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2019
40 – Landes

Recherche sur les dynamiques d’occupation du sol dans le bassin de la Midouze

Prospection inventaire (2019)
Responsable d’opération : Didier Vignaud

Texte intégral

1L’opération de prospection inventaire menée durant l’année 2019 participe du programme de recherches sur les dynamiques de peuplement dans le bassin de la Midouze, officieusement commencé en 2012 à la faveur du reboisement intensif du massif forestier landais qui faisait suite aux tempêtes de 1999 et 2009. La zone d’étude comprend le bassin versant de la Midouze étendu au sud jusqu’à la rive droite de l’Adour, soit une superficie de plus de 2 400 km2, avec une chronologie bornée entre le Néolithique et la fin du Moyen Âge. Un peu plus de 55 % de ce territoire est occupé par des forêts (80 % de pins et 20 % de feuillus) et le sol y est exclusivement constitué de sables holocènes, avec des dépôts alluvionnaires à proximité de l’Adour.

2Le but de l’opération de 2019 était de réaliser une campagne de prospections intensives et d’y intégrer les données accumulées par le Centre de recherches archéologiques sur les Landes (CRAL), notamment issues des surveillances des labours forestiers, afin de constituer un inventaire global.

3Lors de la prospection pédestre, nous avons continué à mettre en œuvre le duo GPS/SIG allié à un protocole de travail spécifique pour l’enregistrement rapide et systématique des données de terrain (protocole amélioré continuellement depuis 2002). Même s’il est fastidieux, ce travail est vraiment efficient et permet par exemple de constater des anomalies dans la répartition des vestiges en surface, comme des limites parcellaires ou des voies. Seul bémol dans notre cas : le transfert des données depuis le GPS vers le logiciel SIG n’est pas entièrement automatisé et cette tâche reste donc chronophage (de 90 à 100 enregistrements par heure).

4En complément de ces données de terrain, des enquêtes orales ont été menées auprès des propriétaires forestiers, mais peu de signalements étaient exploitables.

5Les photographies aériennes ont aussi été analysées, que ce soit celles obtenues par drones, toutes celles consultables sur les sites Géoportail et Google Earth, mais aussi celles obtenues auprès de l’armée de l’Air au début des années 2000.

6L’ensemble du mobilier découvert au cours de cette opération de prospection-inventaire est stocké et traité au centre de conservation et d’études de Mont-de-Marsan (CCE). L’inventaire en est tenu et mis à jour par le CRAL (responsable : Stéphane Makala).

Résultats de l’opération de prospection-inventaire de 2019

7Pour la période chronologique comprise entre le Néolithique et la fin du Moyen Âge, 1 341 entités archéologiques, soit 1 030 sites (76,87 %) et 311 indices (23,21 %), ont été enregistrées depuis les premières recherches engagées en 1996, dont près de deux tiers depuis 2013. Le nombre de 1 030 sites archéologiques est important mais il est en rapport direct avec l’augmentation de la surface forestière exploitée à partir des années 2011-2012, associée à une intense veille archéologique sur le terrain. Ils se répartissent selon les grandes divisions chronologiques : Néolithique : 54 (5,24 %), Protohistoire : 640 (62,14 %), Gallo-Romain : 166 (16,12 %), Moyen Âge : 155 (15,05 %), époque moderne : 14 (1,36 %).

8La grande majorité de ces sites archéologiques peuvent être interprétés comme des habitats (la typologie du mobilier céramique remonté sur ces sites oriente vers cette hypothèse). Parmi les autres sites archéologiques, 41 sites funéraires sont répertoriés, tous protohistoriques (majoritairement de l’âge du Fer) exceptés une sépulture à crémation du Bas-Empire (voir infra) et un autre site funéraire à crémation de la même période (ustrinum ou nécropole). Quatorze sites funéraires n’ont livré en prospection qu’une seule sépulture. Trois nécropoles fonctionnent au second âge du Fer. En dehors de ces sites funéraires, d’autres sites peuvent être qualifiés avec certitude, dont quelques exemples sont présentés ici.

