Navigation – Plan du site

AccueilRégionsCentre-Val de Loire201337 – Indre-et-LoireMontbazon – Le château

2013
37 – Indre-et-Loire

Montbazon – Le château

Fouille programmée (2009-2013)
Responsable d’opération : Marie-Denise Dalayeun
Notice rédigée avec Sonia Boutier et Céline Aunay

Entrées d’index

Année de l'opération :

2009, 2010, 2011, 2012, 2013

Numéro d’opération :

0608201, 0609055, 0609915, 0610183

Nature de l'opération :

fouille programmée
Haut de page

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

Présentation du site et de la ville de Montbazon

1Le château de Montbazon se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la ville de Tours. Il est installé sur un promontoire rocheux formé par la confluence entre la rivière de l’Indre et un vallon où coule un ruisseau intermittent creusé dans la terrasse alluviale d’un large méandre. Situé à une altitude de 80 m NGF, il domine de 25 à 30 m le village établi dans la vallée.

2L’agglomération se développe majoritairement sur la rive sud de l’Indre et englobe le promontoire rocheux. Elle est enclose à une date inconnue, mais l’est assurément à la fin du Moyen Âge, par une enceinte dont le tracé est fortement conditionné par la topographie des lieux. Elle est traversée par deux voies principales et franchissable par quatre portes dont une seule subsiste encore aujourd’hui.

3Le site s’organise aujourd’hui en trois terrasses distinctes différenciables par leur niveau altimétrique (environ 79 m NGF au sud et 74 m au nord). La première terrasse, au sud, comporte l’ensemble architectural majeur du site, celui constitué par une tour maîtresse, un avant-corps ou « petit-donjon » et une chemise. Le tout est séparé, au sud, du reste du plateau par un large fossé. Cet ensemble architectural surplombe les deux autres terrasses qui se développent vers le nord : celle intermédiaire comporte les vestiges de la chapelle castrale et ceux d’un logis seigneurial disparu, la dernière en bout d’éperon comportait jusqu’en 1999, date de son effondrement, les vestiges d’une imposante tour circulaire, et un vaste réseau de caves. Le tout est enclos par une enceinte qui prend place sur le pourtour extérieur du promontoire (fig. 1).

Fig. 1 – Plan phasé des éléments bâtis du site castral

Fig. 1 – Plan phasé des éléments bâtis du site castral

DAO : D. Dalayeun (Inrap).

4Les recherches archéologiques menées depuis 2009 sur le site castral ont eu pour principal objectif d’achever l’acquisition et l’analyse des données historiques et archéologiques, lesquelles sont produites depuis le début des recherches en 2003. De surcroît, il s’agissait également d’établir une évaluation du potentiel archéologique du site restant encore à acquérir.

5Les résultats ont porté sur les relevés architecturaux de la tour maîtresse à partir d’orthophotographies, sur l’expertise archéologique du potentiel stratigraphique des deux basses cours (étude de sol et relevés stratigraphiques), et sur l’achèvement des fouilles archéologiques de la chapelle castrale Saint-Georges.

6Les travaux en laboratoire ont porté sur l’analyse des données mobilières, sur l’informatisation des données et leur traitement spatial dans un SIG et sur l’étude et la synthèse des ressources archivistiques.

La prospection géotechnique et l’évaluation du potentiel archéologique du site

7L’ensemble des observations apporte des éléments complémentaires à celles issues des opérations programmées et préventives, et d’apporter un éclairage sur le potentiel archéologique du site à partir d’une prospection géotechnique effectuée à l’aide d’un PANDA®. Une image de la stratification très hétérogène du site peut être donnée suivant un transect orienté nord-ouest/sud-est. Elle montre que le dépôt archéologique peut atteindre jusqu’à 3,5 m d’épaisseur, voire 6,50 m sous la tour maîtresse. Ce résultat reste toutefois à relativiser du fait que certains sondages pénétrométriques sont très certainement positionnés dans des structures excavées ponctuelles (fosse, fossé ?), notamment au niveau des basses cours, comme l’a également suggéré les observations de terrain. Le relevé stratigraphique d’une large coupe placée au sud et en contrebas de la chapelle castrale a permis de montrer une grande variété des vestiges et leur bon état de conservation (structures de stockage, inhumations, jardins…).

La chapelle Saint-Georges

8La dernière campagne de fouille à l’emplacement de la chapelle castrale Saint-Georges a permis de répondre aux principaux questionnements relatifs aux premiers aménagements du promontoire rocheux et aux occupations successives de l’édifice religieux.

9Les niveaux les plus anciens détectés dans ce secteur correspondent à des horizons peu épais de terre brune, peu ou pas anthropisés.

