Périgueux – Conteneurs enterrés du Puy-Saint-Front
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Année de l'opération :
2019Numéro d’opération :
026991Sujets :
pâté de maisons, tour, bâtiment agricole, silo, sépulture, sépulture à inhumation, sépulture à incinération, contenant funéraire, sarcophageChronologie :
Protohistoire, âge du Fer, Second âge du Fer, Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité tardive, époque médiévale, Moyen Âge classique, époque moderneNature de l'opération :
fouille programméeNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Hadès
Texte intégral
1Depuis février 2016, la mairie a mis en œuvre un vaste programme de collecte des déchets dans le centre-ville. Le projet porte sur l’implantation de bornes enterrées destinées aux ordures ménagères. Les douze bornes desservant le quartier Saint-Front et le pourtour nord-est du Puy bénéficient d’une sensibilité archéologique spécifique et contraignante en raison de son passé médiéval et moderne. Ces fenêtres d’observation disséminées au sein de la trame urbaine du bourg médiéval présentent un intérêt manifeste car elles sont autant de diagnostics permettant d’alimenter la Carte archéologique. C’est dans cette optique et eu égard à l’emprise des terrassements et à leur profondeur de 3 m que le service régional de l’Archéologie a prescrit des suivis de travaux préventifs sur les différents sites de cette programmation pour une surface cumulée d’un peu moins de 200 m2.
2Par nature, le projet comporte plusieurs emplacements qui constituent autant de sites présentant des contextes historique, géographique et géologique différents. Ils se répartissent ainsi :
- no 1 : place du Coderc (4 bornes) ;
- no 7 : place Émile-Goudeau (3 bornes) ;
- no 8 : angle sud-ouest de la place Hoche et du cours Fénelon (2 bornes) ;
- no 9 : angle rue Charles-Mangold et cours Fénelon (2 bornes) ;
- no 10 : jardin du Touin (3 bornes) ;
- no 12 : angle cours Michel-de-Montaigne et rue de Eguillerie (3 bornes) ;
- no 14 : angle cours Tourny et rue du Plantier (2 bornes) ;
- no 17 : rues de l’Abreuvoir, du Port-de-Graule et boulevard Georges-Saumande (3 bornes).
3Dans la majeure partie des locus, les séquences sédimentaires perçues présentent une dynamique stratigraphique artificielle constituée par des apports anthropiques dans une perspective d’exhaussement du niveau de sol. Peu de surfaces de circulation ou d’occupation ont été mises en évidence. Cet état de fait – et les quelques indices chronologiques à notre disposition tendraient vers cette hypothèse – est à mettre en relation avec les travaux du xixe s. accompagnant le percement des grandes artères de circulation et le désenclavement de la cathédrale Saint-Front. Dans le détail, seul l’emplacement no 10, proche de la place de la Clautre, se distingue par un état de conservation remarquable. Passé le premier mètre marqué par des remaniements, la séquence est en place et les vestiges de toute nature sont bien préservés. Il n’y a finalement qu’au nord de la cité, avec le conteneur no 14, que l’étude a renseigné un niveau naturel en place.
Sondage no 1
4Ce terrassement visait l’élargissement d’une ancienne borne de collecte qui n’avait pas fait l’objet d’une surveillance archéologique à l’époque. En dépit d’une perte conséquente d’informations et de la destruction de maçonneries, l’emprise se révèle être une source de données significatives. L’intervention a mis au jour quatre murs formant un espace incomplet à l’est où sa limite n’a pas été appréhendée sous la berme. De fait, on ne peut en préciser la forme générale, bien qu’un module carré semblerait se préciser. Il mesure en l’état au moins 7,70 m de large hors œuvre avec une profondeur d’au moins 3 m (fig. 1). Il délimiterait un espace interne de 3,50 m de large soit approximativement 1 m2.
