Résultats significatifs en Franche-Comté pour l’année 2001
Plan
Haut de pageTexte intégral
Préhistoire et Protohistoire
Néolithique
1À Doucier (Jura), sur la rive occidentale du lac de Chalain, P. Pétrequin (CNRS) a poursuivi la fouille de la station no 19, village occupé à deux reprises à la fin du IVe millénaire av. J.-C. Cette troisième campagne de travaux a porté plus particulièrement sur l’étude d’un chemin de planches et de rondins qui reliait le village à la terre ferme. Cette structure a été dégagée sur une longueur de 115 m et l’étude dendrochronologique indique qu’elle résulte d’une édification en plusieurs phases situées durant le 32e et le début du 30e s. av. J.-C. Perpendiculairement à ce chemin, au delà de la palissade principale, deux structures transversales sont interprétées comme des systèmes défensifs complémentaires.
2À Clairvaux-les-Lacs (Jura), P. Pétrequin a effectué une opération d’évaluation globale du patrimoine archéologique du grand lac et du petit lac afin d’assurer une meilleure gestion des zones archéologiques qui sont en cours d’inscription au titre des Monuments Historiques. Dix-huit sites d’habitats stratifiés sont dénombrés et la chronologie représentée couvre trois millénaires (3800 à 800 av. J.-C.). La réalisation de nombreux sondages à la tarière, sur une longueur totale de 4 800 m, accompagnée de la description de 900 m de séquence stratigraphique, a permis de délimiter précisément les gisements, de définir des périmètres de protection et de proposer un zonage de sensibilité archéologique.
32001 a correspondu à la dernière année du programme collectif de recherche que P. Pétrequin et O. Weller consacrent à l’étude des sources salées du massif du Jura. Selon ces deux chercheurs, il ne fait aucun doute que l’exploitation du sel en Franche-Comté est attestée dès le Néolithique moyen II dans les secteurs de Lons-le-Saunier, Salins-les-Bains, Dole (Jura) et Saulnot (Haute-Saône). Ces exploitations, datées de la fin du Ve millénaire av. J.-C., se caractérisaient par une méthode originale consistant à arroser de saumure des bûches incandescentes, puis à récupérer sur le sol les cristallisations de sel et des cendres très fortement salées. Ce procédé de production aurait été poursuivi, sans modification notable, jusqu’à La Tène ancienne.
Âge du Bronze
4Dans la Combe d’Ain, à Crotenay (Jura), dans le cadre d’un diagnostic archéologique préalable à l’extension d’une carrière située en bordure d’une terrasse fluvio-glaciaire, D. Billoin (Inrap) a mis au jour, sur une surface de 350 m2, un ensemble de vingt-six trous de poteaux attribués au Bronze final, correspondant à trois bâtiments orientés sud-ouest – nord-est et à un grenier, délimités au nord par un abrupt naturel et à l’est par un fossé linéaire. Ces découvertes viennent utilement compléter nos connaissances sur les modalités d’occupation de ce secteur, qui, pour cette période, sont surtout documentées par les découvertes faites en grottes ou en domaine lacustre.
Âge du Fer
5À Beffia (Jura), D. Vuaillat (SDA) a procédé à la fouille d’un tumulus hallstattien appartenant à la « Nécropole de Chavéria ». Cet édifice, endommagé par les labours, a livré une tombe centrale à inhumation. Sur le côté droit d’un squelette disposé en décubitus dorsal, était placée une épée en fer de type de Mindelheim. On notera également la découverte d’un bracelet et d’une pointe en fer.
6À Bourguignon-lès-Morey (Haute-Saône), J.-F. Piningre (CNRS) a poursuivi ses recherches programmées sur le camp protohistorique du « Camp des Romains ». À l’issue de cette campagne, la chronologie de l’édification des remparts a été précisée et de très intéressantes observations ont été faites concernant la structuration d’une entrée du camp. Du point de vue chronologique, il apparaît que les deux premières phases de construction du rempart sud peuvent être respectivement attribuées à la fin du Ha D1-Ha D2, puis au Ha D3 ; le rempart de la phase III est plus tardif : édifié sans doute à La Tène ancienne, il est utilisé avec certitude durant La Tène B2-C1. L’intérêt principal de la campagne 2001 réside dans la mise en évidence, à travers le rempart hallstattien, d’une entrée avec un chemin de planches incendié. Pour le Hallstatt, une découverte de ce type est exceptionnelle et ne va pas sans rappeler les observations faites à la Heuneburg (Herbertingen, Bade-Würtemberg).
