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2017
37 – Indre-et-Loire

La Roche-Clermault – Centre bourg, église Saint-Martin

Opération préventive de diagnostic (2017)
Responsable d’opération : Isabelle Pichon

Entrées d’index

Année de l'opération :

2017

Numéro d’opération :

0611586

Chronologie :

époque médiévale

Nature de l'opération :

opération de diagnostic
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1Le projet de restauration de l’église Saint-Martin de La Roche-Clermault (Indre-et-Loire), et la mise en place de réseaux d’eau pluviale et de drains à proximité de l’édifice, a conduit le Service régional de l’archéologie à prescrire un diagnostic archéologique. L’église de La Roche-Clermault, dont les parties les plus anciennes remonteraient au xiie s., occupe une position particulière, en dehors du village le long d’un axe antique tandis que le bourg médiéval se développe au nord-est de celle-ci.

2L’opération s’est déroulée du 29 mai au 15 juin 2017, soit onze jours de terrain, mobilisant deux personnes sur le terrain la première semaine et un archéologue du bâti (trois jours) pour les relevés. Un renfort d’équipe et un allongement de la durée de l’opération ont été nécessaires pour gérer les nombreux vestiges découverts, ainsi les deux dernières semaines, l’effectif est passé à trois fouilleurs.

3Le diagnostic s’est déroulé en deux parties : l’ouverture de tranchées sur l’emprise des travaux et un relevé photogrammétrique réalisé par Nicolas Holzem (Inrap). Celui-ci a permis l’analyse des vestiges architecturaux de la façade sud de l’église qui pourra servir d’amorce à une étude du bâti.

4L’opération archéologique autour de l’église Saint-Martin s’est révélée dense en vestiges tant funéraires qu’architecturaux. Ils apparaissent dès 0,55 m sous la surface du sol actuel (42,23 m NGF) au sud de l’église et 0,50 m (41,70 m NGF) au nord. Le substrat a été atteint dans les tranchées 3 et 4. Tranchée 3, il a été observé à 3 m sous le sol actuel (39,43 m NGF), permettant d’évaluer l’épaisseur totale de la couche sépulcrale à 1,90 m. Tranchée 4, il est atteint à 41,40 m NGF.

5Trente-sept vestiges ont été identifiés dont quatorze sépultures avérées, plus quatre supposées sur le secteur 1 (au nord de l’église) et quatre sur le secteur 2 (au sud de l’église). Six murs, deux maçonneries et un massif empierré, deux trous de poteaux, deux sols aménagés, une tranchée de fondation et une fosse ont également été mis au jour sur le secteur 2. Plusieurs éléments attestent une occupation antique à proximité du site : tessons et nombreux fragments de tegulae, parfois d’aspect frais. Cependant, ces différentes découvertes ne permettent pas de la caractériser plus finement.

6Par ailleurs, si on peut supposer l’existence d’un lieu de culte et/ou funéraire antérieur à l’église actuelle, il n’a pas été observé lors de l’opération. En outre, aucun sarcophage n’a été mis au jour lors de l’opération, mais l’intégralité de la séquence funéraire n’a pas été fouillée. Il semble, toutefois, que l’hypothèse d’un premier village déserté autour de l’église, comme celui mis au jour autour du cimetière de Cinais en 1973 (Provost 1988, p. 54), soit à exclure. Ainsi, la question de la position particulière de l’église en dehors du village n’a pas pu être résolue.

7Le diagnostic archéologique a permis de mieux cerner l’emprise funéraire, notamment moderne et contemporaine. Des sépultures ont été observées au nord et au sud de l’église. Bien qu’elles ne soient pas toutes datées, ces tombes indiqueraient qu’au moins à une période donnée, le cimetière devait être présent sur les trois côtés nord, ouest et sud. Il est également possible que le cimetière se soit développé aussi du côté est, comme le montre les sources textuelles (ADIL G835, 1764), derrière le chevet de l’église. Cependant, le décaissement opéré dans cette parcelle, probablement à une date relativement récente, interdit toute prospection dans ce sens. Il est possible que le cimetière paroissial se mette en place dès le xie s., en même temps que l’érection, dans son plan actuel, de l’église. Cette tendance de polarisation autour des nouveaux ensembles ecclésiaux et funéraires s’intensifie, en effet, au cours du xie s., comme le montre Michel Lauwers. Ce mouvement forçant les clercs à forger de nouvelles définitions permettant de concilier les deux dimensions de l’Ecclesia, désormais entendue comme communauté spirituelle englobant la société des chrétiens et les terres des morts. Lieux de culte et espaces funéraires ne forment alors plus qu’un seul et même espace, conduisant ainsi à la sacralisation de la « terre des morts » (Lauwers 2005, p. 13).

