Murviel-lès-Montpellier – Le Castellas
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Année de l'opération :
2015Numéro d’opération :
10478Lieux :
France métropolitaine, Occitanie (région administrative), Département de l'Hérault, Murviel-lès-MontpellierNature de l'opération :
fouille programméePlan
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1La deuxième année du programme triennal (2014-2016) s’est développée sur les trois zones explorées l’année dernière : au sommet de la colline, en bordure du tronçon de l’enceinte de la ville haute où ouvre une poterne (chantier dirigé par Alexandre Beylier) ; dans le quartier d’habitat de la ville basse (chantier dirigé par Grégory Vacassy et Ghislain Vincent) ; à l’emplacement du centre monumental (chantier dirigé par Patrick Thollard). Les opérations de fouille intra muros ont été complétées, pendant les vacances de printemps, par deux stages destinés aux étudiants, l’un de formation à la prospection (dirigé, cette année, par Nicolas Foulc) et un stage d’étude des céramiques sigillées (dirigé par Armand Desbat).
L’enceinte de la ville haute : la poterne nord-ouest
2L’année 2015 a vu s’achever les fouilles sur la zone de la poterne nord-ouest de l’enceinte de la ville haute, commencées en 2010 (fig. 1). Les tout premiers niveaux d’occupation, qui n’avaient été jusqu’alors que très ponctuellement effleurés, ont pu être appréhendés dans tous les secteurs où le substrat a été atteint. De nombreux remaniements successifs ont néanmoins bouleversé les vestiges de cette première phase, ce qui rend sa restitution particulièrement malaisée, notamment en ce qui concerne la nature du système d’accès primitif. Cependant, il est désormais acquis que la poterne correspond à un réaménagement tardif. Elle se superpose à une première ouverture, qui devait constituer la ou l’une des principales entrées de l’oppidum. Les travaux ont, en outre, mis en évidence, dans cette première phase, l’existence d’un chaînage entre l’unité d’habitat 3, qui bordait cet accès, et le parement interne de la courtine occidentale. L’installation de l’habitat répond donc, dès le début, à un schéma préétabli, ce qui permet d’évoquer l’idée d’une planification urbaine au début du iie s. av. J.‑C. La mise en place de la poterne intervient dans un deuxième temps lors du ré-habillage en grand appareil du rempart et les niveaux de fonctionnement correspondant à ce nouvel accès ont été ont été dégagés. Dans un troisième temps, le passage est abandonné en tant que tel lors de la restructuration de l’îlot d’habitation s’étirant le long de la courtine orientale et la poterne est réutilisée pour l’écoulement des eaux de pluie. Un caniveau est d’abord installé au pied du mur sud de l’unité d’habitat 1, pour permettre l’évacuation des eaux de ruissellement par la poterne, mais sa construction est restée inachevée. Des remblais de nivellement sont par la suite apportés, avant que ne soit construit plus tard un caniveau dans l’emprise même de la poterne, tandis que des aménagements de type vide-sanitaire, sont installés pour protéger la façade sud de l’unité d’habitat 1. Le long de la courtine orientale, la fouille de cette année a permis de mettre en évidence le premier état de l’unité d’habitat 2, auquel sont associés un foyer construit au pied de l’escalier et une possible fosse à dolium. Les travaux ont également révélé l’existence d’une phase d’occupation antérieure à la mise en place de cette unité d’habitation. Ces premiers niveaux d’occupation s’organisent sur plusieurs séquences successives, caractérisées notamment par l’aménagement de trous de poteau. Malgré quelques incertitudes inhérentes à la complexité de lecture que présente la stratigraphie dans ce secteur densément occupé, le phasage de la zone peut donc désormais être entièrement retracé, depuis la mise en place de l’habitat jusqu’à l’abandon des lieux, environ deux siècles plus tard. (A. Beylier).
Fig. 1 – Vue générale du secteur de la poterne de la ville haute
En fin de fouille.
Cliché : S. Sanz-Laliberté.
L’habitat de la ville basse
3La campagne 2015 a concerné deux secteurs : les deux ailes du bâtiment principal situé sur la terrasse inférieure de l’îlot et la zone extérieure qui correspond à la rue installée entre l’îlot et la courtine (fig. 2).
La zone extérieure
4À l’extérieur du bâtiment, les travaux se sont poursuivis à l’intérieur de trois sondages. Le premier, situé dans l’angle nord-est du bâtiment A, a permis de confirmer les relations stratigraphiques entre les différents états du caniveau qui longe le mur extérieur de l’îlot et les deux autres qui en sont le prolongement vers le nord. Le sondage 2, qui se situe au nord, dans l’axe de la voie qui longe la courtine, a révélé la présence d’un mur antérieur à l’urbanisation du secteur et à la mise en place de la fortification. Conservé par tronçons entre les différentes constructions plus récentes, il pourrait correspondre à un mur de terrasse bordant un chemin menant à l’oppidum primitif. Le troisième sondage, ouvert cette année dans l’angle rentrant du bâtiment, a montré que l’installation de l’évacuation qui passe sous le mur nord a été réalisée en sous-œuvre et s’est accompagnée de la reprise du mur au niveau du passage de la conduite. Cette reprise indique que la capacité de ce réseau avait probablement été sous-évaluée lors de la mise en place du bâtiment A. Par ailleurs, cette canalisation a fait l’objet d’une réfection matérialisée par une tranchée partiellement mise au jour dans l’emprise du sondage.
