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AccueilRégionsBourgogne-Franche-Comté200839 – JuraThervay – Le Colombier

2008
39 – Jura

Thervay – Le Colombier

Fouille préventive (2008)
Responsable d’opération : Christophe Méloche

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1L’ouverture d’une carrière destinée à l’approvisionnement des chantiers liés à la construction de la ligne à grande vitesse Paris-Bâle, sur le territoire de la commune de Thervay (Jura), au lieu-dit « Le Colombier », avait amené le service régional de l'archéologie à prescrire la réalisation d’un diagnostic archéologique sur les parcelles cadastrées YK 9 et YK10.

2En avril 2006, cinq tranchées de sondage avaient permis de mettre au jour des structures de combustion liées à la production de chaux et un puits. En octobre 2007, la Drac de Franche-Comté émettait un avis de prescription de fouille préventive portant sur une surface de 4957 m2. Le site fouillé se situe à une altitude moyenne de 240 m sur les premiers contreforts calcaires du massif de la Serre sur d’anciennes terre à vignes exploitées depuis le xve jusqu’au début du xxe s.

3L’environnement archéologique du secteur fouillé est particulièrement important : dans un rayon de 200 à 300 m, on trouve deux hameaux, Le Colombier et Athée, cités dans la documentation médiévale à partir de 1127, une grange cistercienne dépendant de l’abbaye d’Acey mentionnée en 1171 dont l’un des bâtiments fut dégagé lors des diagnostics engagés sur le tracé de la ligne LGV.

4En contrebas du site fouillé, dans un rayon de 1 à 2 km, deux sites antiques sont connus, dont l’un a été fouillé par L. Joan en 2007-2008 à l’emplacement de la ligne à grande vitesse au lieu-dit « Entre-deux-Vies ». Enfin, sous le site gallo-romain des « Champs Buste », deux moulins médiévaux avaient été fouillés au bord du Gravellon (Rollier 2010).

5Dans un rayon à peine plus étendu, au lieu-dit « Le Val Saint-Jean », on trouve, sur les hauteurs dominant la zone de fouille, une ancienne église consacrée en 1127. Plus au nord-est et en contrebas de la fouille, une motte castrale, siège de la seigneurie de Thervay jusqu’au xive s., surveillait un carrefour routier.

6La campagne de 2008 a permis de fouiller cinq fours à chaux, dont deux disposés en batterie, et de poursuivre l’exploration du puits. Enfin, un fossé parcellaire traversait la partie sud-ouest de l’emprise fouillée.

7La batterie des fours ouest, constituée par deux structures de combustion, fours 1 et 3, occupe l’extrémité ouest d’une doline, sur la partie la plus élevée. Les chambres de chauffe des deux fours sont distribuées de part et d’autre d’un massif de maçonnerie unique, présentant un tracé doublement incurvée se séparant à l’ouest en deux tronçons nord et sud dont le tracé se referme au nu occidental du mur de façade St 2. Les maçonneries des parois des chambres de chauffe ne sont pas liées à celle du mur de façade, mais leur tête de mur vient s’appuyer contre le parement ouest de cette maçonnerie. Les aires de chauffe de chacun des deux fours sont creusées également dans le remplissage de la doline. Les chambres de chauffe sont de plan piriforme et possèdent une longueur comprise entre 2,59 m et 2,56 m. Les alandiers sont bien marqués et s’ouvrent dans le massif commun aux deux structures. Si les « soles » sont couvertes de couches charbonneuses, la chambre de chauffe du four 1 était comblée au deux tiers de chaux éteinte, durcie.

8Le four 4 a été implanté dans l’extrémité ouest de la doline en retour d’angle par rapport au four 3. Une seule et unique maçonnerie, construite en un seul jet, délimite chambre de chauffe et alandier. Un moellon ébauché, faisant office de linteau, recouvre le couloir de chauffe de l’alandier au niveau de la zone de contact avec la chambre de chauffe. Il permet ainsi de former un cercle pratiquement parfait, achevant de donner ainsi un aspect circulaire à la chambre de chauffe. Le diamètre à l’ouverture de la chambre de chauffe dans œuvre est de 2,59 m, hors œuvre de 1,81 m, pour se réduire au niveau du sol de la chambre de chauffe à 1,26 m. La chambre de chauffe est en en partie décaissée dans le sol rocheux. Un redan est aménagé dans le cuvelage de celle-ci, qui servait de support au montage de la voûte en tas de charge supportant ensuite la masse de pierres à cuire. L’aire de chauffe recoupe celle du four 3.

9Le four 6 est construit dans la pente sud-ouest et dans le creux de la doline. De ce fait, la maçonnerie de la chambre de chauffe se réduit en deux tronçons non reliés entre eux et leur tracé prend la forme d'un arc de cercle qui vient buter contre la paroi rocheuse à l'ouest. La chambre de chauffe possède une longueur maximale hors œuvre de 2,40 m pour une dimension est-ouest de 2,82 m. La particularité de ce four est de posséder une structure complémentaire, qui vient contrebuter les deux tronçons des maçonneries de la chambre de chauffe sur plus des deux tiers de leur longueur. L'alandier est constitué, au moins dans un dernier temps, conjointement par les maçonneries des contreforts et celle du cuvelage de la chambre de chauffe. Au niveau de la chambre de chauffe, la largeur utile du canal de chauffe est de 74 cm ; au niveau des contreforts, soit à la gueule de l'alandier, la largeur maximale est de 84 cm. L’aire de chauffe possède le plan d'un demi-disque dont le diamètre est de 2,90 m pour une longueur ouest-est de 1,15 m.