8Au sud de l’église, une première construction, qui recouvrirait les inhumations, est mise en place entre le xie et le xiiie s. et témoignerait de la reconfiguration de l’espace sacré avec la reconstruction de l’église et la modification de l’emprise du cimetière. On observe un phénomène similaire en Touraine à Rigny-Ussé (Zadora-Rio, Galinié 2001) et Joué-lès-Tours (Papin et al. 2015), mais aussi sur l’ensemble du territoire (Lauwers 2010 ; Iogna-Prat 2006).

9Autour du xive s., un second édifice parallèle à l’église est érigé. Il pourrait correspondre au presbytère, comme celui retrouvé lors de la fouille de Rigny-Ussé (Zadora-Rio et al. 1992, p. 106-112). Le bâtiment de La RocheClermault, après restitution, atteindrait des dimensions comparables à ce dernier. Le mobilier céramique mis au jour montre une occupation domestique similaire aux sites élitaires urbains ou ruraux de la Touraine (Husi 2015, p. 129) ou l’enclos fossoyé de Vivy Le Perray (Moréra-Vinçotte 2012, p. 206-207). L’effondrement et la reconstruction du clocher au xve s. expliquerait sa destruction et/ou son abandon. Cette parcelle, au sud de l’église, est mise en culture au plus tard au xviie s.

10L’étude du mur gouttereau sud de l’église montre un édifice non figé qui a connu de nombreux remaniements, notamment au xiiie s. avec la destruction de l’absidiole et du bras nord du transept et son remplacement par un clocher achevé au xve s. Sur ce mur, on peut lire les vestiges d’une « chapelle » détruite à la fin du xviiis. probablement lors de la campagne de travaux du caquetoire. Ces différentes reconstructions et restaurations ont fortement modifié cette partie de l’église et complexifié la lecture des vestiges architecturaux.

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Bibliographie

ADIL G835 1764 : Archives du clergé séculier (xe-xviiie siècles). Série G, G.835 (1598-1787).

Husi P. 2015 : Chinon : le site du Fort Saint-Georges, in Husi P. (dir.), La céramique médiévale et moderne dans le Centre-Ouest de la France, transformation des aires culturelles dans la longue durée (6e-19e s.). Rapport d’activité triennal 2013-2015, Orléans, SRA Centre.

Iogna-Prat D. 2006 : La maison Dieu : une histoire monumentale de l’Église au Moyen Âge (v. 800 - v. 1200), Paris, Seuil, 683 p., L’Univers historique.

Lauwers M. 2005 : Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval, Paris, Aubrier, Collection historique.

Lauwers M. 2010 : Circuit, cimetière, paroisse A propos de l’ancrage ecclésial des sites d’habitat (ixe-xiiie siècle), in Yante J.-M., Bultot-Verleysen A.-M. (éd.), Autour du village: établissements humains, finages et communautés rurales entre Seine et Rhin (ive-xiiie siècles) : actes du colloque international Louvain-la-Neuve, 16-17 mai 2003, Turnhout : Brepols, coll. « Publications de l’Institut d’études médiévales ».

Moréra-Vinçotte I. 2012 : Premières synthèses sur les productions céramiques de sites de consommation en milieu rural en Pays de la Loire du ve au xve siècle, in Valais A., L’habitat rural au Moyen Âge dans le nord-ouest de la France, Tome 1 : Les synthèses, p. 177-224.

Provost M. 1988 : L’Indre-et-Loire, Paris : Académie des inscriptions et belles-lettres, CAG 37.

Zadora-Rio E., Galinié H., Baron M.-C., Husi P., Jouquand A.-M., Martineau M.-C., Mascla J.-M., Poirot A., Rodier X., Theureau C. 1992 : Fouilles et prospections à Rigny-Ussé (Indre-et-Loire), rapport préliminaire 1986-1991, Revue archéologique du Centre de la France, 1, p. 75-166.

Zadora-Rio E., Galinié H. 2001 : La fouille du site de Rigny, 7e-19e s. (commune de Rigny-Ussé, Indre-et-Loire) : l’habitat, les églises, le cimetière. Troisième et dernier rapport préliminaire (1995-1999), Revue archéologique du Centre de la France, 40, p. 167-242.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Isabelle Pichon, « La Roche-Clermault – Centre bourg, église Saint-Martin » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 01 janvier 2021, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/45201

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Auteur

Isabelle Pichon

Inrap

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Isabelle Pichon

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