10C’est au-dessus de ces niveaux que l’on construit aux alentours du xe s. un premier édifice religieux. Celui-ci est installé sur le bord oriental du promontoire et surplombe la vallée de l’Indre et la ville en contrebas. Il se compose d’une nef unique d’une longueur interne de 7,4 m au minimum pour 6,2 m de largeur. Elle est prolongée par un chevet plat de plan carré mesurant 4,2 m de côté. Á l’échelle du site, cette chapelle constitue le premier élément de cette période daté sur la base de données archéologiques. La topographie du site en est renouvelée montrant que dès cette période le château se dote de manière simultanée d’une grande tour et d’un édifice religieux à part entière. La localisation de la chapelle suppose un accès primitif du site par le côté est du promontoire, ce qui perdurera, sachant que de nombreux autres exemples confirment cette volonté fréquente de positionner l’édifice religieux au point d’entrée des sites castraux.

11Une seconde chapelle est construite entre le xie et le xiie s. après abandon et destruction partielle du premier bâtiment. Elle est plus longue de quelques mètres vers l’est et implique un remblaiement important dans ce secteur. Elle comprend désormais un chœur composé d’un chevet plat encadré de deux chapelles en absides. Elle est agrémentée au sud d’une petite pièce, accessible par une porte percée dans le mur gouttereau de la nef, dans laquelle on trouve une sépulture d’enfant. Les baies des chapelles latérales sont équipées de vitraux et les murs accueillent un décor peint coloré (géométrique et floral). La toiture est faite d’ardoises contrairement au premier édifice religieux que l’on soupçonne avoir été couvert par des tuiles.

12Cette seconde chapelle enregistre plusieurs étapes de travaux importants, la première se produit aux alentours du xiiie s. et fait suite à un violent incendie. La seconde a lieu entre le xive et le xve s. et fait disparaître par dérasement la quasi intégralité des niveaux de la nef.

13L’édifice religieux aura aussi servi à plusieurs reprises de chapelle funéraire. On dénombre aujourd’hui un minimum de huit individus enterrés dans ou à proximité du bâtiment. Les deux sujets périnataux retrouvés dans l’espace le plus sacré de l’édifice indiquent un potentiel choix dans le recrutement des défunts. Une seule sépulture d’adulte a été retrouvée dans la chapelle. Datée du xviie s., le corps inhumé la tête à l’est, permet d’être sûr qu’il s’agit d’un personnage religieux, probable chapelain du bâtiment.

14Les fouilles auront donc permis de renseigner précisément l’histoire de cet édifice religieux, ce que les sources écrites, peu nombreuses, ne permettent malheureusement pas. L’appellation de « chapelle Saint-Georges », dite « chapelle du château », n’apparaît en effet qu’à la toute fin du xive s. Les fouilles ont donc montré que l’édifice mentionné à cette époque existe déjà depuis deux siècles au moins et qu’il succède à une première chapelle plus ancienne encore.

La tour maîtresse et son avant-corps

15En 2012, le relevé orthophotographique des élévations de la tour maîtresse, bientôt complété par des prises de vue au moyen d’un drone, livre une première analyse archéologique des élévations. Celles extérieures suggéraient, de fait, l’existence de deux phases de construction. À la première phase, datée de la fin du xe s., on associe une maçonnerie en moellons et silex équarris, bien assisés, avec un recours ponctuel à l’opus spicatum. Les chaînages sont quant à eux constitués de blocs de travertin réemployés de provenance locale, qui laissent suggérer l’existence d’un édifice en pierre antérieur à proximité. On note l’emploi concomitant de contreforts rectangulaires, au nord et à l’ouest, et de contreforts semi-circulaires, au nord et à l’est. Dans une seconde phase, placée dans la première moitié du xie s., la tour est surélevée de deux niveaux et dotée d’un avant-corps sur sa face ouest. Le silex est à nouveau utilisé, mais en assises moins régulières. Le recours à l’opus spicatum semble à nouveau occasionnel, et les chaînages, ainsi que l’encadrement des baies, sont réalisés en blocs de tuffeau. L’espace intérieur contemporain de la phase 1 ne peut qu’être très partiellement appréhendé compte tenu de l’arrachage des parements et du comblement du niveau inférieur. Le second niveau se signale notamment par deux baies à l’est, les autres murs étant aveugles. Les murs sud et ouest conservent les témoins d’un troisième niveau équipés de deux baies à ouvertures géminées et d’une latrine. Dans sa seconde phase, la tour comprend quatre niveaux séparés par des planchers dont la communication avec l’extérieur est assurée par la présence de l’avant-corps. Lui-même sera relié plus tard, à partir du xiie s., à une première chemise défensive placée au sud dont le niveau de chemin de ronde peut être restitué. Classiquement, les systèmes défensifs du site fonctionnent par emboîtement. La chemise du xiie s., reconstruite au tout début du xiiie s. est raccordée à une large enceinte défensive dont le tracé peut être désormais envisagé sur tout le pourtour du promontoire.

