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Année de l'opération :
2016Chronologie :
Préhistoire, Néolithique, Protohistoire, âge du Bronze, âge du Fer, Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, époque médiévale, Haut Moyen Âge, époque moderne, époque contemporaineNature de l'opération :
fouille préventiveTexte intégral
1Située sur la commune d’Orconte, au lieu-dit les Garceaux, dans le Perthois, en Champagne humide, à environ 12 km au nord-ouest de Saint-Dizier et 15 km au sud-est de Vitry-le-François, la fouille archéologique d’Orconte, les Garceaux, fait suite aux résultats d’un diagnostic réalisé dans le cadre d’un projet d’exploitation de granulats dans la plaine alluviale de la Marne (Heppe 2014). Le site, implanté sur des alluvions anciennes de la Marne, à une altitude moyenne de 122 m, a été fouillé sur 3,6 ha sous la forme de deux décapages (zones 2 et 3) respectivement de 1,2 ha et 3,4 ha. Il est traversé par un paléochenal et une zone d’inondation qui ont justifié une étude géomorphologique et géoarchéologique en lien avec les vestiges archéologiques mis au jour sur le reste de l’emprise.
2Cette étude a permis de documenter l’évolution géomorphologique du cours de la Marne, d’identifier deux différentes nappes alluviales anciennes, la formation d’un paléosol holocène et les modifications climato-anthropiques de la seconde moitié de l’Holocène. L’anthropisation du milieu s’est traduite par une érosion du sol forestier et une déstabilisation des versants favorisées par une dégradation climatique marquée par des crues importantes limitant les implantations humaines. Ce secteur est réoccupé au début du Subatlantique conduisant certainement à une anthropisation croissante qui, combinée aux phases érosives holocènes, et, lors des périodes récentes, au développement de l’agriculture mécanisée, a favorisé l’érosion, voire la disparition des vestiges archéologiques les moins fondés.
3Les premiers témoins d’occupation remontent au Néolithique ancien mais ne sont pas aisément identifiables. Rares et ténus, ils se limitent à la présence de mobilier épars retrouvé sur les argiles de débordement et à trois groupes de fosses concentrés le long de la limite nord-ouest de l’emprise de décapage archéologique de la zone 3. Creusées dans des limons argileux, elles sont interprétées comme de possibles fosses latérales de bâtiment bien qu’aucune trace d’aménagement sur poteau n’ait pu être décelée. Les sondages pratiqués dans les limons ont permis d’identifier un paléosol, recoupé par les vestiges protohistoriques, sur lequel des analyses micromorphologiques suggèrent une mise en culture du secteur suivie d’une reprise de la végétation à une époque que nous n’avons pas été en mesure de déterminer. Le corpus céramique (des vases à bord rentrant et à inflexion, des bouteilles et des coupes) renvoie clairement à une occupation domestique. Les caractères décoratifs permettent de l’attribuer au Rubané récent du Bassin de la Seine. L’ensemble renvoie au corpus de référence de Juvigny et met en lumière des affinités culturelles avec celle de la moyenne Moselle et de Basse-Alsace. L’industrie lithique, peu abondante, en silex essentiellement régional bien que certaines pièces puissent être en roche extrarégionale, correspond à un outillage courant compatible avec la présence d’un habitat. L’analyse typologique corrobore l’attribution de ce mobilier au Néolithique ancien. La faune atteste la présence de bœuf, de porc, de caprinés, avec une prédominance de ces derniers. La faune sauvage est peu représentée.
4Après un hiatus de près de 4 000 ans, le secteur est de nouveau occupé au Hallstatt ancien. Localisés dans l’angle nord-ouest de la zone 3, les vestiges témoignant de cette nouvelle implantation humaine se limitent à deux fosses d’extraction et une plus petite, de fonction indéterminée. Le corpus céramique, en grande partie issu d’une seule structure, comprend des vases tronconiques simples ubiquistes, des vases à profil arrondi et bord en léger méplat, comparables à certaines productions du Hallstatt C1, et des écuelles tronconiques à lèvre à méplat interne. Plusieurs formes hautes à bord sortant présentent une frise d’impressions et d’incisions à la liaison bord/panse comparable à des exemplaires de la fin du Bronze final et du début du Hallstatt.