7À Besançon (Doubs), la fouille préventive des « Remparts dérasés », dirigé par L. Vaxelaire (Afan), a été motivée par un projet de construction de parking souterrain en bordure du Doubs. Sur ce très important chantier urbain, des découvertes fondamentales ont été effectuées qui renouvèlent notre connaissance du site de Besançon durant la période gauloise. Les plus anciennes traces d’occupation sont constituées par quatre sépultures attribuables au début de La Tène moyenne (280-200 av. J.-C.). Vers la fin du iie s. av. J.-C., un murus gallicus à ossature de bois est édifié en bordure de la rivière. Au pied de cette enceinte, la berge, constituée de dépôts de sable et de limons, révèle la présence de vingt-six sépultures datant entre le début du ier s. av. J.-C. et le règne d’Auguste : douze d’entre elles indiquent l’utilisation de cercueil en bois. À l’arrière de l’enceinte, une voie a été mise en évidence ; elle est bordée par des bâtiments en terre et bois, qui abritaient des activités artisanales.
Histoire
Archéologie urbaine
8L’année 2001 est marquée par les activités qui se sont déroulées simultanément dans le chef-lieu de cité antique de Vesontio (Besançon) et l’agglomération d’Epomanduodurum (Mandeure-Mathay).
9Pour la fouille du parking des Remparts dérasés à Besançon (Doubs), les informations relatives aux périodes antérieures à la conquête sont données supra, dans la partie consacrée à la Préhistoire. Moins spectaculaires, les vestiges de l’époque romaine présentent cependant un intérêt certain. À partir du règne d’Auguste, la berge perd ses fonctions défensive et funéraire pour accueillir, en avant de l’ancien rempart gaulois, un quai construit en petits moellons qui poursuit ainsi un lent processus de conquête et de rectification du lit du Doubs.
10Un important projet collectif de recherche (PCR) qui se veut pluridisciplinaire a vu le jour à Mandeure-Mathay (Doubs). L’équipe qui le dirige se propose rien moins que d’étudier la naissance, le développement et la quasi-disparition d’une agglomération antique majeure. Le programme suit deux axes : des études documentaires et thématiques appuyées sur la création d’une banque de données et des opérations de terrain qui visent à fournir une compréhension globale du site replacé dans son contexte environnemental.
11Un bilan des recherches effectuées depuis l’origine sur le théâtre a été dressé. Il comprend, entre autres, l’examen de l’ensemble des fragments d’architecture exhumés à toutes les époques. La même démarche vaut pour le fortin de l’Antiquité tardive dont la construction a consommé nombre de blocs sculptés pris sur les monuments construits antérieurement. Cette fortification, encore mal connue, devient ainsi, indirectement, une source de renseignements sur la parure monumentale d’Epomanduodurum pendant le Haut-Empire et directement sur la place qu’elle occupait pendant les siècles suivants. Si l’on s’en tient au mobilier de toute sorte, il semble qu’elle se soit trouvée au cœur d’un dispositif d’échanges commerciaux particulièrement vigoureux au ive s. À l’inverse, les collections des iiie et ve s. fournissent un matériel moins nombreux et de moindre qualité. Les études géo-archéologiques et paléo-environnementales se sont également concentrées au sud-ouest du site. Elles confirment l’existence d’un paléochenal passant devant le théâtre mais aussi la présence d’une série de bâtiments (temples ?, thermes ?) jouxtant l’ensemble théâtre-sanctuaire qui n’apparaît plus comme un complexe un peu isolé à l’extrémité de l’agglomération, mais comme une partie d’un très vaste ensemble.