Le corps central : aile nord
5À l’intérieur, la fouille s’est poursuivie, dans le corps central et dans l’aile nord. On sait depuis l’année dernière qu’à l’origine ces deux corps de bâtiment étaient indépendants et que la partie centrale, limitée par un mur continu, ouvrait par une baie large de près de 3 m sur un espace encore mal défini. Dans ce premier état est mis en place un drain qui longe le parement intérieur du mur de clôture pour se diriger ensuite vers le nord en passant par la baie. Il disparaîtra lors des réaménagements postérieurs. La nouvelle aile nord comprend trois parties. Au sud, se trouve la pièce 11 qui faisait auparavant partie de l’aile résidentielle. Sa fouille n’a livré que peu d’éléments en dehors d’une grande fosse qui pourrait être un aménagement antérieur à l’édification du bâtiment. Dans le prolongement de la pièce 11, se développe le couloir 8 à l’extrémité duquel se trouve l’accès principal. L’accès au bâtiment se faisait au nord par une porte assez large, bouchée par la suite. La présence d’un dolium, qui constitue le dernier aménagement dans la zone, n’est pas la raison principale de la condamnation de l’accès puisque ce dernier s’installe sur des aménagements antérieurs, qui restent encore à interpréter. Le comblement du dolium contient un mobilier qui date des années 20-30 apr. J.‑C. Dans le dernier état, le couloir est réduit, au sud, par l’installation d’une autre pièce (pièce 10) dont la fonction exacte reste à définir. La dernière partie de l’aile nord est occupée par l’espace 6 qui communique avec le couloir 8 par une porte ouverte à peu près au milieu de ce dernier. Cet espace a connu au moins deux états. Appartiennent à l’état le plus ancien un second dolium (au nord de la pièce) ainsi qu’un four (au sud-est) dont est conservée la partie inférieure de la chambre de chauffe et qui est associé à un petit bassin situé plus au sud. Il pourrait aussi s’agir d’un système pour chauffer de l’eau située dans une cuve au dessus du foyer. L’état le plus récent est marqué par plusieurs transformations. Le dolium est abandonné (son comblement est daté de l’époque augustéenne) et remplacé par celui du couloir 8. Dans le même temps, le four (colmaté volontairement à l’aide de blocs et de mortier) et le bassin de tuileau sont transformés de manière à constituer un large massif (plan de travail ? support ?). Enfin, le sol est exhaussé et plusieurs fosses apparaissent dont certaines pourraient correspondre à des négatifs d’éléments en bois qui restent encore à interpréter.
Le corps central : aile résidentielle
6Dans le corps central, le sol de l’espace 9 a été entièrement fouillé, révélant un réseau d’évacuation (qui présente manifestement de nombreux états) masqué par le remblai de nivellement. Est apparue également la trace d’un mur séparant la pièce 9 en deux parties égales : il est épierré et le seul élément conservé est le pilier découvert l’année dernière dans la partie nord. La fouille des pièces 2 et 5 progresse lentement en raison de la nature du sédiment (argile fondue des élévations) et de la quantité des enduits peints pris dans la gangue de terre. Elle est bien avancée dans la pièce 2 et moins dans la pièce 5. Un premier examen du décor des enduits de ces deux pièces permet de proposer la première moitié du ier s. apr. J.‑C. pour leur réalisation. (G. Vacassy, G. Vincent).
La zone monumentale
7Au cours de la campagne 2015, aux trois secteurs déjà explorés les années précédentes (abords sud-ouest, extrémité orientale du portique nord et partie méridionale du portique est) s’est ajouté un nouveau secteur situé dans le prolongement de celui des abords sud-ouest, le long du mur sud du monument corinthien.
