Calenzana – Statue-menhir d’Urtacciu ou de Marcuncellu
Texte intégral
1Des travaux agricoles entrepris cette année à Luzzipeu furent à l’origine de la mise au jour de cette statue-menhir (fig. 1). Le vestige était sous la surface du sol, à une vingtaine de cm de profondeur. Il convient de noter que le sédiment se tenant sous la statue-menhir n’a pas été travaillé. Le site d’Urtacciu est un gisement de plein air de faible altitude s’étendant à la base d’un éperon rocheux et à l’extrémité d’une dépression littorale. Le ruisseau de Marcuncellu, la présence d’une source pérenne, la proximité du petit étang de Crovani ainsi que celle de la mer font de ce lieu un cadre privilégié pour une implantation humaine préhistorique.
2Cette statue-menhir, qui fait actuellement 2,06 m de hauteur, est fragmentée à l’extrémité de la tête et à la base. La hauteur réelle devait se situer entre 2,10 et 2,20 m, pour une largeur maximale du fût de 34-35 cm et une épaisseur de 19 à 28 cm. Brisée en trois morceaux, la statue laisse voir des enlèvements plus ou moins notables, liés en partie aux conditions de découverte. Le monolithe de Marcuncellu est taillé dans un beau granite local. Le visage, ovale, est expressif, avec les lèvres bien indiquées ; on note également la surface exagérée et l’allongement du menton. Cependant, d’autres détails anatomiques retiennent l’attention et rendent ce vestige tout à fait singulier. En effet, quand on regarde le visage, on remarque que la bouche est en biais et que les oreilles, au demeurant assez peu proéminentes, ne sont pas au même niveau. Cette apparente anomalie s’explique aisément. Après le dégagement de l’oreille gauche, la sculpture de l’oreille droite a entraîné une fracture partielle de la zone intéressée ; la réalisation de cet organe ne pouvait donc intervenir qu’un peu plus bas, d’où l’asymétrie indiquée précédemment. Pour masquer ce défaut, la bouche est placée selon un axe qui passe par la base des deux oreilles ; cela se traduit par l’aspect tordu ou oblique de cette partie du visage. Le nez, très dégradé dans sa partie médiane, est aussi légèrement en biais. Il convient d’observer que la fracture de la face latérale droite a été neutralisée en polissant la zone concernée. Les oreilles ont un aspect semi-ovalaire. Les sourcils seraient attestés. Quant aux yeux, ils ont une forme légèrement étirée. D’autre part, les lèvres épaisses apparaissent nettement. Le cou est massif. Sous le menton, un relief rejoint la ligne des clavicules ; il est prolongé par une petite dépression allongée. Les épaules sont peu dégagées. Sur le fût, deux cupules peu marquées figurent les seins. La partie assimilable au pied a été négligée. La face dorsale montre des sortes d’omoplates asymétriques ainsi qu’une dépression médiane allongée. Une sculpture occipitale en forme d’écusson semble se prolonger sur la face latérale gauche voire, mais c’est moins net, sur la face latérale droite. La section du monolithe est ovale à hauteur du cou et rectangulaire au niveau du fût. Pour le moment, le contexte archéologique proche de la statue-menhir de Marcuncellu est attribuable à l’âge du Bronze et surtout au Néolithique. Le Capu dil’Amanduli, qui domine le lieu de découverte, a donné en surface des restes attribuables à l’âge du Bronze et au Néolithique récent. Près de la statue-menhir mais de l’autre côté du ruisseau de Marcuncellu (sur la rive gauche), deux cupules marquent une grande dalle rocheuse en granite. Le ramassage, à proximité immédiate d’un tout petit éclat d’obsidienne, malheureusement égaré par la suite, augmente indéniablement l’intérêt de ces éléments et propose une datation large renvoyant au Néolithique avancé. Cet emplacement est celui de Teghja di Linu 1. Enfin, non loin de là et à l’ouest, se tient un site de plein air de la même époque, tout récemment identifié : Teghja di Linu 1. Des structures composées de blocs de granite, affleurent, laissant supposer l’existence d’un habitat. De plus, quelques restes lithiques ont pu être récoltés. On le voit, la grande majorité des gisements et du matériel repérés dans le secteur de la statue-menhir concerne le Néolithique avancé.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Statue-menhir d’Urtacciu |
| Crédits | M.-C. Weiss (université de Corse). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/23508/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 608k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Michel-Claude Weiss, Jean Sicurani, « Calenzana – Statue-menhir d’Urtacciu ou de Marcuncellu » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Corse, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 12 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/23508
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