Chartres – Cathédrale Notre-Dame
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Numéro d’opération :
0608720Chronologie :
époque médiévaleNature de l'opération :
fouille préventiveTexte intégral
1Entre septembre 2010 et février 2012, l’entreprise Archeodunum SAS a été chargée de l’étude archéologique de la façade et des deux travées occidentales de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Chartres (Eure-et-Loir) préalablement à leur restauration.
2Le cahier des charges scientifique fixé par le service régional de l’archéologie de la Drac Centre avait plusieurs objectifs : identifier les différentes phases de construction du massif occidental et d’en établir la chronologie relative ; appréhender l’organisation du chantier et son approvisionnement en matériaux (pierre, bois, métal, chaux, sable…) ; apporter des éléments nouveaux à la connaissance des matériaux et des techniques et à la chronologie, effectuer des prélèvements et le suivi des analyses ultérieures appropriées. Enfin, il s’agissait de comparer les résultats avec des observations effectuées sur d’autres parties de la cathédrale et d’autres édifices de même nature.
3L’opération archéologique a renouvelé la documentation relative aux parties occidentales de la cathédrale de Chartres et a permis de répondre aux objectifs fixés par la prescription.
4On a pu établir la chronologie relative de la construction du massif occidental et en déterminer les différentes étapes au sein des chantiers successifs. Ainsi le clocher nord a été bâti probablement au nord-ouest de la façade de la cathédrale du xie s. avait probablement été prévu pour être bordé sur sa face sud par une sorte de galerie voûtée. Le clocher sud fut réalisé selon un principe très proche pour être relié au clocher nord par une façade. Celle-ci fut construite dans une troisième étape mais selon un projet cohérent avec la tour sud, comme l’indiquent les harpes d’attente dans son contrefort nord alors qu’elle est venue se plaquer contre le contrefort sud de la tour nord, isolée à l’origine. Probablement avait-on pour projet de réaliser un porche, peut-être surmonté par une tribune, mais il reste difficile, en l’état actuel des connaissances, de déterminer s’il a été réalisé ou non. À ces travaux, tous à attribuer au milieu du xiie s., succédèrent les étapes du chantier dans les deux premières décennies du xiiie s. Des piles cantonnées furent tout d’abord accolées à l’est des clochers puis on édifia des supports engagés dans les tours à partir du niveau des corniches, on éleva les parties supérieures sur des encorbellements au-dessus des baies hautes des clochers, on construisit la rose occidentale puis on voûta l’ensemble.
5En deuxième lieu, l’organisation du chantier et son approvisionnement en matériaux ont pu être partiellement appréhendés mais restent encore largement à développer. On a pu constater que la construction du xiie s. avait été bâtie exclusivement en pierre de Berchères pour les parements mais que la répartition des marques lapidaires, totalement absentes sur la façade, était différente entre la tour nord (claveaux des baies supérieures du clocher) et la tour sud (claveaux mais également parement du registre médian). Quant au chantier du xiiie s., il a révélé l’emploi du métal au moins pour les supports engagés – laissés inachevés – montés à partir des corniches des tours ainsi que le recours à un jointoiement au plomb – a priori sans coulée – pour la mise en œuvre de la rose.
6En troisième lieu, l’intervention archéologique a contribué à apporter des éléments nouveaux à la connaissance des techniques. On a pu appréhender de façon très partielle, d’une part, la présence des échafaudages sur la tour nord, où un boulin était encore pris dans le blocage de la maçonnerie. Malheureusement, l’analyse dendrochronologique n’a pas permis de déterminer précisément la date d’abattage mais simplement de fournir deux propositions de fourchette, la première – le second tiers du xiie s. – semblant la plus probable en raison des éléments de contexte historique et stylistique. Le débat reste donc encore largement ouvert. La mise en œuvre du chantier du xiiie s., et notamment l’organisation des échafaudages, d’autre part, a pu être décelée non seulement au travers de la chronologie relative mais aussi par l’analyse des enduits. Véritable cas d’école du point de vue méthodologique, l’étude a permis de conclure que les parties supérieures des deux clochers ont été rhabillées à partir d’échafaudages installés depuis le niveau des corniches des tours alors que le revers de la façade a été totalement échafaudé. Quant au voûtement – et préalablement, le montage de la rose –, il semble avoir été réalisé à partir d’un niveau de plancher situé au niveau supérieur des piles, sans doute dans le but de pouvoir installer des cintres en bois.
7En dernier lieu, la synthèse et notamment les débats autour des datations et du déroulement du chantier ont pu être confrontés avec des observations du même ordre effectuées sur d’autres parties de la cathédrale et sur d’autres édifices de même nature. Ainsi la datation des deux principales campagnes de travaux – le milieu du xiie s. puis le début du xiiie s. – s’inscrivent-elles dans les grandes réalisations de l’époque et montrent l’ambivalence de l’œuvre : à la fois des caractères de nouveauté, probablement soutenus par l’ambition des commanditaires et le faste des moyens à disposition, mais aussi des traits plus traditionnels, illustrant la culture et le savoir-faire des bâtisseurs.
8À l’issue de cette intervention, on doit souligner la nécessité de pouvoir poursuivre l’accompagnement des restaurations de ces grands monuments, sur lesquels l’historiographie prégnante masque en partie le manque de données scientifiques et, en conséquence, la transmission de leur témoignage. À l’échelle de la zone prescrite, la mise en perspective de ces nouveaux résultats avec le montage des portails, leur sculpture et leur iconographie mais également celle des chapiteaux des tours, de la façade et de son revers ainsi que les vitraux et les peintures s’avère nécessaire pour mieux appréhender leur datation et leur signification. Il en va de même des fonctions, encore mal définies, qui ne peuvent passer que par une reprise des fouilles accompagnées par l’étude de bâti des espaces avoisinants (les couloirs de la crypte notamment). À l’échelle de l’édifice, la poursuite des analyses avant restauration apparaît tout aussi importante. Certes, la partie occidentale était sans doute la plus complexe. Toutefois, la possibilité de continuer la couverture topographique et de sérier les données scientifiques relatives au chantier du xiiie s. offrira l’opportunité de mieux définir la part des contraintes liées aux constructions antérieures et les principes constructifs gothiques – notamment l’emploi du métal ou encore celui des bois (encore largement présents, par exemple, dans le déambulatoire qui a été malheureusement restauré sans suivi archéologique) – et de les confronter avec les résultats issus de l’opération réalisée en 2010-2012.
Pour citer cet article
Référence électronique
Pierre Martin, « Chartres – Cathédrale Notre-Dame » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 09 septembre 2020, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/37861
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