1Le diagnostic archéologique situé sur l’Île d’Or à Amboise (Indre-et-Loire), dans le lit mineur de la Loire, a été motivé par l’enfouissement de réseaux sous la voie publique. Dix sondages, aux dimensions restreintes, ont été réalisés. Il n’a été que rarement possible d’observer les couches archéologiques en deçà des xviie et xviiie s. Des niveaux sous-jacents ont pu être mis au jour ponctuellement lors de sondages profonds réalisés en périphérie du secteur exploré.
2Une première période regroupe les alluvions de débordement de Loire témoignant de crues plus ou moins violentes sur l’île, puis de la diminution des écoulements des eaux révélant par la suite un système de protection installé contre les inondations. Ces alluvions plus ou moins récentes ont charrié divers matériaux. Dans la rue des Chamoiseurs, des niveaux hydromorphes et organiques marquent le passage d’un paléochenal ou d’une mare.
3À la période suivante, les textes anciens (Grégoire de Tours, Liber, etc.) et les différentes sources consultées (notamment Couderc 1987 ; Le Ray 1992 ; Zadora-Rio 2014) nous apprennent l’existence de ponts implantés vers le vie s. à Amboise et passant par l’Île d’Or. Le sondage réalisé sur le quai du Maréchal Foch en face des piles du pont médiéval, commandé par Hugues Ier et construit entre 1110 et 1115, a mis en évidence un massif maçonné pouvant appartenir à une pile de ce pont ou sa culée. Cependant, l’étude des textes ne lève pas complètement le voile sur les dates de constructions des différents ponts ni de leur emplacement précis : d’abord axés, puis décalés et divisés en deux parties et finalement d’un seul tenant. Ils ont été fréquemment emportés par les crues et débâcles des glaces, puis détruits par les guerres de 1870 et de 1939-1945. Leurs trajectoires passent par la rue de l’Entrepont où l’activité humaine et commerciale paraît se développer. La route d’Espagne circule par Amboise en traversant l’Île d’Or et non pas par Tours, occasionnant un développement économique important mais est également une source d’insécurité.
4Dès la période 3 (xviie – xviiie/xixe s.), les secteurs les plus densément bâtis révélés par les fenêtres d’exploration, se situent autour de la rue de l’Entrepont, de la rue Commire et de la place Saint-Roch. L’étude des plans issus des archives de l’Indre-et-Loire nous renseignent sur l’aménagement de l’Île d’Or ou anciennement Île Saint-Jean. La rue de l’Entrepont y est toujours reproduite ainsi que différents ponts traversant l’Île par cette rue. Une portion d’alignement de façade et une partie d’aménagement en îlot ont été observés rue Commire ainsi qu’un espace intérieur place Saint-Roch. On devine un parcellaire dense dans cette zone et plus lâche aux extrémités de l’île. Pour la partie occidentale de l’Île d’Or, différents remblais et niveaux de circulation ont été découverts.
5Entre le dernier quart du xviiie s. et le xxe s. (période 4), des vestiges maçonnés d’une ancienne tannerie installée à l’extrémité ouest de l’Île d’Or ont été mis au jour. Dans le sondage situé sous l’actuelle place Saint-Roch, des portions de murs et une cheminée ouverte réemployée par la suite en four attestent l’existence d’une ancienne occupation à caractère domestique. Enfin, sur le quai François Tissard, on observe un fort exhaussement du quai intercalé de niveaux de circulation ou pour le moins, d’espaces piétinés de type cour.
6Dès le xixe s. (période 5), des vestiges archéologiques ont été reconnus en différents points de l’île. Un puits communal situé en périphérie orientale de la zone d’étude et associé à différents niveaux d’occupation a été identifié à l’arrière d’une parcelle lotie. Les restes de deux bovins portant des traces de découpe y ont été également observés. Rue des Chamoiseurs, deux possibles fossés ou drains ont été découverts ; ils suivent l’axe de l’actuelle rue. Ces faits peuvent être associés à un système parcellaire préexistant ou à un drainage. Sur la moitié sud-ouest de l’île, les sols ont été surélevés pour installer d’autres espaces de circulation. Enfin, cette période correspond pour les secteurs de la rue Commire et de la place Saint-Roch à l’arasement systémique des maçonneries et sols associés. La rue Commire a sans doute été frappée d’alignement et c’est le passage d’un nouveau pont pour la place Saint-Roch.
7Enfin, la période 6 correspond à la construction puis le réaménagement de la Maison des Jeunes et de la Culture entre 1962 et 1975, localisée à côté de l’ancienne tannerie de grosses peaux à l’extrémité sud-ouest de l’île.
8Cette première intervention archéologique a permis de mettre en lumière le potentiel archéologique présent sur l’Île d’Or et d’initier un premier état des lieux.
Fig. 1 – Localisation des sondages et des pieux anciens sur la carte IGN au 1/25000
DAO : S. Jouanneau-Bigot (Inrap).
Fig. 2 – Vue générale de la cheminée en cours de dégagement et des niveaux associés dans le sondage no 5
Cliché : S. Jouanneau-Bigot (Inrap).