1Les travaux menés en Camargue, à bord du navire Brézéhan (loué par 2ASM) et du zodiac Tounga (Drassm), du 24 juillet au 6 août 2011, par une météo assez défavorable, une houle résiduelle forte et une visibilité nulle, ont d’abord donné lieu à des prospections et des vérifications de points. Ainsi, des plongées de contrôle ont porté sur l’épave SM2 (EA 1235), chargée de barres de fer, et sur l’épave de blocs de marbre SM22 (EA 3829), par 17 à 18 m de fond, afin de sélectionner un monolithe à la demande du musée d’Arles (MdAa).
2C’est ensuite au large de la plage est, au niveau du canal de Rousty, à 500 m à l’est de l’épave SM9 (EA 2190), sur le tracé du paléorivage qui unit SM9 à SM5 (EA 3852), que fut découvert par 8 m de fond un fragment de virure en résineux avec mortaises et coupe en sifflet (ép. 2,5 cm), détaché d’un navire antique, ainsi qu’une plaque isolée de parement en marbre (breccia ?), veinée de rouge (37 × 26,8 cm, pour 3,8 cm d’épaisseur), sans aucun doute antique au vu des nombreuses traces de lithophages. À proximité de ces deux vestiges, gisait un grand bloc quadrangulaire en calcaire de 60 cm de côté, doté d’un orifice central, peut-être pour l’encastrement d’un pilier en bois. Nos recherches se sont ensuite poursuivies face aux Saintes-Maries-de-la-Mer, sur un nouvel ensemble de pierres (zone 6), puis complètement à l’ouest, à la sortie du Petit Rhône (Grau-d’Orgon) sur un deuxième grand ensemble de blocs (zone 7). Elles ont concerné ensuite une épave antique inédite, SM17 (EA 4085), chargée de lingots d’étain, au sud des zones 6 et 5, puis la mission s’est poursuivie par l’étude stratigraphique du vaste dépotoir portuaire antique décelé dès 2006 face à Port-Gardian, près de l’embouchure de l’ancien Rhône de Saint-Ferréol. Dénommé SM0 (EA 1543) pour différencier arbitrairement ce site de la nomenclature des épaves antiques qui commence à SM1 (EA 4084), cet espace portuaire sis par 9 à 10 m de fond, comprend plusieurs secteurs de fouilles (fig. 1).
Fig. 1 – Carte de localisation des zones 5, 6 et 8 au sein du gisement SM0, de l’épave SM17 et des zones d’investigations 2011
Cartographie : L. Masselin (Explogéo).
3C’est dans la zone 5, à 680 m de la façade portuaire des Saintes-Maries-de-la-Mer, soit à 280 m au sud de la balise d’entrée du port, que fut installé le carroyage, dans la suite logique de la fouille 2010 (bandes C et D). L’objectif est de disposer d’un ensemble de mobilier archéologique suffisamment conséquent pour préciser la nature et la chronologie de cette occupation. Un bilan général des données récoltées entre 2006 et 2010 sur le gisement SM0 a été présenté en juin 2011, à l’occasion de la tenue à Arles du Congrès international de la SFECAG (Long, Duperron 2011).
4Ainsi, à environ 200 m face à l’entrée de Port-Gardian et à 240 m de la zone 5, sur un fond de vase, a été recensé par 7 m de profondeur un ensemble homogène de pierres irrégulières, réparties sur 15 m de long pour 13 m de large, dénommé zone 6, qu’il est encore difficile d’identifier avec exactitude (épave, clapage, zone bâtie ?). Au sud, émerge de dessous les pierres une grande ancre à jas avec son organeau, visiblement en fer, tandis que l’exploration au centre du tumulus a livré plusieurs objets antiques répartis entre le iie s. av. J.-C. et le iiie s. apr. J.-C. : une épaule d’amphore gréco-italique (iie s. av. J.-C.), un fragment de panse d’amphore Dressel 1, un col d’amphore Dressel 2/4 de Tarraconaise, un fond de céramique sigillée claire africaine et un col d’amphore africaine II (variante C), du iiie s. apr. J.-C.
5Une très courte mission de reconnaissance a été menée sur un grand ensemble de blocs architecturaux, par 11 à 12 m de fond, à environ 1 800 m de l’entrée du grau d’Orgon (Petit Rhône), sur ce qui correspond peut-être aux vestiges d’une redoute édifiée entre 1710 et 1720, puis submergée par 3 m d’eau en 1880 et dénommée Camargue 12 lors de nos précédentes recherches (Long 1997). Au demeurant, ses vestiges pourraient se mêler à un autre champ de blocs peut-être d’origine plus ancienne, comme le laissent penser l’épandage associé d’un grand nombre d’objets antiques.
