Fouillet N., Gardère P. avec la collab. de Tricoire J., Marsollier B., Cunault M., Mahy P. 2014 : Tours, Indre-et-Loire, Crous, rue du Plat d’Etain, Zac des casernes Chaveau et Beaumont (tranche 1a) 37 261 120 AH, rapport intermédiaire de diagnostic, Pantin : Inrap, 54 p.
Tours – Zac des Casernes Beaumont-Chauveau
Entrées d’index
Année de l'opération :
2017Numéro d’opération :
0610257Nature de l'opération :
opération de diagnosticNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1Le diagnostic archéologique réalisé en 2017 dans l’emprise des casernes Beaumont et Chauveau, à Tours, complète une première tranche opérationnelle réalisée en 2014 (Fouillet, Gardère 2014). Les deux interventions portent sur 108 762 m2.
2Les 81 227 m2 explorés en 2017 à près de 7,50 % (6 100 m2) ont livré une concentration importante de vestiges archéologiques. La possibilité d’explorer une superficie de plus de 8 ha en milieu urbain et, plus encore, l’opportunité d’étudier et d’accéder archéologiquement à l’intégralité d’un enclos d’abbaye royale sont tout à fait exceptionnelles.
3L’abbaye bénédictine de Beaumont correspond sans doute à la plus grande communauté féminine établie en Touraine aux époques médiévale et moderne. Ce diagnostic archéologique, et l’étude documentaire et archivistique menée en parallèle, apportent un éclairage nouveau sur cette abbaye et sur le bourg même de Beaumont qui constitua longtemps une commune indépendante, avant d’être réunie à celle de Saint-Étienne-Extra en 1823, elle-même intégrée à celle de Tours en 1863. La confrontation des données archéologiques, des observations géomorphologiques et des textes d’archives a permis d’appréhender l’évolution de la forme du paysage de la zone d’étude et de définir selon quels rythmes il a été transformé par l’homme (remblaiement des varennes, assèchement et canalisation des cours d’eau…).
4Les occupations antérieures à l’installation de l’abbaye sont lacunaires et sporadiques. Elles sont principalement caractérisées par des vestiges mobiliers qui couvrent une large amplitude chronologique comprise entre le Mésolithique et la Protohistoire dans l’emprise de la caserne Beaumont. Deux concentrations de mobilier ont ainsi pu être individualisées à la base de la stratigraphie, au nord et au sud du site de Beaumont. Quelques creusements sont possiblement rattachés à ces occupations, mais ils sont mal caractérisés et mal datés. Des indices d’occupation gallo-romaine ont été découverts au nord de la rue du Plat-d’Étain dans la caserne Chauveau, mais dans un autre contexte chronostratigraphique. En effet, de ce côté de la rue, du matériel antique, essentiellement de la TCA et de la faune, repose directement sur le substrat calcaire.
5Les vestiges d’un parcellaire fossoyé ancien ont été mis au jour dans la caserne Beaumont. L’étude des mobiliers montre qu’il a pu être abandonné au plus tôt, au début du xiie s. La mise en place de ce parcellaire pourrait être antérieure à la fondation de l’abbaye ou suivre celle-ci de près. Il témoigne de la mise en valeur du terroir à cette époque.
6Selon les sources écrites, l’abbaye Sainte-Marie de Beaumont est fondée en 1002 à l’emplacement d’une chapelle dédiée à Notre-Dame-des-Miracles. Le diagnostic n’apporte pas d’information sur cet édifice cultuel, potentiellement fondateur du site. La présence de sépultures recoupées par l’église du xie s. suggère cependant l’existence d’un lieu de culte antérieur associé à un premier cimetière.