8Au sud-ouest, le sondage ouvert sur la voie, au pied l’escalier d’accès au centre monumental, a donné l’occasion de mettre au jour une grande fosse circulaire, dégagée partiellement dans l’emprise du sondage. Celle-ci est creusée jusqu’au niveau des dalles du collecteur et correspond à un entretien ou à une réparation de l’ouvrage, réalisés avant le réaménagement de l’escalier et, peut-être, à cette occasion. Plus à l’est, la fouille s’est étendue jusqu’au contact du mur sud du monument corinthien permettant de dégager entièrement les niveaux de retaille qui recouvrent la voie qui mène à l’escalier. Le dernier niveau de circulation de cette voie est désormais dégagé sur toute l’emprise du secteur. La voie suit une direction oblique par rapport à l’axe du centre monumental. Sa limite nord seule est connue : elle est marquée par un petit mur bordier qui court de l’angle sud-ouest de la salle centrale du monument corinthien jusqu’à l’angle sud-est de l’escalier. Ce mur bordier isole ainsi l’espace compris entre le monument corinthien et l’exèdre sud-ouest : il est recouvert par une épaisse couche de dépotoir, très riche en mobilier, qui n’a été fouillée que sur une petite bande, au sud. Le nouveau secteur installé au sud du monument corinthien a fait l’objet d’un décapage mécanique sur plus d’un mètre d’épaisseur jusqu’à l’apparition des niveaux antiques constitués ici aussi par deux couches de retaille, la première comportant de nombreux éléments en calcaire froid et la seconde, en dessous, plus spécifiquement constituée de fragments en pierre de Lens provenant principalement de la décoration du monument corinthien. Parmi les déchets figurent quelques gros blocs tombés et laissés sur place dont un fragment de corniche au profil complet. La fouille s’est arrêtée cette année sur un niveau qui semble correspondre au dernier sol de circulation de la voie. Dans l’angle sud-est du centre monumental, la campagne de cette année s’est d’abord attachée à la poursuite de l’étude du réseau d’évacuation d’eaux pluviales mis en évidence l’année dernière. Le tronçon du collecteur qui passe en oblique sous l’angle sud-est du forum a été entièrement dégagé et la stratigraphie du comblement a pu être précisée. La partie de l’ouvrage qui longe le mur de clôture oriental du forum a été reconnue sur plus de 12 m et mais dégagée simplement sur 2 m au sud. Le dégagement de l’aile orientale du forum s’est poursuivie de quelques mètres vers le nord, révélant des niveaux de destruction qui contiennent des éléments d’architecture en place, masqués par les éboulis protecteurs de la colline. Enfin, cette année a vu le début de la fouille de la partie sud du secteur, à l’extérieur du centre monumental, dans la perspective du dégagement des abords sud-est du forum, parallèlement à la fouille entreprise dans les autres secteurs déjà mentionnés. Dans l’angle nord-est de la zone monumentale, les travaux de cette année ont d’abord permis le dégagement complet de la pièce 11, l’avant-dernière des salles adossées au portique nord. Celle-ci est ornée d’un pavement de mosaïque noire et blanche, très bien conservée, dont le décor est identique à celui des mosaïques des salles 1 et 8 précédemment fouillées, ce qui confirme l’homogénéité du programme décoratif de cette partie du forum (fig. 3). Cette salle comporte, en outre, une banquette revêtue de marbre, plaquée contre le mur du fond qui devait servir de socle à des statues (on a retrouvé plusieurs des feuilles d’une couronne de laurier en bronze, contre le mur, au contact de la banquette). La base des murs a également conservé son décor d’enduit peint. Le dégagement de la première travée (nord) du retour est du portique a révélé un aménagement particulier représenté par un escalier en grands blocs de calcaire coquillier plaqué contre le mur qui ferme la dernière salle en arrière du portique. L’escalier comporte six marches qui conduisent à une petite plate-forme carrée. L’interprétation de cet aménagement n’est pas entièrement assurée : l’absence de tout élément permettant s’imaginer une volée perpendiculaire plaqué en partie contre le mur sud de la dernière salle ouvrant sur le portique nord. L’hypothèse retenue actuellement est celle d’une petite tribune installée dans l’angle nord-est du forum. Quoi qu’il en soit, la présence de cet escalier, ainsi que le premier examen des vestiges apparents, permettent de conclure que la dernière salle (qui reste encore à dégager), à la différence des autres, n’était pas entièrement ouverte sur le portique. Sur le sol de la travée a été découverte la partie inférieure d’une statue en calcaire du bois des Lens représentant un personnage masculin en longue toge (fig. 4). La partie arrière de la statue est sommairement sculptée, ce qui indique qu’elle était plaquée contre un mur ou un monument. Les côtés présentent de larges mortaises pour des parties manquantes. Malgré le caractère supposé modeste du matériau, le type de représentation, la qualité de la sculpture ainsi que la taille, qu’on peut restituer entre 3 m et 3, 30 m, font penser à un personnage impérial plutôt qu’à un notable des Samnagenses. On ne peut qu’espérer que d’autres fragments de cette pièce exceptionnelle puissent se trouver dans les remblais comblant les zones voisines (P. Thollard).
Fig. 3 – La mosaïque de la salle 11, en arrière du portique nord
Cliché : P. Thollard (université Paul-Valéry, ASM).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Vue générale du secteur de la poterne de la ville haute |
| Légende | En fin de fouille. |
| Crédits | Cliché : S. Sanz-Laliberté. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32042/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Fig. 2 – Plan général de l’habitat de la ville basse |
| Crédits | DAO : G. Marchand, G. Vacassy, G. Vincent. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32042/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 650k |
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| Titre | Fig. 3 – La mosaïque de la salle 11, en arrière du portique nord |
| Crédits | Cliché : P. Thollard (université Paul-Valéry, ASM). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32042/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 943k |
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| Titre | Fig. 4 – Partie inférieure de statue en calcaire du bois des Lens |
| Crédits | Cliché : P. Thollard (université Paul-Valéry, ASM). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32042/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,0M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Patrick Thollard, Alexandre Beylier, Grégory Vacassy et Ghislain Vincent, « Murviel-lès-Montpellier – Le Castellas » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Occitanie, mis en ligne le 15 juillet 2020, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/32042
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