6Les fouilles conduites en 2011 sur la zone 5 ont livré près d’une centaine d’objets en céramique (NMI), et quelques objets métalliques qui viennent compléter nos connaissances sur les échanges commerciaux à cette embouchure du Rhône dans l’Antiquité.
7Les premières traces d’activité datent de l’époque archaïque et se manifestent par la présence d’un fond d’amphore étrusque et surtout d’amphores vinaires massaliètes, généralement très micacées. On note en particulier la découverte en 2011 de quatre amphores Bertucchi 1 (fig. 2, no 1), diffusées au cours de la seconde moitié du vie s. et au début du ve s. av. J.-C. On discerne ensuite une amphore Bertucchi 2 à lèvre légèrement facettée, du premier quart du ve s. (fig. 2, no 2), puis, avec cinq individus, les amphores massaliètes de type Bertucchi 4 (fig. 2, nos 3 et 4) représentatives des apports en vin grec au ive s. av. J.-C. À ce matériel amphorique qui reflète donc, après un circuit relativement court depuis Marseille, la diffusion des vins grecs et étrusques vers la basse vallée du Rhône, s’ajoutent deux fragments de kylix à vernis noir importés d’Attique (fig. 3, nos 1 et 2) et quelques céramiques communes à pâte claire de production massaliète (fig. 3, nos 3 et 4). À titre d’exemple, avec son chargement d’amphores Bertuchi 2 et ses mortiers massaliètes, l’épave Bonnieu 3, naufragée au ve s. près de Martigues, sur la route maritime qui mène au Rhône, est assez représentative du marché local (Maillet 2001).
Fig. 2 – Variété des amphores massaliètes
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
Fig. 3 – Céramiques grecques et massaliètes incluant des coupes attiques, des mortiers et de la pâte claire massaliète
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
8Ensuite, nous avons assez peu de témoignages du iiie s., à l’exception, à la fin du siècle et au début du iie s. av. J.-C., de la présence de deux amphores vinaires de la côte tyrrhénienne de l’Italie, de type gréco-italique, qui témoignent des premiers échanges avec les producteurs italiques. La deuxième moitié du iie s. et le ier s. av. J.-C. sont marqués par des apports beaucoup plus nombreux d’amphores vinaires italiques Dressel 1A (11 ex.). Les formes Dressel 1B et Dressel 1C apparaissent plus ponctuellement (2 ex. de chaque type). On note également la présence de trois conteneurs vinaires Lamboglia 2 de la côte adriatique, dont un exemplaire proche du type Dressel 6A (fin du ier s. av. J.-C.) porte sur le col une estampille figurant une amphore de la côte adriatique. La vaisselle à vernis noir, principalement de la campanienne A (formes Lamboglia 27, 28, 31/33), et les céramiques communes italiques sont bien présentes sur le site et accompagnaient certainement ces amphores dans les navires.
9Après le déclin du commerce des amphores Dressel 1 au cours de la seconde moitié du ier s. av. J.-C., les importations de vins italiques se poursuivent, mais en quantités beaucoup plus faibles, puisqu’une seule amphore Dressel 2/4 a été mise au jour cette année. On sait cependant que ces amphores sont attestées sur certaines épaves à chargement de fer, nombreuses au ier s. apr. J.-C. à cette embouchure, notamment sur l’épave SM2 (Long 1997, p. 67). À la même époque, les amphores à vin de Tarraconaise sont également assez peu nombreuses, avec seulement deux cols de Pascual 1. De la même façon, le vin de Bétique est faiblement représenté, par une amphore Haltern 70. En revanche, les autres productions de Bétique apparaissent de manière plus significative. La commercialisation de l’huile est attestée par six amphores Dressel 20, dont un exemplaire portant sur l’anse un timbre P‛ANNI’R (fig. 4). Les conteneurs à poisson de cette province sont représentés par quatre Dressel 7/11 et une Beltran IIB. Les amphores gauloises constituent la catégorie de mobilier la plus abondante durant le Haut-Empire. On compte deux Gauloises 3 du ier s. apr. J.-C. et surtout quinze Gauloises 4, qui soulignent l’ampleur du commerce des vins gaulois en Méditerranée à partir de l’époque flavienne.
Fig. 4 – Amphores Dressel 20 estampillée
DAO : F. Bigot.
