Rezé – Saint-Lupien
Texte intégral
1Inscrite dans la continuité des fouilles menées dans les années 1980, puis à la fin des années 1990 et début 2000, la question du lien entre la ville antique de Ratiatum et le fleuve Loire fait l’objet d’un nouveau programme pluriannuel depuis 2005. Pour le mener à bien, une équipe de recherche pluri-institutionnelle et pluridisciplinaire, composée de Rémy Arthuis (géomorphologue, Inrap), David Guitton (céramologue, Inrap), Yves Henigfeld (Maître de conférences, université de Nantes), Martial Monteil (Maître de conférences, université de Nantes), Jimmy Mouchard (enseignant, université de Nantes) et Ophélie de Peretti (archéologue, Ville de Rezé) a été réunie. La fouille programmée annuelle accueille par ailleurs, depuis son origine, un chantier-école universitaire destiné en priorité aux étudiants nantais du Master 2 professionnel « les métiers de l’archéologie » et de la licence Histoire de l’art et Archéologie.
2L’année 2010 correspond à la première année d’un nouveau triennal qui a permis d’ouvrir de nouveaux secteurs d’étude tant au sud qu’au nord de la chapelle Saint-Lupien sur une surface de près de 2 000 m2. L’intervention avait pour objectif principal de préciser l’organisation topographique, la nature et l’état de conservation des vestiges, afin de définir au mieux la stratégie de fouille pour les deux campagnes ultérieures.
Résultats principaux
3Les vestiges mis au jour au sud de la chapelle de Saint-Lupien, dans les zones 15 à 17, sont certes fortement arasés, à l’égal de ceux fouillés entre 2005 et 2009 immédiatement à l’est, mais ils permettent d’ores et déjà d’identifier des éléments relevant des principales phases identifiées sur le site.
4La phase des années 20-50 de notre ère coïncide avec la mise en place de la rue principale, orientée est-ouest, ainsi que de sa perpendiculaire qui se dirige vers le nord et la Loire ; mais ces deux axes n’ont été que partiellement explorés. Elle est donc surtout illustrée ici dans la zone 16 par un grand nombre de fosses, foyers et trous de calage de poteaux qui apparaissent concentrés en bordure de rue et renvoient pour l’essentiel à des activités de forge. Des vestiges équivalents ont été observés plus à l’est et l’ensemble mérite une attention particulière ; à ce titre, on peut noter que l’étude des déchets liés à cette activité a débuté en 2010.
5La phase des années 50-100 de notre ère, illustrée notamment par la construction en début de période de puissants aménagements de berge à vocation portuaire, est ici matérialisée par des bâtiments dont le détail nous échappe encore, mais qui correspondent, au moins pour partie, à une première série d’entrepôts. Certains espaces ont ici conservé leur sol, d’autres sont perceptibles par des murs qui affleurent à l’intérieur des constructions postérieures ou de tranchées de récupération. Ils ne peuvent encore être restitués en plan car leurs limites sont en grande partie reprises, et donc partiellement masquées, par la phase de reconstruction ultérieure, mais on pressent leur existence dans les zones 15, 16 et 17.
6La première moitié du iie s. de notre ère signe la construction – ou la reconstruction – d’entrepôts de plan allongé, à l’exemple de ceux des secteurs 15-3 et 16-1 qui sont séparés par un passage d’échelle servant également à l’évacuation des eaux pluviales. Dans la zone 15, l’un de ces entrepôts est longé au nord par une galerie qui distribue également plusieurs pièces dont la chronologie n’est toutefois pas encore fixée (elles peuvent, en l’état, appartenir aussi à la phase antérieure). Dans le secteur 15-4, s’individualise ainsi un petit bâtiment équipé d’un sol sur hypocauste et flanqué d’une abside ; cette configuration suggère qu’il s’agit d’un petit balnéaire, mais une fonction artisanale n’est pas exclue. S’y ajoute, plus à l’est, une construction en sous-sol dont l’interprétation n’est pas encore définitive (cuve, bassin ou cave). Dans le secteur 16-1, à l’angle des deux rues, le plan d’un autre entrepôt, qui couvre 135 m2 et avait été partiellement fouillé dans les années 1980, a pu être complété. Dans la zone 17, enfin, les murs découverts permettent, en lien avec d’autres identifiés à la fin du xixe s., de restituer un troisième grand bâtiment, entrepôt ou composante des thermes qui se développent plus au nord. Dans tous les cas, les sols ont quasi intégralement disparu.
7Immédiatement au nord, mais aussi au sud et à l’ouest de la chapelle, la séquence stratigraphique est en revanche bien mieux conservée et correspond plus nettement à ce qui est habituel en contexte d’archéologie urbaine. La bonne préservation des couches et des constructions, déjà observée dès la fin du xixe s. dans le sous-sol de la chapelle, s’explique par deux facteurs : une situation sur une pente plus importante qui annonce la rive de la Loire ; une occupation sans doute continue de l’espace par des bâtiments (possible martyrium de l’Antiquité tardive, chapelle et prieuré d’époque médiévale et moderne) et par un cimetière qui ont empêché toute érosion liée aux activités agricoles.
