- 7 BNF CP GE SH18 PF218 DIV6 P1D : Carte particulière d’une partie de l’îsle de Bourbon depuis la poin (...)
1L’ouverture d’une route destinée à relier Saint-Paul à l’ancien « quartier de Saint-Étienne » (Saint-Louis et Saint-Pierre) a été décidée par Antoine Desforges-Boucher et ordonnée, en juin 1719, sous l’autorité du gouverneur de Beauvollier de Courchant (Lougnon 1956, p. 142). Faisant appel à la corvée, les travaux ont commencé en 1719 et le chemin était praticable jusqu’à Saint-Gilles-les-Hauts au début de l’année 1720 (Hermann 1898, p. 227). Son tracé a sommairement été représenté sur une carte de 17197 (fig. 1). Arrivé sur le quartier actuel de Plateau-Caillou, il se séparait en 2 branches, l’une se dirigeant vers le Bernica et l’autre vers le sud.
Fig. 1 – Extrait d’une carte de 1719 où la route apparaît pour la première fois
BNF CP GE SH18 PF218 DIV6 P1D.
- 8 BNF CP GE SH18e PF218 DIV2 P/19 : Plan de l’Isle de Bourbon par Denis Selhausen. 1793.
- 9 FR ANOM 23DFC 112 bis A : Plan de la ville de Saint-Paul et de ses environs. 1806, F. Chandellier.
2La suite des travaux a permis d’atteindre Saint-Leu en 1736 et Saint-Pierre en 1737 (Maillard 1862, p. 267), pour un tour complet de l’île achevé en 17938. Cette route, alors dénommée « grand chemin », a été parcourue de Saint-Pierre à Saint-Paul par Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent et ses compagnons, le 2 décembre 1801 (Bory de Saint-Vincent 1804, t. III, p. 194-223). Dans son récit de voyage, on apprend que, partis de Saint-Pierre à 7h du matin à cheval, ils sont arrivés à Saint-Paul en début de soirée. La voie y est décrite comme « une grande route assez bien tenue ». Sur un plan de la ville de Saint-Paul et de ses environs dressé en 1806, elle est représentée sous le nom « Chemin de Bernica »9 (fig. 2). On y trouve toujours l’embranchement vers le sud. Cette ancienne voie des hauts, pavée, traversait Plateau Caillou. Elle est restée en usage comme route principale jusqu’au début du xixe s.
Fig. 2 – Localisation de certaines parties conservées du chemin de Bernica, sur un extrait du plan de Chandellier réalisé en 1806
FR ANOM 23DFC 112 bis A.
DAO : P. Brial.
- 10 ADR CP698 : Carte de la baie de Saint-Paul. 1849, Cloué.
- 11 Maillard L. 1852 : Carte de l’Île de La Réunion par Louis Maillard. Paris, éd. Longuet ; ADR CP542 (...)
- 12 IGN 1959 - La Réunion. Carte au 1/50000.
3La route actuelle, correspondant aux rampes de Saint-Paul et à l’avenue Paul-Julius-Bénard, a été ouverte plus à l’ouest entre 1806 et 1845. Sur une carte de la baie de Saint-Paul établie en 184510, ce nouvel itinéraire est représenté et l’ancienne route a disparu. Vraisemblablement désaffectée, elle ne figure plus sur les documents postérieurs11. Elle réapparaît toutefois sur une carte IGN de 1959, avec la symbolique « chemin d’exploitation – laie forestière »12.
4Une prospection pédestre, menée le 6 novembre 2016 par Pierre Brial, a permis de reconnaître plusieurs tronçons de l’ancienne route pavée, en bon état de conservation, entre l’église de Saint-Paul et le lycée Évariste de Parny de Plateau Caillou.
5Le secteur d’investigation se divise en 3 zones géographiques distinctes, du nord au sud (fig. 3). La première portion se trouve entre l’église de Saint-Paul et le bas des rampes, formant une petite ruelle pavée entre des bâtiments anciens, appelée « impasse du pied des Rampes », sur 52 m linéaires. La seconde, rectiligne, se situe sur le plateau couvert de savane, immédiatement au-dessus des rampes. Elle a été observée sur 334 m linéaires. Plusieurs portions, encore utilisées comme allées carrossables ou cheminements piétons, étaient également conservées dans le village de Plateau Caillou, pour un total de 552 m linéaires.
Fig. 3 – Localisation des portions repérées du chemin
DAO : P. Brial ; source IGN.
6Au sud de l’église, l’ancienne voie coïncide avec l’impasse actuelle, dont le pavage est toujours en excellent état (fig. 4). Dans les rampes, elle a presque entièrement été détruite lors de la construction et des aménagements postérieurs de la nouvelle route, mais un petit tronçon demeure toutefois visible entre deux virages (fig. 5). Arrivé sur le plateau de savane en haut des rampes, au sud de la croix et du canal ouvert il y a quelques années, le chemin est parfaitement conservé. De nos jours abandonné, il est réapparu peu avant la prospection, suite à un incendie qui a permis de dégager la végétation qui l’envahissait. Son emprise, d’une largeur moyenne de 4 m, était délimitée par des blocs surélevés (fig. 6). À l’intérieur du village, les portions conservées de l’ancienne route sont généralement en bon état. Certaines sont aménagées en cheminements piétons, en particulier près du lycée, et d’autres sont utilisés comme allées de desserte des habitations, généralement parcourues en voiture (fig. 7). Le linéaire reconnu encore pavé totalise ainsi une longueur de 982 m linéaires.
Fig. 4 – Vue du chemin, dans l’impasse dite « du pied des Rampes »
Cliché : P. Brial.
Fig. 5 – Vue du chemin, entre deux virages des rampes de Plateau Caillou
Cliché : P. Brial.
Fig. 6 – Vue du chemin, au-dessus des rampes de Plateau Caillou
Cliché : P. Brial.
Fig. 7 – Vue d’un tronçon de chemin conservé à l’intérieur du village de Plateau Caillou
Cliché : P. Brial.
7Le chemin de Bernica, vestige de l’ancienne route pavée des hauts, est probablement l’un des plus anciens ouvrages encore visibles sur l’Île de La Réunion. De construction robuste, les portions qui ont subsisté sont en bon état de conservation, malgré le fait qu’elles soient encore pour certaines utilisées comme axes de circulation. En revanche la partie située entre les rampes de Saint-Paul et le village de Plateau Caillou est actuellement à l’abandon et pourrait être mise en valeur lors de l’aménagement du parc Belvédère, projet éco-touristique auquel elle apporterait une dimension patrimoniale certaine.