Rezé – Saint-Lupien
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Année de l'opération :
2011Numéro d’opération :
184678Chronologie :
Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, époque médiévale, Haut Moyen Âge, Moyen Âge classique, époque moderneNature de l'opération :
fouille programméePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Ville de Rezé
Texte intégral
1La problématique des relations entre le quartier antique de Saint-Lupien à Ratiatum et le fleuve Loire, développée dans la continuité des fouilles initiées à partir des années 1980, fait l’objet d’un nouveau programme pluriannuel depuis 2005. Pour la mener à bien, une équipe de recherche pluri-institutionnelle et pluridisciplinaire réunit Rémy Arthuis (géomorphologue, Inrap), David Guitton (céramologue, Inrap), Yves Henigfeld (maître de conférences, université de Nantes), Martial Monteil (maître de conférences, université de Nantes), Jimmy Mouchard (enseignant, université de Nantes) et Ophélie de Peretti (archéologue, ville de Rezé). La fouille programmée accueille par ailleurs, depuis son origine, un chantier-école universitaire ouvert en priorité aux étudiants nantais du master 2 professionnel des métiers de l’archéologie et de la licence histoire de l’art et archéologie.
2L’année 2011 correspond à la seconde année d’un programme triennal qui avait permis d’ouvrir de nouvelles fenêtres d’étude, tant au sud qu’au nord de la chapelle Saint-Lupien et sur une surface de près de 2 000 m2 (fig. 1). La campagne, qui s’est déroulée du 30 mai au 15 juillet 2011 avec un effectif moyen de 25 à 30 stagiaires, a bénéficié de l’apport complémentaire de trois responsables de secteur, Caroline Fabre (zone 15), Xavier Favreau (zone 16) et Mikaël Rouzic (zone de sépultures à inhumation).
Fig. 1 – Plan cumulé des vestiges mis au jour en 2010 et 2011
DAO : J. Mouchard (université de Nantes).
L’occupation antique
La zone 16
3Dans la zone 16, au sud de la chapelle, les vestiges, bien que fortement arasés, permettent de distinguer plusieurs phases d’occupation. La plus ancienne, attribuable aux années 20-50 de notre ère, est matérialisée par un ensemble d’ateliers de forge dont subsistent des foyers, des fosses de rejet et des trous de calage de poteaux. Ces aménagements s’organisent le long d’une rue est-ouest qui constituera ensuite l’artère principale du quartier. Certaines fosses-foyers de forme allongée, situées au contact de cet axe de circulation, sont sans doute à rattacher à la réalisation de bandes métalliques de longueurs variables, dont des pièces destinées à la fabrication de bandages de roues.
4La seconde moitié du ier s. de notre ère signe, suivant des modalités qui restent à préciser, un réaménagement complet de l’espace conduisant à la mise en place d’un axe de circulation nord-sud et d’un vaste bâtiment de forme rectangulaire, interprété comme un entrepôt. Ce dernier est ensuite reconstruit, suivant la même configuration, durant la première moitié du iie s. La destruction de cet édifice semble intervenir dans le courant du iiie s.
La zone 15
5Cette zone n’a été véritablement explorée que du côté est, mettant en évidence une succession de constructions fortement arasées et encore mal définies. On retiendra cependant la découverte d’une fosse qui a livré une céramique datable du viie s. ainsi que la reconnaissance probable, à l’ouest, d’un petit édifice thermal et d’une cave ou d’une citerne qui seront fouillés en 2012.
La zone 4 (fig. 2 et 3)
6En 2011, s’est poursuivie la fouille de l’axe de circulation sud-nord, qui traverse le sous-sol de la chapelle et aboutit au contact de la berge de la Loire, ainsi que des parties basse (aménagement de berge) et supérieure (bâti antique et nécropole médiévale). Nous n’évoquerons ici que les résultats concernant l’aménagement de berge monumental. La plate-forme no 4, située au nord de la zone 4-14 et à l’ouest de la voie, apparaît comme la mieux conservée des quatre reconnues à ce jour. Elle se situe dans le prolongement est-ouest des tronçons, plus modestes, déjà dégagés à l’est en 2005-2006 et en 2007-2008.