8On en retiendra, à ce stade, la mise en évidence, à l’ouest de la rue nord-sud qui traverse le sous-sol de l’édifice religieux, de thermes vraisemblablement publics, ou tout au moins collectifs, si l’on en juge par les fortes épaisseurs des murs qui les définissent mais aussi par leur emprise. En prenant en compte les données antérieures à 2005, ce complexe pourrait en effet s’étendre sur une surface minimum de 1 000 m2. Plus au nord encore, il convient évidemment de souligner l’importance des données acquises sur l’aménagement de berge construit vers le milieu du ier s. de notre ère. Comme plus à l’est, la rue nord-sud est ici encadrée par deux vastes massifs construits en pierre et bois (ici remarquablement bien conservé), dont les dimensions minimales atteignent 20 m de large dans le sens est-ouest pour plus de 12 m de long. La mise en évidence de planches solidement arrimées en façade suggère toutefois, contrairement aux autres secteurs jusqu’ici investigués et liés semble-t-il à une cale d’échouage, un possible quai d’accostage en lien avec un approfondissement du lit majeur de la Loire ou avec un canal. La campagne de 2011 devrait permettre de confirmer ou d’infirmer ce point.
9La campagne a également permis d’explorer deux puits situés dans le secteur des entrepôts, en collaboration avec Jean-Marc Féménias (Archéopuits) et Pascal Rieunier (Ville de Rezé), dont les 245 carporestes ont été étudiés par Elsa Neveu (doctorante, université de Nantes).
10De manière générale, les données chronologiques disponibles paraissent confirmer l’abandon du quartier des entrepôts vers le milieu du iiie s. de notre ère. En revanche, les abords de la chapelle s’individualisent par une poursuite de l’occupation dont l’établissement de la chronologie sera l’un des enjeux des fouilles à venir. Plusieurs constructions, non encore datées, sont ainsi établies dans ce secteur, dont certaines trouvent des prolongements sous les bâtiments encore en élévation de la chapelle et de ses abords. Il y a là, sans aucun doute, l’opportunité de reprendre et d’abonder le dossier de l’occupation du prieuré aux époques médiévale et moderne. En parallèle, le cimetière environnant présente une importante densité de sépultures, qui s’étagent vraisemblablement entre la fin de l’Antiquité et les débuts de l’Époque moderne. Les premiers résultats de l’étude anthropologique, associés à ceux des années antérieures, montrent la diversité des contenants, l’existence possible d’un secteur pour l’inhumation préférentielle des enfants sur le flanc ouest de la chapelle et livrent quelques informations sur l’état sanitaire des individus. Mais, là encore, la chronologie devra être affinée en recourant à des datations 14C.
Perspectives 2011
11La campagne 2011 aura pour objectif principal la poursuite de la fouille des espaces déjà ouverts.
12La première, au nord, visera à explorer l’avant de la terrasse portuaire de manière à reconnaître la rive de la Loire et les éventuels aménagements associés ; elle permettra aussi de dégager frontalement la façade de la terrasse et d’en observer plus nettement la configuration.
13La fouille des puits, dont on espère qu’elle finira par livrer des informations sur les produits ayant transité par les entrepôts, sera poursuivie (Jean-Marc Féménias, Archéopuits).
14Par ailleurs, les bois remarquablement conservés de la terrasse portuaire seront en partie prélevés, en lien avec le laboratoire Dendrotech et ce à des fins d’analyse xylologique et dendrochronologique. De même, l’analyse anthracologique des bois de feu (Dominique Marguerie, UMR 6566 CReAAH) et l’étude de la faune (Aurélia Borvon, école vétérinaire) seront engagées. Enfin, une quinzaine d’inhumations seront choisies pour réaliser des dates 14C, seul moyen d’établir la chronologie de l’espace cimétérial.
Fig. 2 – Plan général des vestiges mis au jour en zone 4, secteur 14 : aménagements de berge
DAO : J. Mouchard (université de Nantes).
Fig. 3 – Vue générale de la terrasse portuaire
Photographie prise du nord en nacelle. Au premier plan : des vestiges de cette terrasse fermée de pieux, de planches et de plots en schiste en façade, en arrière de laquelle s’organisent des caissons suggérés par les négatifs de poutres qui s’entrecroisent. Au second plan : un autre aménagement de berge postérieur, de même orientation, mais proposant un tout autre mode de construction, au moyen de blocs monolithes.
Cliché : O. de Peretti (Ville de Rezé).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan cumulé des vestiges mis au jour |
| Crédits | DAO : J. Mouchard (université de Nantes). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32985/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 276k |
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| Titre | Fig. 2 – Plan général des vestiges mis au jour en zone 4, secteur 14 : aménagements de berge |
| Crédits | DAO : J. Mouchard (université de Nantes). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32985/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 332k |
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| Titre | Fig. 3 – Vue générale de la terrasse portuaire |
| Légende | Photographie prise du nord en nacelle. Au premier plan : des vestiges de cette terrasse fermée de pieux, de planches et de plots en schiste en façade, en arrière de laquelle s’organisent des caissons suggérés par les négatifs de poutres qui s’entrecroisent. Au second plan : un autre aménagement de berge postérieur, de même orientation, mais proposant un tout autre mode de construction, au moyen de blocs monolithes. |
| Crédits | Cliché : O. de Peretti (Ville de Rezé). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32985/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 343k |
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| Titre | Fig. 4 – Localisation des deux puits explorés en 2010 |
| Crédits | DAO : équpe de fouille. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/32985/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 352k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Ophélie de Peretti, Rémy Arthuis, David Guitton, Yves Henigfeld, Martial Monteil et Jimmy Mouchard, « Rezé – Saint-Lupien » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Pays de la Loire, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/32985
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