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2011
Littoral Mer du Nord, Manche, Atlantique

Au large de La Teste-de-Buch – Étude de la batterie des Gaillouneys

Prospection diachronique (2011)
Responsable d’opération : Marc Mentel

Entrées d’index

Année de l'opération :

2011

Numéro d’opération :

301281

Nature de l'opération :

prospection inventaire
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Groupe de recherches archéologiques sur le Mur de l’Atlantique secteur Arcachon

Texte intégral

1Durant la Seconde Guerre mondiale, les troupes d’occupation allemandes vont, dans le cadre de la fortification de la façade Atlantique, implanter plusieurs positions d’artillerie à hauteur du bassin d’Arcachon afin de repousser un éventuel débarquement des Alliés.

2Une de ces batteries, codée Ar. 47 dans le système défensif du Mur de l’Atlantique, a la singularité d’être, aujourd’hui, en très grande partie immergée dans la passe sud du bassin d’Arcachon. En effet, ce complexe militaire, baptisé les Gaillouneys, du nom de la maison forestière située à proximité, a été soumis dès sa construction à des mécanismes atypiques et violents d’érosion côtière, ce qui en fait désormais le site sous-marin de bunkers le plus important identifié à ce jour en Europe. Protégée des dégradations humaines et déblayée par des courants de marée extrêmement violents dans cette zone, la batterie des Gaillouneys constitue désormais un terrain de recherche remarquable pour les archéologues. Les blockhaus sont l’entité de base d’une des fortifications les plus importantes jamais édifiées par l’homme. Ils sont désormais une des dernières traces tangibles d’une période qui a marqué l’histoire du xxe s. Ces ouvrages continuent à être malmenés, détruits, ignorés et finalement peu étudiés. Nos connaissances sur ces structures restent très superficielles et il existe très peu de publications scientifiques ou techniques de référence. Les recherches historiques, notamment en archives, restent lacunaires et doivent être encore complétées par un travail de terrain approfondi.

3Les études documentaires et sous-marines débutées en 1998 sur ce site de blockhaus engloutis ont montré que l’essentiel des ouvrages, construits à l’époque par l’organisation Todt, étaient répartis dans une zone infra-littorale et sub-littorale d’environ 6 ha. On peut y dénombrer plus d’une centaine d’éléments bétonnés, de tailles très variables, situés à une profondeur pouvant atteindre 20 m. Les plus volumineux sont des monolithes de béton armé conçus pour résister aux bombardements et dont les murs et les plafonds font 2 à 3 m d’épaisseur. La puissance de feu de cette batterie de côte de la Heer (armée de terre) était assurée par six pièces d’artillerie placées sous casemates. Ces abris à créneaux furent construits d’après le Regelbau (plan standardisé) no 669, utilisé par le génie de forteresse allemand à partir d’avril 1943.

4Effectuée durant l’été 2011, la première opération archéologique menée par le Gramasa sous l’autorité du Drassm avait pour objectif d’étudier en détail les cinq casemates 669 des Gaillouneys encore intactes (fig. 1). Elle devait permettre d’identifier et d’expliquer les différences structurelles pouvant exister par rapport aux plans d’archives ou aux trois autres bunkers 669 encore observables dans notre secteur, construits pour la batterie de division Ar. 42 de l’Eden (Pyla-sur-Mer).

Fig. 1 – Localisation des structures sélectionnées pour l’opération 2011

Fig. 1 – Localisation des structures sélectionnées pour l’opération 2011

5Les casemates 669 construites le long du Mur de l’Atlantique, de la pointe de la Norvège à la frontière espagnole, étaient conçues pour abriter et utiliser des pièces d’artillerie de campagne d’origines et de calibres très divers. Elles ont été réalisées à partir d’un plan de base identique mais notre étude montre qu’il pouvait être modifié et adapté en fonction de considérations environnementales, stratégiques, techniques et économiques.