7Pour l’heure, cette restructuration de la berge a été reconnue puis étudiée sur plus de 150 m de long. Réalisée dans la seconde moitié du ier s. de notre ère, elle présente un caractère monumental affirmé, marqué par un mur de berge épais en micaschiste (tronçon 2005-2006), qui s’élargit au contact des voies d’accès perpendiculaires au fleuve, tant à l’ouest qu’à l’est, sous la forme d’imposantes constructions quadrangulaires débordantes (terrasses ou plates-formes) à assemblage mixte (bois et pierre). La façade monumentale de ce quai (no 4) présente un assemblage mixte constitué de bois et de pierre. Elle comporte notamment quatre composants principaux : une série de sablières basses, supportant des poteaux assemblés à celles-ci par tenon et mortaise, alternant avec de petits murets en pierre sèche, le tout étant enfin recouvert et/ou protégé par de grands panneaux en chêne arrimés au moyen de clous. Unique cas attesté pour le monde romain, les sablières basses et les poteaux conservent des marques d’assemblage sous forme de chiffres romains qu’il nous reste à étudier dans le détail. L’un des panneaux de chêne a été prélevé pour analyse. Il a livré par dendrochronologie une date d’abattage estimée à l’automne-hiver 88-89 de notre ère. Cette façade est associée à l’arrière à un blocage de micaschiste, remplissant à l’origine des caissons structurés par un entrecroisement, selon un plan en damier, de poutres et/ou de longrines en chêne suggérés en surface uniquement par la présence de leurs négatifs.
8De manière synthétique, le relevé en élévation effectué en 2011 permet d’apprécier à sa juste valeur la qualité de l’ouvrage, l’architecture et les techniques de construction de cette façade – observée sur près de 15 m de long et au mieux sur 1,30 m de haut. L’état de conservation actuel et les informations recueillies en 2011 permettent d’ores et déjà d’avancer une première hypothèse de restitution de l’ensemble. En effet, en ajoutant à la structure encore en place les séquences de micaschiste en épandage localisées au droit de cette façade (destruction et glissement dans le sens de la pente naturelle), il nous est possible de restituer cette plate-forme sur environ 2,50 m de haut. Ce qui, avec le phénomène de marées encore présent en fond d’estuaire, facilitait sans doute l’approche de navires d’un tonnage déjà conséquent.
Fig. 2 – Vue depuis le nord d’une partie du module de quai gallo-romain qui présente de grands panneaux de chêne en façade
Cliché : J.-G. Aubert (Arc’antique).
L’occupation médiévale (fig. 4)
9Outre la poursuite des investigations menées sur le quartier antique, la campagne 2011 a été l’occasion de préciser les modalités de l’occupation du site à l’époque médiévale. L’intervention a, en premier lieu, porté sur l’étude du sous-sol de la chapelle et des bâtiments du prieuré (zone 18) et en second lieu, sur l’espace funéraire se développant aux abords immédiats de la chapelle (zones 14, 15 et 16).
10Dans son état actuel, la chapelle Saint-Lupien correspond à une reconstruction tardive attribuée au xve s. Elle succède à un bâtiment découvert au xixe s. et conservé dans une « fausse crypte ». La reprise de l’étude des vestiges médiévaux conservés dans la chapelle a permis de renouveler la compréhension de ce secteur. Dès la fin de l’Antiquité, la nature de l’occupation change radicalement avec l’établissement d’un espace funéraire, dont il subsiste plusieurs sarcophages en calcaire. L’origine de ce cimetière est peut-être à mettre en lien avec le personnage de saint Lupien, mentionné par Grégoire de Tours, dont le tombeau aurait entraîné un phénomène de tumulatio ad sanctos.
