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2019
Littoral de la Corse

Au large de Bonifacio – Cavallo, San Baïnsu

Sondage (2019)
Responsable d’opération : Sébastien Clerbois
Notice rédigée avec Nicolas Authom, Nadine Mattielli, Nicolas Paridaens et Antoine Triantafyllou

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Université libre de Bruxelles

Texte intégral

1Une première campagne de fouilles et d’étude géologique a été conduite en octobre 2019 par l’Université libre de Bruxelles, sur le site de Cavallo-San Baïnsu (archipel des Lavezzi, Bonifacio). Trois sondages de quelques mètres carrés ont été implantés afin d’évaluer le potentiel archéologique de cette grande carrière de granite, aujourd’hui en partie immergée (fig. 1). Le premier (2019.4) est implanté sur Cavallo, au pied d’un petit bas-relief sculpté sur la paroi d’un rocher représentant le buste d’un personnage masculin associé à un canthare (fig. 2). Le deuxième (2019.5), toujours sur Cavallo, a visé l’angle intérieur d’une structure quadrangulaire (8 × 6,80 m), identifiée préalablement en prospection pédestre. Celle-ci est constituée, en surface, d’alignements de blocs de granite de grand appareil. Le troisième sondage (2019.1) recoupe une structure liée à des activités métallurgiques, peut-être une forge ou un rejet de forge, également repérée en prospection pédestre, sur l’îlot de San Baïnsu.

Fig. 1 – Cavallo, vue générale de la carrière

Fig. 1 – Cavallo, vue générale de la carrière

Cliché : L. Nonne.

Fig. 2 – Profil sud du sondage 2019.4

Fig. 2 – Profil sud du sondage 2019.4

Relevé : N. Paridaens. DAO : N. Bloch (CReA-Patrimoine, ULB).

2Les objectifs principaux étaient de repérer des horizons stratigraphiques susceptibles de dater l’exploitation de la carrière et confirmer les activités à l’époque romaine. Une des données majeures concerne l’exploitation de ces gisements au xixe s., puisqu’aucune couche pouvant être associée à cette période n’a été rencontrée, ce qui est étonnant dès lors que plusieurs publications mentionnent une reprise d’activité à cette époque. Au pied du bas-relief, deux niveaux significatifs ont été mis en évidence sous la couche humifère. Le premier, épais, est constitué d’une matrice de déchets de taille, dont des blocs portant des traces d’encoignures témoignant d’une intense activité d’extraction. L’étude céramologique est en cours, mais quelques tessons la relient à l’époque romaine. Correspondant à la première occupation du lieu, une couche de limon beige clair, dépourvue de déchets de taille, contenait des fragments d’amphore et de récipients à dépression en verre que l’on peut attribuer au Haut-Empire et associer, avec prudence, au bas-relief. Dans la structure quadrangulaire, les fouilles ont mis au jour des murs conservés sur plusieurs assises, associés là aussi à des niveaux stratigraphiques romains prometteurs. Si la fonction de ce bâtiment doit être précisée, il semble être de toute évidence lié à l’activité d’exploitation du granite.

3Le sondage de la zone d’activité métallurgique indique que celle-ci était vraisemblablement protégée par une structure dont le mode de construction est relativement semblable à celui observé dans le sondage 2019.5. Un niveau archéologique romain constitué de résidus charbonneux, de scories de fer et de tessons de céramiques ont été identifiés, étayés par une datation 14C sur charbon de bois (70-220 apr. J.-C.). Les scories s’apparentent à des culots liés à des phases de post-réduction du fer, sans doute une activité de forge.

4L’étude technologique de l’extraction du granite a mis en évidence l’usage d’une technique singulière caractérisée par l’emploi systématique d’encoignures (avec une sous-représentation des emboîtures) constituées de tranchées en V formées de sillons successifs et ménagées d’une rigole où étaient insérés les coins. Ces encoignures, pour le granite, ont été préférées au système de la fracture aux coins ou des emboîtures, dès lors qu’elles permettent un contrôle des lignes de fracture. L’étude des blocs montre que les carriers extrayaient principalement des colonnes, soit des colonnes de taille moyenne (environ 4,50 m de longueur, soit 15 pieds romains, et 0,60 m de diamètre), soit de très grosses colonnes atteignant parfois 8 ou 9 m de longueur. Dans une roche aussi dure que le granite, le contrôle rigoureux des lignes de fractures par le biais d’une systématisation des encoignures en tranchées semble impératif pour assurer l’extraction performante de blocs colossaux.

5L’étude géologique a permis de démontrer que les carriers recherchaient en particulier une belle granodiorite grisâtre, massive, à grain moyen. Lorsque les affleurements présentent des enclaves mafiques ou des dykes, l’extraction est aussitôt abandonnée. Par contre, les exploitants ont tiré parti de la configuration géologique des affleurements en posant leurs fronts de taille parallèlement aux failles ou fractures naturelles, de manière à positionner utilement les lignes de clivage en vue de faciliter l’extraction. L’analyse géomorphologique a montré que les affleurements sont constitués de boulders présentant souvent des diaclases à leur base de contact avec le socle rocheux. Il n’était donc pas nécessaire de séparer les blocs du socle granitique au pied des fronts de taille, ce qui explique probablement l’origine de la sous-représentation des emboîtures.

6Deux sondages complémentaires sont prévus pour 2020 afin de progresser dans l’analyse géochronologique de cette vaste carrière.

7Une acquisition photogrammétrique – terrestre et aérienne – des zones archéologiques de l’île de Cavallo a été réalisée par la Plateforme technologique de l’université libre de Bruxelles PANORAMA. L’opération a permis de générer des modèles sous forme de nuages de points texturés remis à l’échelle pouvant servir à l’exportation des orthophotographies des zones traitées. Une mission de complétion de l’île de San Baïnsu aura lieu lors de la prochaine mission afin d’enrichir le modèle nadiral par l’adjonction aux données actuelles des modélisations des fronts de taille.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Cavallo, vue générale de la carrière
Crédits Cliché : L. Nonne.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/234021/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Fig. 2 – Profil sud du sondage 2019.4
Crédits Relevé : N. Paridaens. DAO : N. Bloch (CReA-Patrimoine, ULB).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/234021/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 398k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sébastien Clerbois, Nicolas Authom, Nadine Mattielli, Nicolas Paridaens et Antoine Triantafyllou, « Au large de Bonifacio – Cavallo, San Baïnsu » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 15 juin 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/234021

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Auteurs

Sébastien Clerbois

Université libre de Bruxelles

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Responsable d’opération

Sébastien Clerbois

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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