1Malgré un contexte archéologique environnant riche en dolmens de la fin du Néolithique et du début Bronze ancien, le diagnostic réalisé en février 2025 au lieu-dit la Grangeasse (commune de Labeaume), situé à 350 m à l’est de la nécropole de Faveyrolle et à 300 m à l’ouest de l’alignement dolménique de La Loubatière, n’a révélé aucune structure archéologique funéraire.
2La première journée de prospection pédestre n’a effectivement pas permis de repérer de nouveau monument funéraire (tumulus ou dolmen) sur les 1,39 ha de l’emprise de la parcelle D832. Quelques rares galets exogènes (grès et granite), dont deux « outils » (?) type molette et/ou polissoir, avec potentielles traces d’abrasion (?), ont été observés en surface et prélevés. Ils pourraient représenter la phase ancienne d’occupation du plateau de Labeaume au Néolithique final et au Bronze ancien, même si des dépôts naturels anciens (Würm ?) de l’Ardèche ont été observés sur le plateau (Durand 2021).
3Comme partout, une quinzaine de structures vernaculaires en pierres sèches (calcaire blanc Tithonique J9) ont été observées et topographiées en partie selon la densité du couvert végétal. Les murets de soutènement de sédiments, implantés souvent en terrasses et en périphérie de doline et/ou de petites zones cultivables dans les diaclases, sont les plus représentés. Quelques structures parementées permettant le passage entre deux massifs rocheux, murs de parcellaire et autres « clapas » parementés complètent le corpus de ces aménagements contemporains (xixe-début xxe s.).
4Pour des raisons de difficulté, voire d’impossibilité d’accès (structures empierrées, végétation, massifs rocheux affleurant et en élévation), seuls trois sondages mécaniques ont pu être ouverts en périphérie sud de l’emprise.
5Le sondage 1 ouvert dans la « grande » doline localisée au sud-ouest de l’emprise a permis d’observer et d’analyser une séquence stratigraphique de 2,6 m de puissance. Sous la terre végétale très humifère et organique, témoin d’une activité agricole et d’une mise en culture au xixe s. et au début du xxe s., un premier horizon limono-argileux brun-rouge, incluant trois litages de cailloutis et des charbons de bois, de 1 m de puissance, pourrait correspondre à une crise érosive. Elle est marquée par des apports massifs de calcaires qui ont affecté le plateau et son recouvrement, entraînant la formation de couches colluviales détritiques. Au vu de sa position stratigraphique, ce faciès pourrait être issu des dynamiques d’écoulement du Petit Âge glaciaire (H. Djerbi). Il couvre un niveau plus argilo-limoneux brun-rouge (puissance env. 0,70 m ; présence de charbons et de micro-nodules de terre cuite), formé par ruissellements, témoignant, sous réserve, d’une phase de stabilité hydroclimatique. La datation AMS réalisée (-1,60 m) a permis de caler cet horizon entre la fin ixe et le xe s., soit 877-994 cal. AD.
6Enfin, en base de stratigraphie se trouve un dernier horizon (argile limoneuse brun-gris à charbons et rares terres cuites), dont le toit est peut-être attribué à un « paléosol » qui apparaît à -1,95 m. Ce niveau correspond à une autre phase d’érosion apparue au cours du premier Moyen Âge, à la suite d’un potentiel épisode de défrichement des sols, peut-être par la technique du brûlis. La datation radiocarbone (-2,50 m) de cet ensemble indique une phase calée au viie s. (649-706 cal. AD) ou au viiie s. (736-773 cal. AD), témoignant des premières mises en culture du site.
7Les deux autres sondages (SD 2 et 3), ouverts dans l’angle sud-est et sud-ouest de l’emprise, très pauvres en écofacts (charbons) et artefacts (terre cuite), ont permis de compléter la stratigraphie générale. Comme ailleurs sur d’autres sites de Labeaume (Durand 2022), la présence dans ces comblements du lapiaz de quelques rares nodules de terre rubéfiée et de charbons de bois témoigne d’une probable mise en culture de ces « jardinières » naturelles, ponctuellement aménagées au xixe s. et au début du xxe s. (Miranda 2013).