Cornec T. 2017 : La Réunion, Saint-Pierre, Grands-Bois, rue du général De Gaulle, rapport de diagnostic archéologique, 2017. Inrap GSO , 85 p.
Saint-Pierre – Hôpital de l’usine sucrière Choppy à Grand Bois
Texte intégral
- 22 Bibliographie sommaire : Géraud 1995 ; Le Terrier 1998 ; Le Terrier 2016.
1Le quartier de Grand Bois se trouve le long du littoral, au sud de la commune de Saint-Pierre. Il abrite l’usine sucrière Choppy, fondée dans le premier quart du xixe s.22 Parmi les attributs de cet établissement, un hôpital, conservé à l’état de ruine, est mentionné pour la première fois à la fin des années 1850 et utilisé jusque dans les années 1930 ou 1940. Seules les élévations du bâtiment principal, une cour abritant des annexes et des vestiges de murs de clôtures sont actuellement conservés près du littoral, au sud de la route nationale RN2.
- 23 Équipe de terrain et de post-fouille : Thierry Cornec, Morgane Legros (étude des mobiliers) et Fréd (...)
2En 2017, un diagnostic a été prescrit dans ce secteur, en amont d’un projet immobilier. Cette opération, réalisée par l’Inrap entre mai et juin (Cornec 2017), a permis d’étudier les vestiges encore en élévation et leur environnement proche (fig. 1), de les comparer avec des hôpitaux d’autres habitations et de les confronter aux résultats d’une enquête orale auprès des riverains23.
3Quelques rares établissements de ce type, pour certains encore en élévation, ont pu être étudiés à La Réunion, comme par exemple au Gol à Saint-Louis et au Chaudron à Saint-Denis, ainsi qu’à Villèle et Bruniquel sur la commune de Saint-Paul. Certaines constantes architecturales et organisationnelles ressortent à l’observation de ces différents hôpitaux. Les bâtiments sont maçonnés, cloisonnés, accompagnés d’annexes et de cours et ils sont proches de l’usine. Celui de Grand Bois reste dans cette norme, mais il apparaît d’un bien plus petit module (93 m2) que les autres, dont les superficies approchent et parfois dépassent les 200 m2.
4L’édifice principal (bâtiment 1), forme un rectangle allongé, orienté nord-ouest – sud-est. Il est parallèle au trait côtier et suit la trame parcellaire actuelle. D’une longueur de 17,4 m et d’une largeur de 6,6 m, il est conservé sur une hauteur de 4,30 m (fig. 2).
5Ses maçonneries sont composées de moellons de basalte à l’appareil irrégulier et polygonal, souvent réglés et enduit à l’intérieur. Elles sont percées de 18 ouvertures, à l’exception du pignon ouest (fig. 3). Les deux façades sont agrémentées de trois baies hautes en plein cintre, régulièrement disposées. Chacune d’elles comprend également une porte centrale, en vis à vis l’une de l’autre. Une troisième entrée est aménagée dans le pignon oriental. Les autres ouvertures, des fenêtres, sont de tailles différentes et irrégulièrement placées dans les deux façades et le pignon est. Leurs emplacements suivent la séparation de l’espace intérieur. Quelques reprises mineures ont été notées, comme par exemple le percement, a posteriori, de la porte O5 et le rétrécissement de la fenêtre O14.
Fig. 3 – Relevés photographiques des façades nord et sud du bâtiment 1
Clichés et DAO : T. Cornec (Inrap) ; relevés : Outre-mer topographie.
6La distribution à l’intérieur du bâtiment principal est aussi marquée par les différents traitements des sols, dallages en carreaux de basalte ou de terre cuite, et par des traces de cloisonnement (fig. 4 et 5). Ainsi se dessinent un corridor étroit à l’est, un espace central de distribution et une pièce unique à l’ouest, soit des chambrées séparées par un couloir et une salle de soin (fig. 6).