7La densité des vestiges mis au jour dans la partie ouest du site montre que l’abbatiale romane fondée au début du xie s. connaît une longue histoire architecturale, d’autant plus importante qu’elle demeure en fonction jusqu’à la fin du xviiie s. Si l’église abbatiale du tout début du xie s. a pu être identifiée, il faut souligner qu’il est impossible par le seul biais de ce diagnostic, d’identifier clairement les transformations architecturales intervenues sur près de huit siècles, d’autant moins que ce type d’occupation ne présente, a priori, aucune interruption et que les éléments de datation sur ce site sont bien souvent lacunaires. Certaines hypothèses d’ordre architectural peuvent néanmoins être proposées. Ainsi, le diagnostic a montré l’adjonction possible d’un narthex au-devant de la nef dans le courant du xie s. ou plus vraisemblablement au xiie s. Cette information est inédite. L’exploration du transept nord montre qu’il a aussi subi de profonds remaniements. Un bâtiment puissamment fondé d’environ 7 m sur 5 m pouvait constituer originellement l’extrémité du transept initial. Cette construction monumentale est détruite avant le démantèlement de l’abbaye à la fin de l’époque moderne et ne figure pas sur les différents documents iconographiques consultés. Plus au sud, la galerie méridionale du cloître connaît deux états de construction bien distincts.
8Les autres bâtiments de l’abbaye, le logis abbatial encadré de deux pavillons, le pigeonnier et, au nord de l’emprise, le portail d’entrée dans la cour de l’enclos séculier sont vraisemblablement modernes. Ils interviennent après une phase de remblaiement très massive qui concerne toute cette partie nord-ouest du site de Beaumont.
990 sépultures ont été identifiées dans toute la zone concernée par le bâti religieux et son pourtour. Les zones d’inhumations propres à la congrégation de religieuses et celles correspondant au cimetière paroissial de l’église Saint-Jean de Beaumont n’ont pas pu être clairement distinguées lors du diagnostic. Des inhumations alto-médiévales antérieures à l’église du xie s. ont également été mises au jour. L’ensemble des architectures funéraire de la période médiévale rencontrées est représenté par une prédominance du cercueil. Des inhumations en coffrage de pierre ont également été identifiées, ainsi qu’un sarcophage démuni de couvercle, a priori en position secondaire. Les tombes sont toutes orientées.
10Une petite aire funéraire isolée a été découverte à l’extrémité orientale de la zone d’étude. 17 sépultures sont dénombrées sur une surface minimale de 100 m2. La datation de ce cimetière, encore imprécise, est comprise entre le début du xvie s. et la fin du xviiie s. L’ensemble cémétérial se présente sous la forme d’au moins deux, voire trois rangées de tombes nord-sud. Les corps sont déposés en cercueil. Des anomalies sanitaires (tuberculose) et des modes de dépôt atypiques (individus tête-bêche dans un même cercueil, sujet déposé après décollation ?) interpellent sur cet ensemble à l’organisation spatiale cohérente.
11À la Révolution, l’abbaye est déclarée bien national et les religieuses sont dispersées. Durant le xixe s., l’abbaye est démantelée, à l’exception du Pavillon de Condé et de quelques dépendances. Les vestiges de cette période ne sont pratiquement concernés que par des récupérations de matériaux, les maçonneries principalement.
12De 1866 à 1913, l’Hospice général de Tours gère le site de l’ancienne abbaye. La propriété est exploitée en cultures maraîchères. En 1913, l’État acquiert le site de Beaumont pour y établir un immeuble destiné à l’installation d’une caserne d’artillerie. Celle-ci est construite au sud de la rue du Plat-d’Étain, en face d’un site déjà acquis par l’Armée en 1876, dédié à la gestion des subsistances d’où son nom « Parc à fourrages ». Cette caserne prend le nom de sous-lieutenant Chauveau après 1945. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site des casernes sert de dépôt de ravitaillement. Elles sortent intactes du conflit. Quatre tranchées d’époque contemporaine ont été découvertes au nord de la zone d’étude. Elles pourraient correspondre à des infrastructures d’abri de défense passive. En 1991, les casernes sont destinées à l’École d’Application du Train.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général de l'abbaye de Beaumont à la fin du xviiie s. |
| Crédits | ADIL, H763PL. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/45313/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 816k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Nicolas Fouillet, « Tours – Zac des Casernes Beaumont-Chauveau » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 01 janvier 2021, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/45313
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