10Les premières importations africaines se manifestent dès le ier s. apr. J.-C. par la présence d’une amphore Ostia LIX (fig. 5, no 1), probablement destinée à transporter de l’huile. Toutefois, c’est seulement au iiie s. que les conteneurs africains apparaissent de manière significative. On compte à cette époque une amphore à huile Africaine I (fig. 5, no 2) et surtout des exemplaires du type Africaine II, contenant du vin et/ou des produits à base de poisson, qui sont représentés par un col de la variante A (fig. 5, no 3), trois de la variante C (fig. 5, no 4) et deux de la variante D. Une lèvre de Tripolitaine II est également attestée.
Fig. 5 – Amphores africaines (nos 1 à 5) et gauloise (no 6)
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
11Quelques produits de Méditerranée orientale circulent aussi sur le site durant le Haut-Empire. On a ainsi identifié une amphore du type Knossos 18 (fig. 6, no 1), assez rarement signalé en Gaule, et un col correspondant à la variante tardive du type Pompéi 5 (fig. 6, no 2), récemment mise en évidence dans les fouilles de Beyrouth. Sa zone de production se situerait dans le nord-ouest de la Syrie et l’est de la Cilicie. Il s’agit de la première attestation de l’exportation de ce type en Méditerranée occidentale.
Fig. 6 – Amphores orientales
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
12En ce qui concerne les vaisselles, la sigillée italique, faiblement attestée jusqu’à présent dans ce dépotoir, est apparue cette année avec trois individus (fig. 7, nos 1 à 3), dont un fond de plat portant l’estampille ANTEROS. Les sigillées sud-gauloises sont représentées par des formes très courantes dans cette production : une coupe Dragendorff 29A, deux coupes Dragendorff 37, une coupe à marli Dragendorff 35/36 et un plat Dragendorff 15. Ensuite, à partir de la fin du Haut-Empire, les importations de vaisselle fine africaine apparaissent régulièrement sur le site, d’abord avec des sigillées A (une coupe Hayes 8 (fig. 7, no 4), une coupe Hayes 15 (fig. 7, no 5) et un plat Hayes 26, puis au iiie s. avec des sigillées C (un plat Hayes 50 et un bol à marli Hayes 44 (fig. 7, no 6).
Fig. 7 – Sigillées italiques (nos 1 à 3), africaine A (nos 4 et 5), africaine C (no 6), africaine D (nos 7 à 9), luisante (no 10)
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
13À la même époque, les céramiques culinaires africaines sont également nombreuses : on compte quatre plats à cuire Hayes 23 et six marmites Hayes 197.
14Durant l’Antiquité tardive, le commerce des produits africains connaît son apogée, comme en témoigne la présence de trois amphores Africaine III du ive s. (fig. 5, no 5), d’une Keay 40-41 (fig. 5, no 6), forme assez rare surtout attestée durant la seconde moitié du ve s., et d’une Keay 57 de même chronologie. De plus, deux Keay IB transportaient probablement du vin de la province de Maurétanie césarienne. Des importations de vins orientaux sont également attestées à cette époque, avec une amphore LRA 1 (Late Roman Amphora 1), une LRA 4 de Gaza et une LRA 5/6 (fig. 6, no 3). Les amphores à salaisons et sauces de poisson de Lusitanie, principalement commercialisées entre le iiie et le milieu du ve s., sont assez nombreuses, avec deux individus du type Almagro 50B et cinq du type Almagro 51C. On compte enfin une amphore vinaire sicilienne MRA IA (Mid Roman Amphora IA).
15La sigillée africaine D, produite dans la région de Carthage, constitue la catégorie de vaisselle de table la plus abondante sur le site durant l’Antiquité tardive. Elle apparaît avec des plats Hayes 58, 61A et 67A (fig. 7, nos 7 à 9), datés du ive s., et une coupe-mortier Hayes 91. La sigillée luisante est également attestée par un mortier Dragendorff 45 équipé d’un déversoir décoré d’une tête de lion (fig. 7, no 10).
16La vaisselle culinaire correspond également à cette époque essentiellement à des importations, parmi lesquelles on note la prépondérance des productions orientales. On a ainsi identifié une marmite levantine CATHMA 16 (fig. 8, no 1) et deux casseroles à bord coupé CATHMA 4A (fig. 8, no 2), probablement d’origine proche-orientale. Mais l’on recense également un couvercle africain Hayes 196 tardif, une marmite hispanique CATHMA 26 et une marmite à bord simple arrondi attribuée à la Sicile, la Sardaigne ou Pantelleria (fig. 8, no 3).