12La fouille programmée de l’ancien palais abbatial de Saint-Claude (Jura) s’est poursuivie pour la quatrième année consécutive. Elle concerne principalement deux chapelles funéraires, en particulier celle dite de Claude Venet, ornée de remarquables peintures murales du xve s. dont la mise au jour est achevée. L’équipe s’est attachée à étudier un ensemble d’inhumations en relation avec les chapelles, leur vestibule et le grand cloître semi-enterré, qui se succèdent dans un arc chronologique allant du viiie au xviiie s. Ce type d’étude, qui mêle archéologie du sol et des élévations, est encore très peu pratiqué dans la région.
Archéologie rurale
13Une recherche programmée mettant en œuvre des prospections et des sondages carottés a été amorcée sur le grand sanctuaire antique de Villards-d’Héria (Jura). Jusqu’à présent, les fouilles s’étaient surtout concentrées sur le « site inférieur », implanté dans la vallée de l’Héria sur une résurgence captée. Le « site supérieur », articulé autour du lac d’Antre et cerné de reliefs abrupts, est assez mal connu. La présence effective du lac bien avant l’époque romaine est désormais démontrée, alors que son existence actuelle ne serait pas possible sans barrage artificiel.
14La surveillance des travaux de mise en place de la canalisation d’éthylène qui va de Carling (Moselle) à Viriat (Ain) est à l’origine de la mise au jour sur la commune de Moissey (Jura) d’un atelier de terre cuite antique totalement inconnu jusque-là et exceptionnel à bien des égards. Durant les quatre phases d’existence de l’atelier, un seul four à tuiles est utilisé à chaque fois. Le premier à être mis à feu a la particularité de posséder deux alandiers qui fonctionnaient en opposition en même temps. Maintenues à l’humidité au moins depuis l’abandon des lieux, les aires de chauffe correspondantes ont conservé leurs planchers de bois, ce qui a permis de les dater de la fin de la première moitié du ier s. apr. J.-C. Les fours à poteries installés par la suite sont quant à eux moins bien conservés et leur production est mal caractérisée. Les structures de chauffe s’accompagnent de structures de préparation, notamment des aires dallées en tuiles, rarement retrouvées ailleurs.
15À Moissey, l’étude systématique des tuiles et briques prélevées pendant la fouille est susceptible d’apporter des renseignements inédits sur les types de matériaux de construction en terre cuite.
16Un projet de construction de gymnase a motivé la réalisation de deux diagnostics successifs à Saint-Vit (Doubs), au lieu-dit « Les Champs Perret ». Le premier a eu lieu sur environ 1 ha dans un terrain en pente qui domine la plaine du Doubs. Sur la portion la plus haute, un bâtiment datant vraisemblablement de l’époque gauloise a été identifié. Remarquablement préservé, il possédait encore la base de ses poteaux et ses poutres sablières en place. Un grand édifice, construit pendant le Haut-Empire romain et abandonné entre la fin du iie et le ive s., est situé un peu plus bas dans la pente, sur des terrasses artificielles. Par endroits, la puissance stratigraphique atteint 1,30 m, avec des maçonneries conservées sur 1,20 m de hauteur. Il semble qu’il adopte un plan en U. Les puissants contreforts qui stabilisent l’une des terrasses font penser à un bâtiment public sans qu’on puisse l’affirmer. La décision de déplacer le projet vers l’aval est à l’origine du second diagnostic. Le fait que les vestiges y soient beaucoup plus discrets a permis la construction du gymnase sur ce nouveau terrain. Ce site majeur vient s’ajouter au sanctuaire identifié en 2000 aux « Petites Bussières », fréquenté entre le milieu du ier et le début du ive s., et à la nécropole mérovingienne des « Champs Traversains », fouillée entre 1995 et 2000. L’ensemble fait de Saint-Vit un site majeur au premier millénaire de notre ère.
Pour citer cet article
Référence électronique
Christophe Cupillard et Hervé Laurent, « Résultats significatifs en Franche-Comté pour l’année 2001 », ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Bourgogne-Franche-Comté, mis en ligne le 12 juin 2019, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/43232
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Haut de page

