Metz – 2 rue du Haut Poirier, nouvel accueil du musée
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Année de l'opération :
2016Chronologie :
Protohistoire, âge du Fer, Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, époque médiévale, époque moderne, époque contemporaineNature de l'opération :
fouille préventiveTexte intégral
1La fouille s’est déroulée dans le périmètre interne de la Chapelle des Petits-Carmes à Metz sur une surface de 300 m2 environ. L’espace intérieur de l’édifice doit en effet être profondément transformé en vue d’accueillir la nouvelle entrée du Musée de la Cour d’Or. Cette restructuration de la Chapelle a été précédée par une opération archéologique réalisée en deux temps au niveau du rez-de-chaussée bas (nef, chapelles latérales et chœur) et du rez-de-chaussée haut (chœur).
2L’opération a livré des vestiges se rapportant à quatre périodes : la Protohistoire, l’Antiquité, le Moyen Âge et l’Époque moderne. L’état de conservation était très inégal selon la localisation des vestiges au sein de l’emprise. Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. D’une part, des travaux de terrassement important qui ont été réalisés durant l’Annexion au début du xxe s. ont fortement endommagé la stratigraphie en rabaissant le terrain jusqu’au niveau des sols du Haut-Empire. Le haut et le bas Moyen Âge n’étaient ainsi représentés que par des grandes structures enterrées (cave, fosse, latrines, etc.). D’autre part, les structures protohistoriques et romaines sont plus nombreuses au centre de la nef et sous le chœur car le bâti médiéval était particulièrement dense le long des rues du Haut Poirier et de Chèvremont. La construction des caves et des latrines a porté préjudice aux niveaux d’occupation antérieurs.
3L’emprise, qui est située sur le versant nord-ouest de la colline de Sainte-Croix, a naturellement livré quelques traces de l’oppidum gaulois des Médiomatriques. Environ quatre-vingts structures ont été dégagées principalement au nord de la nef. Les fosses sont nombreuses et plusieurs recoupements sont observables. Elles sont entourées d’une dizaine de foyers avec des soles de galet ou d’argile rapportée qui s’intègrent dans un semis assez resserré de trous de poteau et de piquet. Aucune organisation n’est perceptible et l’on ne peut pas dresser de plan de bâtiment sur poteaux porteurs. Toutefois, une excavation de 6 m2 au minimum est en phase avec plusieurs trous de poteau. Le plan et le profil évoquent peut-être une structure d’habitat semi-enterrée. La présence de fins niveaux de sols charbonneux à l’intérieur de la fosse principale va dans le sens de cette hypothèse qui est renforcée par les études de mobilier, principalement celle de la faune qui met en lumière des reliefs de repas. Les structures les plus anciennes datent au minimum du milieu du ier s. av. n. è. Certaines, comme la structure d’habitat évoquée ci-dessus, sont occupées sur la longue durée, au moins jusqu’au début du Principat.
4À compter du début du règne d’Auguste, la structure d’habitat est transformée avec la mise en place de murs au sud-ouest et sud-est. Il n’est pas possible de juger de l’ensemble de la structure qui est lacunaire. Les blocs de calcaire de différentes tailles sont assemblés avec de l’argile crue et des sols en terre battue sont installés. Une grande structure de combustion jouxtant la paroi a livré plusieurs fragments jointifs d’un creuset attestant une activité métallurgique, sur place ou à proximité. Plusieurs pièces d’habitat associant sols en terre battue, foyers circulaires et cloisons d’adobe sur sablières basses ont été documentées au nord en suivant la même trame. Ces constructions semblent détruites lors de la mise en place d’un mur et d’une pièce de plan carré soigneusement maçonnée. À cette époque, d’autres constructions sur fondation en pierre sont installées. Deux tronçons de murs ont été mis au jour dans les chapelles latérales avec une orientation est similaire. Un système de récupération des eaux est également mis en place en bordure occidentale de l’îlot, le long de l’actuelle rue de Chèvremont. Un véritable changement intervient ensuite avec la construction d’un robuste mur et d’une possible voie dans la partie orientale de l’emprise. Ces deux structures, qui ont une orientation différente des autres, pourraient appartenir aux thermes du musée dégagés à partir de 1932 et dont les résultats ont été relatés par René Jolin. Chronologiquement, les vestiges de l’Époque romaine couvrent les ier et iie s. de n. è. Les bâtiments sur sablières remontent à la première moitié du ier s. de n. è., les premières constructions maçonnées sont datées de la fin du ier s. ou du début du iie s. de n. è. sur la base des décors muraux. Enfin, le mur qui se rattacherait au complexe thermal pourrait dater du iie s. de n. è. mais cette datation n’est pas assurée.