La fosse-dépotoir de Labeillé à Tartas

Publication en préparation sous la direction de Jean-Claude Merlet.

9Remontée en surface par le labour forestier, la fosse contenait des fragments de meules en grès, de six vases à usage domestique et 2,5 L de carporestes carbonisés. La datation au radiocarbone effectuée sur graine donne une fourchette chronologique comprise entre 1418 et 1264 av. J.-C., soit une datation au Bronze moyen, en accord avec la typologie de la céramique. L’expertise carpologique menée par C. Hallavant (laboratoire Traces) a permis de déterminer que les restes proviennent de blés cultivés, l’épeautre et l’amidonnier, toutes les deux céréales d’hiver.

Le dépôt métallique du Bronze final de Lagrange

Publication en cours sous la direction de Jean-Claude Merlet.

10Remonté par le labour forestier, ce dépôt a été complétement arasé par la charrue. Il contient 12 bracelets, 1 hache à talon, 1 bouterolle losangique, 1 fragment d’épée, 1 poinçon et 3 lingots. Tous ces objets sont en alliages cuivreux. Des analyses métallographiques ont été réalisées par le laboratoire de Mannheim (Allemagne).

Le collecteur d’eau souterrain de Saint-Pierre-du-Mont

11Il a été découvert par le propriétaire du terrain, lorsque le sommet de l’ouvrage s’est effondré au passage de son tracteur, sur une parcelle nouvellement mise en culture (fig. 1). Ce collecteur a été construit à 215 m à l’ouest du site de Saint-Louis dont le premier état reconnu est un bâtiment sur poteaux porteurs antérieur aux ier et iie s., qui évolue ensuite vers un bâtiment de type aristocratique avec sols en béton, peintures murales et marbre (Vignaud 2005). Le site est toujours occupé au Moyen Âge (sa surface semble alors se réduire) notamment par la construction d’une chapelle.

Fig. 1 – Collecteur d’eau de Saint-Louis à Saint-Pierre-du-Mont

Fig. 1 – Collecteur d’eau de Saint-Louis à Saint-Pierre-du-Mont

Photo prise à l’estime.

12L’architecture du collecteur semble antique mais sa fonction reste encore hypothétique : alimenté par une source située en amont (canalisation de tegulae), le collecteur est topographiquement orienté vers la pente sud du plateau où coule un ru dans son thalweg. Il semble donc s’y vidanger ou, plus logiquement, approvisionner une structure mue par l’hydraulique. Des recherches complémentaires sont envisagées sur cet ouvrage (notamment des études géophysiques).

Second âge du Fer

13Longtemps absent du corpus régional en raison de la difficulté à identifier la céramique, le second âge du Fer est désormais attesté avec 32 sites, parmi lesquelles trois nécropoles laténiennes qui livrent toutes de l’armement et des objets de parure. L’une d’elles (Pouyet sud à Geloux) est en cours de fouille par l’université de Bordeaux (Rottier et al. 2019).

L’atelier de mouture de Populot sur la commune de Benquet

14En 1980, Brigitte Watier était intervenue sur la commune de Benquet pour y identifier du mobilier céramique antique associé à des meules. Ce mobilier ayant récemment été rendu accessible, 11 éléments de meules « à main » (3 catilus et 8 meta) ont été identifiés par Pierre Caussade, spécialiste des meules hydrauliques antiques (fig. 2).

Fig. 2 – Une meta de l’atelier de production de mouture de Populot

Fig. 2 – Une meta de l’atelier de production de mouture de Populot

15Le mobilier céramique ramassé sur ce site n’est pas chronologiquement diagnostique en raison du ramassage sélectif pratiqué, sans aucune précision sur la localisation. On note toutefois la présence d’un fragment d’amphore de Tarraconaise et de céramiques communes non tournées caractéristiques de l’Aquitaine méridionale romaine.

16Le nombre de meules à main découvertes sur ce site constitue une anomalie en comparaison avec tous les sites du corpus. Si l’on excepte des découvertes isolées, l’agglomération secondaire de Gouts est le seul site connu à avoir livré du mobilier de production de mouture avec une unique meta.