Fig. 8 – Céramiques communes importées
DAO : G. Duperron (UMR 5140 ASM).
17Les prospections menées immédiatement à l’ouest de la zone 5, par 9 à 10 m de fond, à moins de 200 m de la limite du riche dépotoir portuaire, ont mis en relief l’existence de multiples objets et apparaux relatifs au domaine des navires et de la navigation. Il s’agit notamment de deux jas d’ancre en plomb, d’une partie basse d’une ancre en bois avec sa pièce d’assemblage en plomb et d’un plomb de sonde. Compte tenu de la politique menée en 2011 par la cellule conservation du Drassm, nous avons été contraints de laisser en place ces ancres, seul le plomb de sonde a été récupéré et déposé au musée d’Arles. De forme tronconique, il mesure 16 cm de haut pour 11 cm de diamètre et devait s’avérer d’une grande utilité pour accéder au mouillage en se faufilant parmi les bancs de sable de l’embouchure (fig. 9).
Fig. 9 – Plomb de sonde
Cliché : K. Boscolo (2ASM).
18D’un poids supérieur à 100 kg, le premier jas d’ancre (point 18), de 152 cm de long, est tordu ; le second jas mesure 110 cm de long. Tous ces objets confirment bien que le dépotoir portuaire était situé à proximité de la zone où des navires de haute mer se tenaient au mouillage, sans doute au débouché du Rhône de Saint-Ferréol. La présence de nombreux blocs et moellons de construction, dispersés parmi le mobilier archéologique, renforce l’idée d’un secteur exondé. En 2011, cinq de ces petits blocs calcaires ont été repérés et remontés en surface pour prélèvement et analyse. Le bloc 1 mesure 30 cm de long, 20 cm de large et 17 cm de haut ; le bloc 2 dont un angle a visiblement été découpé, mesure 21 cm de long, 16 cm de large et 23 cm de haut ; le bloc 3 percé d’un orifice quadrangulaire au centre de 9 cm de côté, mesure 22 cm de côté pour 16,5 cm de haut ; le bloc 4 mesure lui 21,5 cm de côté pour 20 cm de haut ; le bloc 5 avec un orifice sur un côté, mesure 35,5 cm de côté pour 18 cm de haut. D’autres blocs ont été aperçus mais n’ont pas été mesurés par manque de temps.
19Quelques objets votifs ou décoratifs ont été recensés dans le dépotoir ou à proximité, lors des prospections ou grâce à des contacts avec le milieu des pêcheurs. Parmi les objets en bronze, on compte une statuette de Mercure, de 8 cm de haut, d’un prototype répandu en Gaule à l’époque impériale ; un anneau de 7,8 cm de diamètre ; un bracelet jonc de 10,3 cm de diamètre ; une anse d’onochoé anthropomorphe de 16 cm de haut représentant peut-être Neptune ; enfin un bord de situle campaniforme haute et profonde, dotée des deux attaches pour la fixation de l’anse et d’une décoration ciselée de palmette sous la lèvre, complétée d’un décor animalier (diam. : 19,8 cm, h. cons. : 5 cm) (fig. 10). Daté de la fin de la République, un exemplaire proche du nôtre, découvert en Suède, présente une inscription votive en caractères latins adressée à Apollon (Willers 1901, p. 119, fig. 48). Mais une datation plutôt large est comprise pour notre situle ovoïde entre 475 et 100 av. J.-C.
Fig. 10 – Collerette de situle ovoïde en bronze
Cliché : C. Léger.
20Enfin, parmi les objets en céramique, il faut signaler une petite lampe votive piriforme, moulée, de type Loeschke VIII ou Dupont type 6-7 (Dupont 1962), sans décor et sans anse, dont le réservoir biconique trahit une production régionale du iiie s. apr. J.-C. (fig. 11).
Fig. 11 – Petite lampe votive en terre cuite
Clichés : C. Léger.
21Découverte dans 10 à 11 m d’eau par P. Chabaud, l’épave se situe très légèrement à l’ouest de l’entrée de Port-Gardian, à environ 1 km de la sortie du port, au sud de la zone portuaire dite SM0. Sa position est intéressante car elle diverge des épaves habituellement échouées autour du lobe d’embouchure et laisse plutôt penser que le navire s’est échoué en se frayant un chemin dans le chenal d’accès au secteur portuaire.
