Nantes – Château des Ducs de Bretagne : tour des Jacobins
Texte intégral
1Cette intervention s’inscrit dans le cadre d’une étude programmée par le Service régional de l’archéologie et la conservation régionale des Monuments historiques qui prévoit la restauration et la réhabilitation de la tour des Jacobins. Le secteur étudié concerne trois espaces, qui forment, sur la façade ouest du château, l’articulation entre les corps du Grand Gouvernement et du Grand Logis. Du point de vue chronologique, ce périmètre constitue un secteur charnière où se superposent plusieurs entités architecturales, témoins de l’évolution complexe de l’édifice. Trois études ont été menées en parallèle.
L’étude documentaire
2Un catalogue informatisé recense désormais tous les documents relatifs à cette partie du château (manuscrits, plans, gravures, clichés ...).
3L’étude des élévations : elle s’appuie sur un relevé graphique de douze parois murales (environ 900 m2), réalisé au 1/20e d’après photographies redressées. L’analyse des relations architecturales inscrites dans ces élévations a permis de définir l’évolution chronologique du bâti et de proposer une restitution des espaces intérieurs initiaux.
La fouille
4Le dégagement de deux salles basses du xve s., comblées depuis le xviie s., a été complété par des sondages ponctuels destinés à observer l’organisation stratigraphique des niveaux les plus anciens du site.
5La méthode d’analyse et d’interprétation des élévations a été calquée sur celle généralement appliquée à l’étude des sédiments, à savoir une lecture de l’organisation « stratigraphique » des faits. Ainsi, sur un même document, sont présentées, en chronologie relative, les évolutions du bâti et des niveaux archéologiques qui lui sont associés. Les données documentaires, ou encore les éléments du mobilier archéologique permettent ensuite de proposer une datation absolue pour chacune des phases d’occupation.
6L’objectif principal de ces recherches était de mettre en évidence les modifications qui ont affecté l’édifice, de les organiser, de les justifier, voire de les dater. Cet essai de synthèse historique résulte d’analyses détaillées qui concernent différents thèmes et périodes. Parmi les résultats les plus significatifs, on peut citer, par époque :
L’Antiquité
7L’occupation la plus ancienne est attestée par des niveaux du Haut-Empire préservés sous une cour intérieure, du fait de l’absence exceptionnelle de salle basse à cet emplacement. Le rempart de ville du Bas-Empire, réemployé en soubassement de la tour des Jacobins, a été observé sur toute sa largeur (4,20 m) et sur plus de 3 m d’élévation. L’axe du mur antique suit un tracé plus septentrional que celui jusqu’à ce jour restitué ; la jonction avec la section observée sous la place du Bouffay reste donc à redéfinir.
Le Moyen Âge
8La façade ouest de la fortification construite par François II à partir de 1466 vient se greffer sur un bâtiment antérieur dont la salle basse est conservée sous le Grand Logis. L’hypothèse d’une extension occidentale du premier Chastel de la tour Neuve peut être retenue. La mise au jour de cinq casemates, aménagées dans la salle basse de la tour des Jacobins et dans la salle connexe, confirme la datation de la tour. La forme des embrasures de fenêtre et la présence de poutres de calage déterminent effectivement l’usage d’une artillerie à tube fixe et à tir frontal caractéristique de la seconde moitié du xve s. Le fait que l’architecture intérieure de ces chambres de tir n’ait subi aucune modification ou adaptation, à une période où les techniques d’artillerie évoluent rapidement, permet de conclure à un abandon du rôle défensif de la tour vers la fin du xvie s.
L’Époque moderne
9De la fin du xvie s. au début du xxe s., les trois espaces sont successivement aménagés par les militaires en cellules de détention, salles de garnison, cour de boucherie, cuisine de caserne, jusqu’à leur abandon au début de ce siècle. C’est au début du xviie s. que le bâtiment situé à l’arrière de la tour est entièrement détruit et son sous-sol comblé ; l’accès aux étages des constructions voisines se fait alors par un système de galerie.
10Ce type d’intervention, mené en préalable à des travaux de réhabilitation architecturale, devrait être pratiqué de façon systématique sur les bâtiments à caractère historique. La démarche archéologique appliquée au bâti permet en effet d’obtenir un document détaillé (relevé des structures, analyse descriptive et mise en phase) directement utilisable par l’Architecte en chef des Monuments historiques pour l’élaboration d’un projet de restauration qui devra nécessairement prendre en compte les métamorphoses successives de l’édifice. D’autre part, l’étude archéologique (des sédiments, des constructions, des sources documentaires) fournit de nouvelles données qui contribuent à compléter l’histoire même du monument.
11De plus en plus d’expériences montrent aujourd’hui que le bâti doit être considéré à part entière comme une source potentielle d’informations archéologiques. De ce fait, le décryptage du patrimoine architectural nécessite la mise en œuvre de méthodes d’analyse tout aussi rigoureuses que celles généralement appliquées à la lecture des sous-sols.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Élévations sud et ouest du bâtiment détruit |
| Crédits | Relevé : A. Potiron, Y. Mestrallet. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/38151/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,9M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Frédéric Mercier, « Nantes – Château des Ducs de Bretagne : tour des Jacobins » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Pays de la Loire, mis en ligne le 08 novembre 2020, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/38151
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