5La concordance topographique, l’analogie de plan et les données métriques suggèrent l’identification de la tour-beffroi de la maison du Consulat. Cet édifice, réalisé après le Traité d’Union de 1240 entre le Puy et la Cité, constitue une limite « fictive » entre les paroisses Saint-Front et Saint-Silain. L’épaisseur massive des murs à même de recevoir une élévation conséquente et des étages qu’elle suppose accrédite d’autant plus cette supposition. Au regard de la physionomie des maçonneries et de la cote atteinte, l’hypothèse d’un étage en sous-sol paraît valide. Il semble bien que les murs délimitent un espace de type cave ou cachot.
Sondage no 7
6La problématique de l’organisation urbaine et de sa topographie a été renseignée dans le cadre du sondage no 7 (place Émile-Goudeau). Les terrassements ont dégagé une partie d’un ancien îlot d’habitats rasé en 1858. Les vestiges se caractérisent par une dizaine de maçonneries délimitant au moins quatre espaces, vraisemblablement des caves d’époque moderne. Les murs ont fait l’objet de remaniements dans l’optique de couvrir une des caves avec un plancher reposant sur des corbeaux insérés dans les parties hautes des murs. L’analyse documentaire permet, avec prudence, d’identifier les parcelles 135 et 136 situées au croisement des rues des Drapeaux et Saint-Georges figurant sur le cadastre de 1828.
Sondage no 8
7Par son emplacement, ce locus concerne un espace de circulation débouchant sur la porte de l’Aubergerie et les abords immédiats de l’enceinte. Particulièrement impactée par la présence de réseaux actifs, la stratigraphie se révèle relativement indigente. Cependant, un négatif de creusement se distingue. Son faciès vertical et régulier suggère un aménagement anthropique conséquent. L’emplacement, à quelques mètres du rempart au nord, et l’orientation nord-ouest – sud-est parallèle à l’enceinte désigneraient un élément fossoyé en relation avec le système défensif de la ville. Plus précisément, la rectitude du creusement que nous avons observé qui correspond mal à un profil de fossé, s’accorderait peut-être avec l’emplacement du mur d’escarpe aujourd’hui disparu (fig. 2). La sédimentation relevée matérialiserait ainsi le remblaiement massif du fossé.
Fig. 2 – Maçonnerie bordant le cours Fénélon et probable mur d’escarpe du dispositif défensif de la ville
Cliché : B. Garros (Hadès).
Sondage no 9
8L’analyse de la dynamique sédimentaire se limite essentiellement à la coupe orientale. En effet, la berme occidentale est occupée sur les 3 m de profondeur de l’excavation par le comblement de la tranchée de fondation de l’immeuble attenant. À l’extrémité nord de l’emprise, un mur d’axe nord-ouest – sud-est a été dégagé sur 3,10 m de long. Il mesure 1,23 m de large pour une élévation observée de 2,20 m. La confrontation des plans anciens avec l’emplacement de ce mur permet de proposer l’identification d’un aménagement défensif. La physionomie de la maçonnerie et ses dimensions plaident en faveur d’une escarpe coiffant le talus du fossé d’enceinte.
Sondage no 10
9L’ouverture du sondage en périphérie occidentale du jardin du Thouin a livré une densité de vestiges non soupçonnée (fig. 3). La zone paraît avoir revêtu dès l’Antiquité une fonction funéraire incarnée par la présence de trois incinérations dont l’une a bénéficié d’une datation radiocarbone livrant un intervalle compris entre 250 et 129 av. J.-C. (91,8 %). Immédiatement sus-jacent, prend place un sarcophage monolithe trapézoïdal en calcaire. Il renferme un premier individu dont on a procédé au déplacement pour y déposer un second sujet. Deux réductions ont également été mises en évidence. L’attribution temporelle de cette séquence a fait l’objet d’une datation dans l’Antiquité tardive (426-541 apr. J.-C. à 95,4 %). Le couvercle du sarcophage a également servi de fond à une sépulture en pleine terre. Ces inhumations pourraient être mises en relation avec un mur, dont l’orientation, est-ouest, est analogue à celle du sarcophage.