Les systèmes défensifs du site

16On connaît encore peu de choses sur les aménagements du site aux époques les plus anciennes identifiées, c’est-à-dire contemporaines des constructions de la tour maîtresse, de son avant-corps et de la chapelle, vers la fin du xe s. et le début du xie s. Comme à Loches, il est vraisemblable que la tour maîtresse constitue, dans un premier temps, le premier barrage défensif faisant face au plateau. Ignorées des sources écrites, les données topographiques relevées à l’arrière de la tour maîtresse tendent à faire penser que celle-ci pouvait en revanche être emmottée du côté sud, hypothèse également évoquée pour la tour du château de Loches. Le niveau de sol situé actuellement à 85,3 m NGF et probablement aux environs de 84,8 m NGF dans le courant du xiie s., est plus haut d’environ 6 m par rapport niveau actuel de circulation au nord de la tour maîtresse (79,16 m NGF). Il subsiste donc une différence altimétrique conséquente entre ces deux espaces qui pourrait trouver une explication dans la présence d’un emmottement primitif. Les sondages effectués au pénétromètre à l’arrière de tour maîtresse iraient dans ce sens puisqu’ils révèlent la présence d’un remblai homogène de terre brune sur une épaisseur minimale de 5 m. D’anciennes photographies du site, prises depuis le plateau au sud, montre par ailleurs les restes d’un talus de terre recoupé par la chemise.

17D’après les données archéologiques et architecturales, c’est dans le dernier tiers du xiie s. (1160-1180) qu’une chemise est construite au sud de la tour maîtresse. Fortement endommagée ou non achevée, il ne subsiste de cet état qu’une portion du mur sud et le mur oriental qui vient buter contre l’angle sud-est de la tour maîtresse. Si le dispositif d’origine venait se refermer sur l’avant corps au nord-ouest, l’espace enclos par cette chemise atteignait, dès cette époque, environ 300 m2.

18L’existence d’une enceinte au xiiie s. encerclant l’ensemble du promontoire rocheux est désormais avérée. On y adjoint également une grande tour circulaire, initialement présente à la pointe nord du promontoire rocheux, pour laquelle toute documentation a malheureusement disparu. La coexistence de cette enceinte avec celle aujourd’hui visible sur le pourtour extérieur du promontoire remet en question la datation traditionnellement admise de cette dernière, jusqu’alors fixée au xve s., puisqu’elle sert, au moins pendant un temps, à bloquer les remblais plaqués contre la base du mur d’enceinte du xiiie s. nouvellement mis au jour.

Le mobilier en métal et l’instrumentum

19Il résulte de cette étude une double cohérence : la première entre l’interprétation des couches et les objets qui y ont été mis au jour ; la seconde entre la datation céramique des niveaux et celles, typochronologiques, des objets exhumés. Ainsi, aucun témoin de la sphère agropastorale n’a été découvert dans ce contexte castral. De même, aucun objet antérieur au xe s., période supposée de la construction primitive du château, n’a été mis au jour.

Le mobilier en verre

20Le corpus issu des campagnes de fouille sur le château de Montbazon est l’occasion de présenter un vaisselier médiéval d’une certaine qualité. Le château semble être intégré dans un réseau commercial bien desservi. Les indices ténus de la vaisselle de luxe durant la période médiévale se confirme aux siècles suivants avec la vaisselle d’influence vénitienne. Quant aux vitraux, ils offrent un répertoire figuré riche pour les xiie-xiiie s. en Indre-et-Loire. Leur découverte en position primaire est l’occasion de dater précisément des décors, des techniques de fabrication. Ils constituent un référentiel régional qui permettra de dater plus finement d’autres ensembles.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan phasé des éléments bâtis du site castral
Crédits DAO : D. Dalayeun (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/48578/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 202k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Marie-Denise Dalayeun, Sonia Boutier et Céline Aunay, « Montbazon – Le château » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 10 septembre 2020, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/48578

Haut de page

Auteurs

Marie-Denise Dalayeun

Inrap

Articles du même auteur

Sonia Boutier

Céline Aunay

Articles du même auteur

Haut de page

Responsable d’opération

Marie-Denise Dalayeun

Inrap

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search