Aménagements et modifications extérieures

6Aux Gaillouneys, ces abris permettaient l’emploi d’une pièce d’artillerie de campagne de 15,2 cm russe. Ils constituaient la première ligne de résistance côtière contre une attaque frontale justifiant l’absence d’un mur de flanquement au niveau de l’embrasure pour protéger le canon.

7Les ouvrages étaient intégrés dans la crête du cordon dunaire et recouverts à l’aide du remblai généré par l’excavation du terrain. Le sable, déposé sur le toit, était bloqué par des bordures en béton conformément au Regelbau no 669. Par contre, pour éviter que le sable instable ne vienne obstruer l’entrée, des épaulements ont été ajoutés à l’arrière de la structure. Les surfaces extérieures restées visibles à hauteur de l’embrasure ont été, par la suite, couvertes d’un enduit de camouflage en ciment. Les relevés confirment également une épaisseur de 2 m pour les murs extérieurs et les plafonds. Les études comparatives effectuées sur le site de l’Eden montrent que cette dimension standard pouvait être majorée à 3 m dans le cas où aucun remblai n’était disponible. L’ensemble de la coque extérieure de l’ouvrage devait être dès lors camouflée, soit par un enduit en ciment (Ar. 42), soit par une transformation complète et spectaculaire en fausse villa (Ba. 130).

8Tout cela nous enseigne que l’utilisation d’un remblai de protection était la norme, et qu’il faisait partie intégrante de la conception du bunker 669 de base. Sa nature ou son absence influait directement sur le dimensionnement et la forme de l’ouvrage.

Entrées d’un nouveau type

9Les plans d’archives, Regelbau no 669, proposent une entrée adaptée pour des portes blindées F.Pz.G. 6050 référencée 836P6 dans le Panzer-Atlas. L’étude réalisée sur les batteries des Gaillouneys et de l’Eden met en évidence la présence, en plus du type standard, d’une entrée de conception différente prévue pour le fonctionnement d’un autre modèle de porte blindée, non identifié à ce jour. Néanmoins, des indices structurels montrent que ces portes, qui devaient être très massives et donc très coûteuses en acier, n’ont pas été installées. Cette découverte n’est pas anecdotique, car après vérifications, il s’avère que ce type d’entrée qui n’apparaît pas dans les regelbauten, a néanmoins été utilisé ponctuellement pour d’autres modèles de bunkers (612 et 604) du secteur d’Arcachon. Sa présence a également été confirmée dans d’autres secteurs français du Mur de l’Atlantique.

Chambres et supports de tir

10Le travail réalisé à l’intérieur des cinq casemates montre que les chambres de tir ont subi plusieurs modifications structurelles significatives qui pourraient être imputables à la nature et à l’emploi de l’armement. Une étude spécifique sera nécessaire, pour comprendre ces différences et améliorer nos connaissances sur la mise en œuvre du canon-obusier russe de 15,2 cm, installé sous l’abri 669 mais aussi sur la plateforme extérieure.

11En effet, l’embrasure étroite de cette casemate limitait l’angle de tir de la pièce d’artillerie à 60°. Néanmoins, elle pouvait être sortie du blockhaus et positionnée sur un support en béton afin de tirer tous azimuts. Nos observations confirment la présence de ces emplacements à proximité des 669. Cinq supports ont été localisés. Ils semblent réalisés sur le même modèle, mais sont sensiblement différents de ceux visibles sur le site de l’Eden. L’étude de ces ouvrages qui débutera en 2012 s’annonce compliquée, car ils étaient constitués de cinq éléments aujourd’hui disloqués et souvent très ensablés, à une profondeur moyenne d’environ 15 m.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Localisation des structures sélectionnées pour l’opération 2011
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/219225/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 750k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Marc Mentel, « Au large de La Teste-de-Buch – Étude de la batterie des Gaillouneys » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 16 octobre 2025, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/219225

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Auteur

Marc Mentel

Gramasa

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Responsable d’opération

Marc Mentel

Gramasa

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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