10Le locus se distingue également par la mise au jour d’un puissant mur de 1,50 m de large dont la fondation est de l’ordre de 2 m de profondeur (fig. 4). Préservée sur deux assises, pour une hauteur de 0,30 m, l’élévation présente un appareil régulier allongé de pierres en calcaire taillées de petit à moyen modules. Les observations stratigraphiques tendent à prouver sa contemporanéité avec trois silos mesurant a minima 1,60 m de diamètre. Une datation radiocarbone pratiquée sur un charbon pris dans le mortier de la maçonnerie a livré un intervalle compris entre 1156 et 1220 apr. J.-C. avec une probabilité de 87,6 %. Ce résultat paraît concorder avec le type d’appareil en présence, semble-t-il caractéristique de la période romane à Périgueux. L’association d’une maçonnerie massive, à même de supporter une élévation à étages, et des structures de stockage des denrées, suggère l’identification du grenier du chapitre édifié dans le courant du xiie s.
Fig. 4 – Détail du mur appartenant vraisemblablement au « grenier du chapitre »
Cliché : B. Garros (Hadès).
11Le nord du sondage a livré une dernière maçonnerie, sans doute d’époque moderne dont l’aspect dénote vis-à-vis des précédentes. La mise en parallèle avec le plan de la place de la Clautre établit une correspondance avec la façade d’un bâtiment situé à l’angle sud-ouest de l’ancien évêché.
Sondage no 12
12À l’angle de la rue Aguillerie, l’emprise a livré une canalisation du xixe s. à mettre certainement en relation avec l’aménagement du boulevard Michel-de-Montaigne. Ce n’est semble-t-il pas le cas d’un mur appareillé en pierres de taille dont le tracé est légèrement convexe (fig. 5). Sa mise en œuvre suggèrerait un bâti édifié entre le xiiie et le xive s. La réalisation d’une datation radiocarbone sur charbon a livré un intervalle compris entre 1255 et 1286 apr. J.-C. L’emplacement des vestiges au sein de la trame urbaine, sa physionomie et sa chronologie laissent à penser qu’il peut s’agir de la tour-porte de l’Aiguillerie. Le registre de la Charité de 1247 fait état de la première mention de la porte sur le front ouest de l’enceinte.
Fig. 5 – Maçonnerie au débouché de la rue Aiguillerie figurant la tour-porte de l’enceinte
Cliché : B. Garros (Hadès).
13Les deux autres sondages (no 14 et 17) n’ont pas mis en évidence de vestiges. L’emprise du boulevard Georges-Saumande (no 17) se distingue uniquement par une stratigraphie témoignant d’une séquence de remblaiement à l’aide de matériaux de démolition. Aucun indice concernant la tour Barbecane n’a été appréhendé.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Maçonnerie appartenant à la maison du Consulat, place Coderc |
| Crédits | Cliché : B. Garros (Hadès). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/229666/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 619k |
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| Titre | Fig. 2 – Maçonnerie bordant le cours Fénélon et probable mur d’escarpe du dispositif défensif de la ville |
| Crédits | Cliché : B. Garros (Hadès). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/229666/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
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| Titre | Fig. 3 – Vue d’ensemble du sondage dans le jardin de Thouin |
| Crédits | Cliché : B. Garros (Hadès). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/229666/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Fig. 4 – Détail du mur appartenant vraisemblablement au « grenier du chapitre » |
| Crédits | Cliché : B. Garros (Hadès). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/229666/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 798k |
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| Titre | Fig. 5 – Maçonnerie au débouché de la rue Aiguillerie figurant la tour-porte de l’enceinte |
| Crédits | Cliché : B. Garros (Hadès). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/229666/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 746k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Benoît Garros, « Périgueux – Conteneurs enterrés du Puy-Saint-Front » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 23 mars 2026, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/229666
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