5Suivant un second hiatus, le site paraît de nouveau occupé à La Tène A dont la présence n’est perceptible qu’à travers le mobilier céramique découvert en position secondaire. Mais c’est dans le courant de La Tène B, malgré les incertitudes chronologiques liées aux difficultés de préciser finement la datation du mobilier céramique, que l’occupation prend tout son essor pour finalement ne plus laisser de trace au-delà de La Tène C1. Elle se révèle par des constructions sur poteaux, implantées de part et d’autre du paléo-chenal, sur des éminences topographiques naturelles garantissant une certaine protection aux inondations, des fosses, des puits assez nombreux et majoritairement creusés dans un paléochenal partiellement comblé et asséché. La découverte de scories signale une activité métallurgique d’importance limitée. La répartition des vestiges suggère deux ensembles bien distincts. L’un au nord, se développant de part et d’autre du paléo-chenal, caractérisé par les bâtiments, les fosses, les puits, le mobilier métallique (scorie et fibules) et une faune plus abondante ; cette entité pourrait correspondre à l’habitat proprement dit. Et un second, concentré au sud de la zone 2, qui est séparé du premier par une bande vide de vestiges archéologiques. Ce deuxième pôle d’occupation pourrait être délimité par une palissade, l’identification de cette dernière étant discutable. Bien que nous ne soyons pas en mesure d’estimer les éventuelles extensions de l’occupation au nord et à l’ouest, son développement vers le sud est par contre démontré par les résultats du diagnostic, la forme de l’habitat s’apparenterait à un établissement agro-pastoral, ouvert, peu dense et aux vestiges répartis d’une manière lâche, quoique contraints par les zones humides. Les deux groupes de vestiges peuvent correspondre à des aires spécialisées ou à un déplacement de l’occupation, l’absence de phasage suffisamment fin du mobilier céramique ne permet pas de se prononcer.
6Résolument tourné vers une activité agricole vivrière, l’élevage du bœuf semble prédominer. Le cheval, les caprinés et le porc sont également présents. L’économie végétale repose principalement sur les céréales vêtues, telles que l’orge vêtue, l’engrain et l’amidonnier. Les blés nus ne semblent jouer qu’un rôle secondaire. Les principales céréales découvertes sont des céréales d’hiver. Ces espèces témoignent bien entendu des zones anthropisées, des zones de mises en culture mais également de prés humides voire inondés. Ce biotope d’environnement humide se retrouve dans l’étude des fragments de bois découverts dans les puits, qui indiquent un environnement de sols détrempés. Toutefois, l’analyse xylologique signale également des milieux ouverts de type taillis, lisières ou haies et sans doute forestiers.
7Le site semble abandonné, ou se déplace, au début de La Tène moyenne.
8Quelques tessons altérés de céramique, découverts en position résiduelle ou piégés dans les colluvions comblant le paléochenal, attestent d’une fréquentation aux périodes antiques, alto-médiévale et médiévale. Le mobilier céramique antique comprend un fragment de sigillée de type Argonne, typique du Bas-Empire. Le mobilier alto-médiéval est regroupé en deux étapes, celui de la fin du ve s. à la première moitié du vie s. et celui de la seconde moitié du vie s. au début/première moitié du viie s. Par ailleurs, des restes osseux humains mis au jour dans le comblement du paléochenal sont datés au radiocarbone du xie-xiie s. Il s’agirait d’une sépulture creusée dans le paléochenal, à l’écart de toute habitation. Retrouvés de manière résiduelle et éparse, ces éléments ne permettent pas de conclure sur la nature de la fréquentation du secteur à ces périodes.
9Aux périodes moderne et contemporaine, le secteur se montre relativement abandonné aux seuls axes routiers, qui par ailleurs figurent sur les cartes du xixe s., et aux pratiques agrestes. Pour cette période, le site a livré une dizaine de fossés, des fosses de plantation liées au réseau viaire, et des limites parcellaires. La carte d’état-major montre un environnement encore très humide comme en témoigne la présence de certaines mares.
10Malgré une lecture difficile du terrain, de nombreux faits érodés, dont la nature ou la fonction n’a pas toujours pu être déterminée ainsi que des incertitudes chronologiques, le site d’Orconte, les Garceaux, apporte, dans un secteur du Perthois relativement bien documenté, quelques données supplémentaires à une réflexion qui concoure à s’interroger, sur une longue période de temps, sur les modes d’occupation de l’espace, leur rythme et leur dynamique. Travaux déjà bien dynamisés par les différents PCR qui ont été mis en place en Champagne-Ardenne.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général |
| Crédits | Relevés topographiques : D. Duda, P. Huard ;DAO : F. Démol, E. Frénée (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/33407/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 395k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Éric Frénée, « Orconte – Les Garceaux » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Grand Est, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/33407
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