarrois à Brionne a amené la réalisation d’une fouille en 2008. Elle a permis d’étudier une cave médiévale encore en élévation ainsi que ses abords immédiats.
2Les premières traces d’occupation dans la parcelle sont très ténues. Une fosse et un important mobilier céramique résiduel couvrent toute la période antique, de l’Augustéen au iiie s. mais avec une plus forte proportion du iie s. L’étude des scories, trouvées essentiellement dans la partie supérieure de la fosse, a montré qu’elles se répartissent en culots de forge, scories coulées et parois scoriacées. Ceci témoigne de la pratique de réduction du minerai de fer et de travaux de forge dans les environs immédiats de la fouille.
3Le Bas-Empire et l’époque mérovingienne n’ont laissé aucun vestige et il faut attendre la période carolingienne pour voir le début de la réoccupation de l’espace, tout d’abord par trois fosses, dont une très grande qui a livré, au milieu d’un abondant mobilier antique, quelques fragments de céramique des ixe-xie s.
4Mais c’est seulement à la période suivante que se structure l’espace autour d’une imposante maçonnerie mesurant 1,90 m de large et dont une première partie avait été dégagée lors du diagnostic réalisé en 2005. La restitution proposée comprend une première portion orientée est-ouest longue d’au moins 27 m de long, avant un tournant vers le sud-ouest selon un angle ouvert de 128°. Il faut signaler qu’il existe une importante rupture de pente sous la portion orientale et ceci pourrait être le témoin d’une première délimitation de l’espace, de type fossé, avant la construction de la maçonnerie.
5Cette dernière est difficilement attribuable à un habitat classique mais évoque plutôt soit un ouvrage défensif, soit une structure servant à enclore un terrain « sain » au sud-est par rapport à une zone tourbeuse située à l’ouest et au nord. Cette structure semble avoir fonctionné durant les xiie et xiiie s.
6Ce mur d’enceinte est détruit avant l’édification d’un bâtiment avec cave à la fin du xiiie s. ou au début du xive s. Cette cave, qui subsiste toujours, a fonctionné jusque dans les années 1980 où elle servait de soulte à charbons et elle a subi de nombreux remaniements durant ses sept siècles d’activité. On peut signaler que la cave s’aligne sur l’ancienne grande maçonnerie et cette orientation va conditionner le bâti pendant toute la période médiévale et moderne. Il faut en effet attendre la fin du xixe s. pour qu’une nouvelle demeure s’aligne sur la rue Lemarrois comme le reste des édifices du quartier.
7À l’origine, la cave a un plan rectangulaire couvrant une surface au sol d’un peu plus de 30 m2 pour une surface interne de 5 x 3,30 m (16,50 m2). Elle utilise en partie la pente du terrain et est donc entièrement enterrée à l’est mais seulement à moitié à l’ouest. L’accès se faisait de ce côté grâce à un escalier en pierre de taille et il existait au moins un éclairage par une baie au sud. Les murs reposent directement sur le terrain naturel. Ils sont en petits moellons de calcaire et en silex, sauf au niveau des angles où des pierres de taille sont utilisées. La couverture est réalisée au moyen d’une voûte en plein-cintre soutenue par deux arcs doubleaux saillants avec une base décorée. Ces doubleaux ont certainement servi à soutenir les cintres de bois lors de la pose de la voûte. La hauteur sous voûte est d’environ 3 m. Près de 40 % des pierres observées (sur un total de 1 110 pierres) sont marquées d’un signe lapidaire, un chiffre romain I, II, III, IIII, V et VI (aussi écrit IV). Les autres pierres ont souvent été retaillées après la pose pour lisser la voûte. Les marques correspondent pour la grande majorité des cas à la hauteur des pierres. Des exemples de gabarits de hauteur de pierre abondent dans d’autres caves de la région, comme à Jumièges, Gisors, Conches, etc.
8Il semble que la décision de rehausser le niveau de sol ait été prise lors des travaux de construction et le premier sol en calcaire cachait la base décorée des arcs doubleaux. La raison de ce changement reste indéterminée, même si une remontée de la nappe phréatique fournit une explication valable. En effet, une quinzaine de jours après le début de la fouille, c’est-à-dire au début du mois de mars de l’année 2008, la nappe est remontée d’une trentaine de centimètres dans la cave, noyant les sondages déjà réalisés.
9L’étude historique a montré que la parcelle faisait partie du prieuré bénédictin Notre-Dame, qui avait repris au xviie s. les possessions de l’hôpital de Brionne, mentionné avec sa chapelle Saint-Jean dès le milieu du xiiie s. La parcelle étudiée pouvait donc appartenir au bas Moyen Âge à cet hôpital. Or, il est tentant de lier la construction de la cave à l’histoire de l’hôpital à la fin du xiiie s. En effet, en 1295 il est fait mention d’une reconstruction par Jean d’Harcourt de l’hôpital détruit par un incendie. Cette campagne de travaux pourrait inclure l’édification d’un bâtiment en pierre avec une cave voûtée d’architecture soignée et de qualité.
10Au xvie s., de nouveaux remblais sont amenés afin de remonter le sol une nouvelle fois, recouvrant alors les deux premières marches de l’escalier. Parmi ces remblais a été découvert un robinet d’aquamanile en alliage cuivre. Il comporte la clef en forme de coq avec un poinçon en forme d’oiseau et le tuyau de canalisation avec un pas de vis en son centre et une bouche à l’une de ses extrémités dont la forme zoomorphe évoque un chien ou un griffon.