17On peut donc supposer que le site de Benquet-Populot a été un atelier de production de mouture à l’échelle industrielle. La céramique découverte à proximité immédiate peut sûrement lui être rattachée, bien qu’aucune recherche complémentaire n’ait été menée pour valider cette hypothèse.

La sépulture à crémation du Bas-Empire de Saint-Martin-d’Oney

Publication en cours sous la direction de Didier Vignaud.

18Sur une parcelle forestière de la commune de Saint-Martin-d’Oney, dont l’extrémité a été décaissée pour y préparer un labour, une observation plus poussée de l’anomalie cendreuse de forme quadrangulaire qui venait d’y être repérée a permis de recueillir des esquilles osseuses ainsi qu’un fragment de bord en céramique commune de la période romaine. Le brossage du sol autour de cette zone cendreuse a révélé les contours nets d’une forme presque carrée, cintrée par une rubéfaction du sédiment naturel. L’ensemble de ces éléments définissait un bûcher ou une sépulture à crémation. Menacé par le labour forestier imminent, ce site a fait l’objet d’une fouille de sauvetage.

19Les vestiges du bûcher mesurent 2,50 × 2,10 × 2,30 × 2,15 m de côté et ses angles sont légèrement arrondis. Toutes ses parois et son fond sont rubéfiés. La grande moitié nord du fond du bûcher a été extraite après la crémation pour y loger dans le coin nord-ouest une fosse contenant des restes de l’incinération (cendres, esquilles osseuses et nodules de sable rubéfiés, sans agencement notable). En dehors de la fosse ossuaire, quelques esquilles osseuses (rubéfiées) ont été trouvées dans le quart sud-ouest du bûcher (à l’emplacement supposé du tronc du défunt).

20Un verre à pied de type Isings 109/111, volontairement brisé (trois traces d’impacts avec un objet pointu), a été déposé en dépôt secondaire sur la partie supérieure de la fosse sépulcrale. Dans la moitié sud du bûcher, des objets de parure ont été découverts en position anatomique : 2 fibules, 5 bracelets, 2 bagues et 1 collier de 133 perles. Ils pourraient constituer le dépôt primaire de l’incinération. Enfin, trois monnaies (Tetricus II, Constantin Ier et Constance II), une bague et des clous ont été découverts dans les déblais de la partie supérieure de la sépulture qui avaient été poussés vers le sud lors des travaux préparatoires au labour forestier.

21L’expertise menée par Sandrine Lenorzer sur les restes osseux montre qu’ils appartiennent à un seul individu de plus de 6 ans, sans diagnose sexuelle possible. Elle précise que la crémation a dépassé les 600°C. Les objets en verre ont déjà fait l’objet d’une publication par Catherine Hébrard-Salivas (2017) qui les date de la fin du ive s. ou du début du ve s., en accord avec les données numismatiques. Les études du mobilier de parure sont toujours en cours mais les données comparables font défaut.

Dynamiques de peuplement : premières approches

Entités groupées

22Une vision globale du bassin de la Midouze nous permet de constater que plusieurs entités archéologiques (sites et indices) se retrouvent groupées dans des micro-territoires, bornés par l’absence d’autres sites (fig. 3). Dans la majorité des cas, on constate aussi une pérennité dans l’occupation de ces micro-territoires avec une chronologie minimale allant souvent de l’âge du Bronze jusqu’au Haut-Empire. Comparée aux périodes chronologiques antérieures l’occupation médiévale est sporadique voire absente de ces micro-territoires.

Fig. 3 – Carte de répartition de l’ensemble des sites de la zone d’étude du bassin de la Midouze

Fig. 3 – Carte de répartition de l’ensemble des sites de la zone d’étude du bassin de la Midouze

DAO : D. Vignaud.

Choix d’implantation des sites

23Quels critères définissent l’implantation des sites dans le bassin de la Midouze entre le Néolithique et la fin du Moyen Âge ?