Fig. 4 – Vue du cloisonnement de l’espace, visible au sol, à l’intérieur du bâtiment 1
Cliché : T. Cornec (Inrap).
Fig. 5 – Vue du cloisonnement de l’espace, visible au sol, à l’intérieur du bâtiment 1
Cliché : T. Cornec (Inrap).
7Le bâtiment principal donne accès à une cour fermée par de hauts murs, au sud. Dans son angle est, un petit édifice de 2,50 m sur 2,42 m de côtés, une chambre mortuaire, s’adosse à la façade du bâtiment et ouvre vers l’extérieur (bâtiment 2). Outre des latrines, cette cour abrite également un probable incinérateur. Cette cuve maçonnée, non étanche, est reliée par un conduit, noyé dans une maçonnerie semi-circulaire, à l’une des ouvertures de la pièce réservée aux soins (fig. 7). Il s’agit d’un dispositif inédit à La Réunion, vraisemblablement construit dans les derniers temps de l’utilisation de l’hôpital.
8Au nord, un parcellaire bordé de murs maçonnés encadrait une allée conduisant à une cour semi-circulaire protégeant l’entrée de l’hôpital. La forme de cette cour, aujourd’hui disparue, a pu être déterminée grâce à la description fournie par des riverains et confirmée par un cliché aérien des années 1950.
9La datation du mobilier collecté lors de ce diagnostic reste cohérente avec la période avancée pour l’utilisation de l’hôpital de l’usine, soit sur environ un siècle, entre le milieu du xixe et celui du xxe s. Des éléments reflètent bien sûr l’activité hospitalière, les objets s’y attachant étant découverts, pour la plupart, dans la cour sud, aux abords de l’incinérateur, et dans la cour nord. Des pièces appartenant à des vaisseliers d’importation jalonnent la stratigraphie de sondages, préférentiellement dans les parcelles nord.
10L’étude de cet hôpital, conforme aux normes de construction du xixe s., reste la première effectuée sur ce type d’établissement, conservé en élévation, à La Réunion. En plus de la découverte d’un élément inédit, un incinérateur, cette opération a pu lier archéologie et enquête de proximité, ce qui a sans doute permis de proposer une plus fidèle représentation de cet hôpital d’usine du xixe s.
Notes
22 Bibliographie sommaire : Géraud 1995 ; Le Terrier 1998 ; Le Terrier 2016.
23 Équipe de terrain et de post-fouille : Thierry Cornec, Morgane Legros (étude des mobiliers) et Frédéric Vinolas (mise en page du rapport) ; moyens techniques : STROI Saint-Pierre (mécanisation) et OMT (topographie).
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général des sondages et des vestiges |
| Crédits | DAO : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 276k |
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| Titre | Fig. 2 – Vue de la façade nord du bâtiment 1 |
| Crédits | Cliché : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,0M |
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| Titre | Fig. 3 – Relevés photographiques des façades nord et sud du bâtiment 1 |
| Crédits | Clichés et DAO : T. Cornec (Inrap) ; relevés : Outre-mer topographie. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 712k |
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| Titre | Fig. 4 – Vue du cloisonnement de l’espace, visible au sol, à l’intérieur du bâtiment 1 |
| Crédits | Cliché : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
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| Titre | Fig. 5 – Vue du cloisonnement de l’espace, visible au sol, à l’intérieur du bâtiment 1 |
| Crédits | Cliché : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
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| Titre | Fig. 6 – Plan du bâtiment 1 et de ses annexes |
| Crédits | DAO : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 196k |
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| Titre | Fig. 7 – Vue d’un probable incinérateur dans la cour sud |
| Crédits | Cliché : T. Cornec (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/37448/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,0M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Thierry Cornec, « Saint-Pierre – Hôpital de l’usine sucrière Choppy à Grand Bois » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Océan Indien et TAAF, mis en ligne le 01 septembre 2020, consulté le 22 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/37448
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