11De plus profonds changements que de simples rehaussements de sol, vont avoir lieu durant la période Moderne avec une reprise de toute la partie nord, aboutissant à la construction d’un nouveau pignon réduisant ainsi la surface interne de la cave (on passe de 5 m à 4,55 m). Une nouvelle fenêtre est percée du côté nord. L’entrée est également reprise, l’escalier est rehaussé et un nouveau mur vient doubler le mur ouest. Au sud, deux maçonneries successives servent de mur de terrasse pour contenir les terres. Ceci permettait d’aménager une pente dans le talus existant (il existe un dénivelé d’au moins 2,50 m entre l’est et l’ouest de la cave) tout en gardant un espace libre entre les murs et le pignon sud de la cave afin de conserver un bon éclairage dans la baie F7. Dans un deuxième temps, cet espace est comblé et une goulotte maçonnée transforme la fenêtre en soupirail. Enfin, un nouvel édifice est accolé vers l’ouest.
12Le milieu du xviie s. est un moment important pour l’histoire de la parcelle puisqu’un prieuré bénédictin est créé à l’emplacement de l’hôpital, alors abandonné. Ceci se reflète par quatre monnaies trouvées en fouille, deux doubles tournois d’Henri IV (frappés à Paris 1603-1610, et à Lyon 1608), un double tournois de Louis XIII (des environs 1620-1630) et un liard de France de Louis XIV frappé à Rouen (1655-1658). Mais il ne semble pas que cela se soit traduit par de grands travaux dans la cave puisque, malgré ces quelques monnaies, les modifications semblent plus récentes et remonter au courant du xviiie s. d’après la datation céramique. À cette période, les renseignements sur le quartier et le prieuré Notre-Dame de Brionne sont beaucoup plus importants, grâce à deux procès-verbaux de visite : celui au moment de sa réunion avec le prieuré Saint-Louis de Rouen en 1735 et celui lors d’un procès en 1766. Ces deux documents décrivent précisément les lieux et donnent les dimensions exactes des bâtiments visités. La cave, mesure 14,5 pieds de long (env. 4,70 m) par 10 pieds 3 pouces de large (env. 3,62 m), ce qui correspond à peu près aux données de la fouille (4,55 m par 3,30 m). En 1735, il est fait mention de :
« deux corps de logis qui tiennent ensemble l’un plus élevé que l’autre qui servoit aussy à loger des religieuses, le moins élevé sur une muraille de pierre de bizet […], au-dessous de cette [sorte] de bâtiment est une cave voûtée […] laquelle nous a paru en bon état ; l’autre bâtiment plus élevé nous a paru en moins bon état »
La description permet de connaître le plan de ce nouveau bâtiment adossé à la cave : on entrait par l’ouest dans une première pièce servant de cuisine, puis dans un salon, dans un « petit caveau » ou « cellier » et enfin dans la cave.
13Enfin, les documents permettent de connaître l’environnement immédiat de l’édifice : au nord un jardin « fermé d’un costé et d’un bout par des murs de beauge, de l’autre bout aussy par un bout de mur de beauge, et d’autre costé par la rivière de Risle, contre lesquels murs d’un costé et d’un bout il y a quelques arbres fruitiers en espalier comme peschers et poiriers, qu’il y en a aussy quelque uns en éventails » et au sud une cour « descendant à la rivière [où se trouvent] vingt huit jeunes arbres fruitiers en pommiers, poiriers, pruniers et ceriziers » (respectivement marqué « T » et « C »).
14Le cadastre de 1827 donne les mêmes indications avec un bâtiment agrandi vers l’est, un jardin et un verger. Au cours du xixe s., la pièce immédiatement à l’ouest de la cave est scindée en deux par la construction d’un nouveau mur. L’éclairage dans la cave est de nouveau réduit avec le soupirail sud transformé en étroit conduit. En 1882, la maison est détruite et une grande demeure est construite. À cette occasion, la porte ouest de la cave est bouchée et un nouvel accès est créé à l’est reliant ainsi le rez-de-chaussée servant de cuisine à la cave transformée en soute à charbon. Au sud de la parcelle des hangars sont édifiés, dont un sert de pigeonnier avec une façade en bois sculpté. Durant l’hiver 1983-1984 la demeure est à son tour démolie.
Fig. 2 – Partie sud du mur gouttereau ouest de la cave avec le départ de la voûte et les deux arcs doubleaux
Cliché : G. Deshayes (Made).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général de la cave |
| Crédits | DAO : B. Guillot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/216616/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 178k |
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| Titre | Fig. 2 – Partie sud du mur gouttereau ouest de la cave avec le départ de la voûte et les deux arcs doubleaux |
| Crédits | Cliché : G. Deshayes (Made). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/216616/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 590k |
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| Titre | Fig. 3 – Détail de la base d’un arc doubleau |
| Crédits | Cliché : B. Guillot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/216616/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 805k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Bénédicte Guillot, Gilles Deshayes, « Brionne – Rue Lemarrois » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Normandie, mis en ligne le 05 septembre 2025, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/216616
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