10Le four 5 diffère des deux autres types de fours présents sur ce site : le plan de la chambre de chauffe, les aménagements nécessaires à l'alimentation en combustible et à la conduite de la chauffe en font ici un modèle totalement unique. La chambre de chauffe, décaissée dans le remplissage de la doline, possède un plan de quadrilatère dont trois côtés présentent des tracés légèrement curviligne. Dans œuvre, la chambre de chauffe a une longueur nord-sud de 3,24 m pour une largeur de 2,96 m. Deux alandiers s'ouvraient dans les angles nord-est et sud-est de la chambre de chauffe. Si les tableaux de leur embrasure étaient constitués par les têtes de murs des parois de la chambre de chauffe, il ne subsistait des sols des couloirs de chauffe que la trace d'un décaissement de la dalle rocheuse fortement rubéfiée à cet endroit et scellée par une fine couche d'argile rubéfiée avec des inclusions charbonneuses. Les canaux de chauffe présentent des plans rectangulaires de 60 x 40 cm pour l'alandier nord et de 60 x 55 cm pour l'alandier sud. Deux petites aires de chauffe ont été repérées, dont le sol se situe en élévation par rapport au niveau de celui de la chambre de chauffe.

11Les observations stratigraphiques permettent de restituer en partie une chronologie relative de ce site de chaufourniers. Les fours construits dans le remplissage de la doline (four 5 et 6) sont les premiers en activité. Intervient ensuite la construction de la batterie ouest qui nécessite le comblement des fours précédents pour établir une plate-forme où s’installeront les deux aires de chauffe des fours ouest. Le dernier four à fonctionner est la structure 4, comme le montre la destruction partielle de l’aire de chauffe du four 3 qu’a rendu nécessaire sa construction.

12Ces structures de combustion n’ont livré aucun mobilier archéologique. Leur datation est acquise par radiocarbone et mesures archéomagnétiques. Ces fours ont fonctionné dans le dernier quart du ier s.

13Le fossé parcellaire St 10 a été repéré sur une longueur de 21.40 m, orienté à 31°/211° NG. L'ouverture a une largeur d'environ 90 cm en moyenne. La profondeur subsistante ne dépasse jamais 12 cm. Le mobilier provenant de son remplissage est chronologiquement hétérogène : clous de ferrure médiévale, céramique antique, un sesterce de Philippe l’Arabe frappé à Rome entre 244 et 249 et un fragment de miroir antique.

14Le puits a été reconnu sur une profondeur de 3,03 m. Le fond n’a pu être atteint. Creusé dans la partie sud-ouest de la doline, il possédait un diamètre utile de 93 cm. Les charbons de bois récoltés dans le dernier niveau fouillé sont datables entre le ixe et le xe s. Le comblement de cette structure a livré également une reille, c’est-à-dire un élément métallique disposé en avant ou au-dessus du soc d’araire et qui sert à casser les mottes de terre dont le type à soie est en usage du viie au ixe s.

15La découverte des fours gallo-romains précoces en milieu rural est une première en Franche-Comté. Ce type même de structure de combustion pour la période du Haut-Empire n’avait pas été encore fouillé dans notre région. La meilleure comparaison régionale que l’on puisse faire dans « l’Arc jurassien » nécessite de recourir aux exemples fouillés dans le Jura suisse. Par contre, pour cette période, aucun équivalent du four 5, avec son double alandier, n’est connu dans ce secteur géographique.

16Si des établissements antiques ont été fouillés sur le tracé de la LGV dans les secteurs de Thervay et de Brans, il est notable que sur ces sites l’emploi de la chaux comme élément rentrant dans la confection des liants ou des enduits n’est pas attesté avant le iie s. Si l’extinction de la chaux vive se faisait sur les chantiers de construction, il semble certain que ces derniers ne se trouvaient pas dans l’environnement proche de ces fours.

17La présence du puits doit pouvoir être mise en relation avec le peuplement des pentes septentrionales du massif de la Serre, peuplements attestés par la documentation du xiie s. Ces hameaux, ces écarts dans la mouvance du fief de Thervay disparurent dès le xiiie s. avec l’apparition d’un nouvel acteur économique : la grange cistercienne de l’abbaye d’Acey. C’est la gestion même de l’espace agricole qui subit alors de profondes mutations : d’une exploitation de type familial pratiquée au sein des menses, on passe à une exploitation extensive de grand domaine.

Fig. 1 – Plan des vestiges mis au jour

Fig. 1 – Plan des vestiges mis au jour

DAO : F. Bergantz, C. Méloche (Inrap).

Fig. 2 – Vue générale du four 5

Fig. 2 – Vue générale du four 5

Cliché : C. Méloche (Inrap).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan des vestiges mis au jour
Crédits DAO : F. Bergantz, C. Méloche (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/25096/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 670k
Titre Fig. 2 – Vue générale du four 5
Crédits Cliché : C. Méloche (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/25096/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe Méloche, « Thervay – Le Colombier » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Bourgogne-Franche-Comté, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/25096

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Auteur

Christophe Méloche

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