22Il s’agit des vestiges très mutilés par les chaluts, d’une épave antique chargée de lingots d’étain anépigraphes d’une trentaine de kilos chacun, vraisemblablement datée de la fin de la République ou du Haut-Empire. Les bois du navire ont complètement disparu comme cela est habituel dans ce secteur par le phénomène naturel de découvrements et recouvrements fréquents des vestiges.
23Le gisement se compose au total d’une dizaine d’objets épars, rassemblés sur une surface de l’ordre de 15 m2. Seuls sept lingots d’étain, de forme plano-convexe allongée (dimensions moyennes pour deux d’entre eux : lingot no 5, L. : 37,5 cm, l. : 18,5 cm, h. : 11 cm, poids : 29,6 kg ; lingot no 6, L. : 42,8 cm, l. : 25,5 cm, h. : 10,3 cm, poids : 34,8 kg), ont été conservés en place sur un chargement qui devait en comptabiliser beaucoup plus à l’origine (fig. 12). Les altérations et les cloques dues à la lèpre de l’étain sont nombreuses, néanmoins, sur les surfaces sauvegardées on ne distingue pas de traces d’estampille. On discerne cependant parfois très bien sur l’extrémité des lingots les retraits de coulée, semblables à ceux observés sur les lingots de l’épave Bagaud 2, datés de la fin du iie s. av. J.-C. (Long 1982).
Fig. 12 – Lingot d’étain, épave SM17
Cliché : K. Boscolo (2ASM).
24À l’exception des lingots, le mobilier archéologique se réduit à quelques fragments d’amphores roulés, de provenance et de chronologie hétérogène, qui ne paraissent pas se rattacher au chargement.
25On dénombre un demi col d’amphore Dressel 1A (ier s. av. J.-C.) ; un col d’amphore Dressel 1A très érodé ; un épaulement d’amphore Dressel 2/4 ou Pascual 1 de Tarraconaise (début ier s. apr. J.-C.) ; une collerette d’amphore espagnole Dressel 7/11 (ier s. apr. J.-C.) ; un col d’amphore Africaine 1 tardive (iiie s. av. J.-C).
26L’équipement du navire se résume à une section de tuyau de plomb, utile pour l’écoulement des eaux de la pompe de cale, conservé sur 1,71 m de long et mesurant 5 cm de diamètre. On compte également une ancre en fer et un jas d’ancre, laissés en place.
27Sur l’ensemble de la mission, si les prospections livrent chaque année leur lot de nouveauté sur ce littoral, avec plusieurs groupes de blocs de pierre en 2011 et une épave nouvelle, chargée de lingots d’étain, l’étude stratigraphique du dépotoir sis face aux Saintes-Maries-de-la-Mer apporte, pour sa part, des données significatives sur l’occupation des lieux et sur les échanges à l’embouchure d’un ancien bras du Rhône, visiblement très emprunté.
28Elle confirme la très longue durée de fonctionnement de ce site portuaire, du vie s. av. J.-C. au vie s. apr. J.-C., tandis que le mobilier mis au jour en 2011 conforte largement les conclusions de la synthèse des données issues de ce dépotoir depuis 2006 (Long, Duperron 2011). Il est ainsi possible d’appréhender les évolutions du commerce antique sur la très longue durée, grâce à la richesse de la documentation désormais disponible.
29Comme on l’a vu, ce dépotoir atteste l’existence d’une activité commerciale très significative dès le vie s. av. J.-C., en lien étroit avec Marseille. Par la suite, l’ampleur des trafics s’accroit nettement à la fin de la République puis pendant tout le Haut-Empire. Enfin, l’intensité des échanges reste remarquable jusque durant l’Antiquité tardive.
30De plus, l’accroissement de la documentation apporte de nouvelles informations, qui soulignent à nouveau la spécificité de ce site portuaire. On a ainsi relevé la présence de formes d’amphores très rares en Méditerranée occidentale, par exemple un exemplaire oriental du type Pompéi 5 tardif, ou encore une amphore Ostia LIX, qui témoigne de l’importation précoce d’huile africaine.
31Il convient également de souligner la très grande diversité des origines de la vaisselle découverte sur le site, et particulièrement des céramiques communes. On a ainsi constaté le rôle important joué par les productions africaines, en particulier aux iie et iiie s. et celui des importations orientales à la fin de l’Antiquité.
32À terme, il sera possible d’appréhender avec davantage de précision l’évolution et la nature des échanges commerciaux sur ce site portuaire dont l’importance, à l’interface du grand commerce maritime méditerranéen et du commerce fluvial rhodanien, semble considérable.