11La chapelle primitive correspond à un bâtiment à nef unique et à chevet plat, orienté est-ouest, dont les dimensions internes sont, pour la nef, de 4,65 m de large sur une longueur estimée à 7,70 m et, pour le chœur, de 3,15 m de long pour 3 m de large. Le parement extérieur du chevet, en partie composé de fragments de dalles en calcaire provenant de sarcophages réemployés, est partiellement conservé dans la maçonnerie de la chapelle du xve s. Dans les travaux relatifs au site, cette construction est traditionnellement présentée comme une chapelle remontant au xie s. ou au xiie s. Une incertitude subsistait cependant quant à cette datation, le plan du bâtiment pouvant très bien renvoyer à une période plus ancienne. Pour lever ce doute, trois analyses 14C ont été effectuées sur des éléments piégés dans le mortier des maçonneries. Or les premiers résultats obtenus font remonter la construction à un intervalle compris entre le viie et le xe s. Il va sans dire que cette nouvelle datation, si elle devait être confirmée par celle d’un dernier échantillon en cours d’analyse, constituerait probablement un des principaux apports de la campagne 2011.
12Deux bâtiments appartenant au prieuré du second Moyen Âge se développent au nord et au sud-est de l’actuelle chapelle. En partie étudiés à la fin des années 1980 et au début des années 2000, ils ont fait l’objet d’investigations complémentaires destinées à compléter la documentation. Le bâtiment nord abritait notamment une grande salle dotée d’une cheminée, qui a été transformée ultérieurement en étable.
13Les investigations menées depuis 2010 aux abords de la chapelle ont permis de mettre en évidence vingt-huit structures funéraires, composées de dix-sept sépultures en place, quatre sépultures perturbées ou vidangées, six dépôts secondaires et une réduction. Parmi les sépultures en place, dix sont des inhumations d’adulte (dont une femme enceinte) et six sont des sépultures d’enfants (dont une collective). Parmi les sépultures perturbées, trois ont probablement servi à l’inhumation d’un sujet adulte. Toutes ces sépultures sont globalement orientées ouest-est, tête à l’ouest. Les architectures funéraires sont variées, avec utilisation de sarcophages et de contenants en bois (coffrage ou cercueil). Dans la partie nord du secteur funéraire, deux sépultures ont été installées dans les dalles de micaschiste formant l’aménagement de berge. Cette diversité est en partie liée à la longue utilisation de l’espace funéraire, qui s’étend de l’Antiquité tardive aux xie-xiie s., comme le montrent les premiers résultats des analyses par 14C effectués sur les ossements.
Fig. 4 – Plan de la première chapelle et des vestiges de sarcophages dans l’emprise de la chapelle du xve s.
DAO : Y. Henigfeld, G. Kerdivel.
Perspectives
14Les investigations archéologiques doivent se poursuivre en 2012, avec pour premier objectif d’achever la fouille des zones 15, 16 et 17 et de compléter l’analyse des bâtiments religieux et du cimetière. L’étude de bâti devrait se faire en lien avec une fouille préventive envisagée en 2012 dans le cadre d’un programme de restauration de la chapelle. Dans le même temps, une partie de l’équipe s’attachera à dresser un bilan documentaire concernant l’espace portuaire, lequel servira d’appui à une nouvelle demande d’opération dès 2013.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan cumulé des vestiges mis au jour en 2010 et 2011 |
| Crédits | DAO : J. Mouchard (université de Nantes). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/31209/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 753k |
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| Titre | Fig. 2 – Vue depuis le nord d’une partie du module de quai gallo-romain qui présente de grands panneaux de chêne en façade |
| Crédits | Cliché : J.-G. Aubert (Arc’antique). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/31209/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 813k |
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| Titre | Fig. 3 – Détail du quai, vue du nord-est |
| Crédits | Clcihé : J. Mouchard (université de Nantes). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/31209/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 682k |
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| Titre | Fig. 4 – Plan de la première chapelle et des vestiges de sarcophages dans l’emprise de la chapelle du xve s. |
| Crédits | DAO : Y. Henigfeld, G. Kerdivel. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/31209/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 302k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Ophélie de Peretti, Rémy Arthuis, Caroline Fabre, Xavier Favreau, David Guitton, Yves Henigfeld, Martial Monteil, Jimmy Mouchard et Mikael Rouzic, « Rezé – Saint-Lupien » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Pays de la Loire, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/31209
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