L’eau : ressource vitale pour le choix d’implantation d’un site

24Même si quelques exceptions existent, presque tous les sites du corpus sont implantés à moins de 200 m de petits rus encaissés aux débits relativement constants, indépendamment de la saison. L’accès à l’eau est fondamental sans toutefois en subir les contraintes induites, comme les phénomènes de crues.

Le critère économique

25Bien que le manque de données rende difficilement perceptible ce critère, l’économie de certains sites peut être liée à l’activité agropastorale, même si les terrains sablonneux nécessitent un gros travail préparatoire avant la mise en culture.

26Mais une autre catégorie d’activité, celle liée à l’exploitation de la forêt et du bois, a pu occuper une place importante mais ne laisser aucun indice archéologique – surtout en prospections – hormis le cas spécifique des ateliers de production de matières goudronneuses. Les études environnementales ont en effet montré que la vallée de la Midouze était sous couvert forestier à la période romaine, avec une anthropisation toujours croissante (voir supra). Cette dernière est donc signe de défrichement nécessitant des exploitants forestiers. Même si l’activité agropastorale n’est pas à écarter puisqu’elle est nécessaire pour pratiquer l’agriculture d’autosuffisance dans les sables des Landes, les ressources issues des métiers de la forêt peuvent aussi polariser l’implantation de sites dans la zone d’étude, du moins, au nord de la Midouze.

27D’autres implantations de l’époque romaine se polarisent autour d’ateliers métallurgiques, comme c’est le cas à Beylongue et à le Leuy.

La quasi-absence de matériaux de construction durs en contexte rural

28En contextes sablonneux, l’architecture emploie exclusivement du bois et du torchis pour la construction des élévations. Même si quelques carrières permettent de s’approvisionner en matériaux durs (calcaires, galets), les fouilles montrent que ces matériaux sont uniquement employés en fondations comme calages de poteau ou pour construire des sablières basses. Concernant les terres cuites architecturales, plusieurs ont été reconnues, comme des plaques foyères, des soles perforées ou des tuiles (pour les périodes romaines et médiévales).

Perspectives

29Cette opération a montré que le bassin de la Midouze apparaît comme une réserve archéologique où les sites ruraux ont été conservés, notamment ceux de petites dimensions. Les habitats groupés sont de toutes tailles, à l’échelle d’un hameau, d’un village, voire d’une agglomération importante (site protohistorique de La Piste des Blaireaux, non décrit dans cette notice).

30Les prémisses de l’étude diachronique du peuplement ont permis de découvrir que des pôles d’occupations concentrent des sites sur de longues durées.

31Des opérations de prospections-inventaires sont envisagées pour les années 2020 et 2021 afin de couvrir l’ensemble de la zone d’étude et compléter l’acquisition de données sur celle-ci. L’analyse des dalles LiDAR de l’IGN est aussi envisagée pour complémenter les données de terrain.

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Bibliographie

Hebrard-Salivas C. 2017 : Gobelet et perles du ivème siècle à Saint-Martin d’Oney (Landes), Bulletin de AFAV, p. 51-53.

Rottier S., Bertaud A., Ferullo O., Labille R., Thiol S. 2019 : Geloux – Pouyet sud, fouille préventive (2019), Archéologie de la France – Informations, Nouvelle-Aquitaine.

Vignaud D. 2005 : Rapport de sondage, lieu-dit Routin, Saint-Pierre-du-Mont (Landes), SRA Aquitaine.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Collecteur d’eau de Saint-Louis à Saint-Pierre-du-Mont
Légende Photo prise à l’estime.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/230350/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 536k
Titre Fig. 2 – Une meta de l’atelier de production de mouture de Populot
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/230350/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 608k
Titre Fig. 3 – Carte de répartition de l’ensemble des sites de la zone d’étude du bassin de la Midouze
Crédits DAO : D. Vignaud.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/230350/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 536k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Didier Vignaud, « Recherche sur les dynamiques d’occupation du sol dans le bassin de la Midouze » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/230350

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Auteur

Didier Vignaud

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Responsable d’opération

Didier Vignaud

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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