5Des grandes fosses circulaires d’1,5 m de diamètre pour 2 m de profondeur ont été comblées entre le xe et le xie s. avec du mobilier en céramique et des déchets dometiques. La fonction initiale de ces creusements n’est pas déterminée.
6Entre le xiiie et le xve s., plusieurs habitations ont été implantées. Les principaux vestiges étaient des sols de caves et des latrines. Ces contextes ont livré une importante quantité de céramiques du bas Moyen Âge. Les comblements de latrines constituent les ensembles les plus remarquables puisqu’ils ont respectivement livré 152 et 65 individus, dont une majorité de profils complets. Ils renferment ainsi des vases en grès (pichets, tasses, gobelets, couvercles), des récipients non tournés à inclusions de calcaire (pots, cruches, terrines, couvre-feux), des céramiques glaçurées dont plusieurs « très décorée » produits dans les ateliers du Pontiffroy (pichets, tripodes, jattes), des vases non glaçurés (pots, cruches, jattes) et quelques pots en céramique grise cannelée de Strasbourg. Ces assemblages illustrent donc un faciès domestique (vaisselle de table, batterie de cuisine, pots pour la conservation et la préparation des aliments) auxquels s’ajoutent plusieurs carreaux de poêle, des tirelires, des fusaïoles et une grande quantité de petites billes en terre cuite. Les résultats préliminaires de l’étude des macrorestes minéralisés traduisent par ailleurs une alimentation végétale diversifiée mais assez commune. Les comblements renfermaient une grande quantité de restes fauniques qui permettront de conduire une réflexion sur les habitudes alimentaires dans le quartier. Au fond d’une cave, la présence de plusieurs déchets de fabrication d’objets en matière dure animale est sans doute à mettre en relation avec une activité pratiquée dans le quartier. Deux pièces de jeu d’échec, sculptées dans des bois de cervidé, un moule à méreau et un cadran solaire portatif constituent les découvertes remarquables pour cette période.
7Les grandes structures semblaient avoir été condamnées durant le xvie s. Entre 1670 et 1675, la Chapelle des Petits-Carmes est édifiée par l’architecte Giovanni Betto. Une partie des soubassements de l’édifice a pu être documentée ainsi qu’un local enterré situé à l’avant du chœur. Par ailleurs, le suivi des travaux au rez-de-chaussée haut a permis de dégager les fondations du sanctuaire et de mettre en évidence le négatif du maître-autel. Ayant perdu son affectation religieuse à la Révolution, le monument a été transformé en bibliothèque municipale en 1807. Près d’un siècle plus tard, sous l’Annexion, les sols ont été décaissés pour aménager des salles de dépôt en sous-sol, destinées au rangement des archives. À cette occasion, de nombreux ossements ont été découverts, vraisemblablement ceux des religieux ainsi que de bienfaiteurs du couvent, qui ont été réenterrés dans quatre grandes fosses dans les sous-sols (article du Courrier de Metz du 26 février 1907). Ces fosses communes excavées dans les chapelles latérales et à l’entrée pour regrouper les sujets inhumés ont été prélevés et réenfouis à nouveau au cimetière de l’Est.
Fig. 1 – Plans de masse de la fouille par période chronologique
DAO : G. Brkojewitsch (Metz Métropole), A. Rémigy.
Fig. 3 – Vue d’une cave romaine de la fin du ier s. de n. è.
Cliché : G. Brkojewitsch (Metz Métropole).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plans de masse de la fouille par période chronologique |
| Crédits | DAO : G. Brkojewitsch (Metz Métropole), A. Rémigy. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/33826/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 683k |
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| Titre | Fig. 2 – Vue générale de la fouille de la Chapelle des Petits-Carmes à Metz |
| Crédits | Cliché : L. Kieffer. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/33826/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 466k |
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| Titre | Fig. 3 – Vue d’une cave romaine de la fin du ier s. de n. è. |
| Crédits | Cliché : G. Brkojewitsch (Metz Métropole). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/33826/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 924k |
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| Titre | Fig. 4 – Vue zénithale du sanctuaire de la Chapelle des Petits-Carmes |
| Crédits | Cliché : G. Brkojewitsch (Metz Métropole). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/33826/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 932k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Gaël Brkojewitsch, « Metz – 2 rue du Haut Poirier, nouvel accueil du musée » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Grand Est, mis en ligne le 01 septembre 2019, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/33826
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