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AccueilRégionsCentre-Val de Loire201837 – Indre-et-LoireLoches – Le château

2018
37 – Indre-et-Loire

Loches – Le château

Fouille programmée (2018)
Responsable d’opération : Pierre Papin

Entrées d’index

Année de l'opération :

2018

Numéro d’opération :

0612158

Chronologie :

époque médiévale

Nature de l'opération :

fouille programmée
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département d’Indre-et-Loire

Texte intégral

1Depuis 2013, le service de l’archéologie du Département d’Indre-et-Loire poursuit un programme de recherches archéologiques au château de Loches. Six campagnes de fouilles programmées ont eu lieu dans le parc des logis royaux, au nord du complexe castral (fig. 1). La campagne de fouille de 2018 était en outre, la troisième située à l’emplacement d’une grande salle du xie s., bâtiment qui avant toute fouille, n’était connu que par un seul mur en élévation, possédant deux fenêtres de style roman. C’est afin d’apporter les premiers éléments concrets d’interprétation et de datation sur cet imposant vestige (16,40 m de long pour environ 11 m d’élévation), que les opérations de fouilles se sont penchées sur ce secteur, d’abord par deux sondages exploratoires en 2013, puis par trois campagnes de fouilles plus extensives, à partir de 2016.

Fig. 1 – Plan général du château, localisation des principaux éléments monumentaux et des opérations archéologiques

Fig. 1 – Plan général du château, localisation des principaux éléments monumentaux et des opérations archéologiques

DAO : P. Papin (SADIL).

2Dès 2016, la découverte d’un portail d’accès au bâtiment dans le mur sud-est – de 2,15 m de large, associé à un escalier monumental – avait permis d’établir que le bâtiment avait été bâti selon un module précis, constitué de carrés de 8,20 m de côté. Par ailleurs, il apparaissait aussi certain que le mur encore en élévation (M9) formait un des pignons du bâtiment, nécessairement rectangulaire et orienté sud-ouest – nord-est. De plus, de nombreuses découvertes mobilières effectuées dans les couches d’occupation et de démolition du bâtiment indiquent que celui-ci possédait un programme ornemental composé de peintures murales et de vitraux décorés. Ces données ont révélé la fonction aulique de l’imposant bâtiment mis au jour.

3La campagne de 2018, comportait deux objectifs principaux. D’une part, il s’agissait d’ouvrir deux sondages (3 x 3 m environ) dans la zone arborée du parc des logis-royaux, afin d’identifier le quatrième et dernier mur inconnu de la grande salle, et en restituer les dimensions intégrales. D’autre part, le second objectif visait à rouvrir une des zones déjà fouillée en 2017, au milieu de la grande salle, dans le but de poursuivre en profondeur et sur une surface significative l’exploration des niveaux antérieurs au xie s., jusqu’au rocher, ceci n’avait pas pu être réalisé lors des campagnes précédentes. Les résultats de cette année 2018 ont été à la hauteur des attentes.

4Pour ce qui concerne les niveaux anciens, les traces d’occupation se présentent essentiellement sous la forme de découvertes mobilières dont la majeure partie provient d’un « niveau organique » noir, homogène et caillouteux, situé au contact avec le calcaire et surmonté des niveaux stratifiés du xe s. (fig. 2). Le mobilier archéologique y apparaît abondant, frais, mais chronologiquement brassé. Seules quelques structures en creux ont été repérées, le plus souvent une fois le rocher atteint. Ce phénomène semble ainsi s’apparenter aux terres noires urbaines, à la différence qu’il recouvre une chronologie plus large et discontinue. Alors que ces niveaux organiques apparaissaient peu épais, voire absents à l’extrême nord de l’éperon (campagne 2014 et 2015), leur hauteur atteint jusqu’à 60 cm au sud-ouest du parc, à l’emplacement des fouilles 2016-2018. La fouille fine de ces niveaux, sur une surface de 6 m2 environ durant cette dernière campagne (passes mécaniques, tamisage, prélèvements, analyse micromorphologique…), a permis de mettre en évidence une stratigraphie bouleversée au sein de cette couche d’apparence homogène. Cependant, dans ce contexte, seul le tri chronologique et la quantification du mobilier a permis d’approcher les « rythmes » d’occupations. Plusieurs périodes apparaissent ainsi bien représentées dans le spectre du mobilier lithique, céramique et/ou ferreux : la fin du Néolithique moyen I (culture Cerny-Chambon) ; la transition Néolithique récent/final ; l’âge du Bronze final IIIb et La Tène finale. A contrario, l’absence ou la très faible représentation des autres périodes suppose des abandons partiels ou complets. C’est notamment le cas pour l’époque romaine très faiblement représentée. En revanche, la grande quantité de mobilier des ve-viie s. reflète un tournant dans l’occupation au cours du ve s.

Fig. 2 – Vue des « niveaux organiques » mis au jour au contact avec le rocher, contenant les vestiges des occupations anciennes de l’éperon

Fig. 2 – Vue des « niveaux organiques » mis au jour au contact avec le rocher, contenant les vestiges des occupations anciennes de l’éperon

Cliché : S. Riou (SADIL).

5Cette époque correspond en effet aux premières mentions historiques de Loches, par Grégoire de Tours (539-594), qui relate la construction d’un castrum – dont une portion avait été découverte en 2017, le long du front Nord-ouest – et la fondation d’une église dans un vicus nommé Lucas, au ve s. La fouille des « niveaux organiques » a livré par ailleurs quelques données sur l’occupation à l’intérieur du castrum. Sur la petite zone abordée, la mise au jour d’un gros trou de poteau repéré par son calage, ainsi que la découverte d’une grande quantité de mobilier domestique, indiquent l’implantation d’un habitat. Près de 600 tessons des ve-viie s., divers objets usuels en métal (clé à translation, couteau, monnaie…) et en verre (gobeleterie), ont notamment été découverts.

6Depuis 2013, les fouilles ont systématiquement montré l’existence d’une forme de hiatus allant du courant du viie s. à la fin du ixe s. L’absence de structure ou de stratigraphie et la très faible quantité de mobilier, signale une période de « déprise ». Une nette re-densification est en revanche évidente à partir du tournant du ixe et du xe s. Au nord du château (campagnes 2014-2015), elle se caractérise par la multiplication de structures en creux (silos, fosses, petits poteaux) et la production de sols extérieurs, démontrant la mise en place d’une zone de basse-cour. La nature des occupations semble en revanche très différente à l’intérieur du castrum au sud-ouest du parc des logis. En effet, la fouille de 2018 a permis de déceler l’implantation successive de deux bâtiments imposants en bois au cours du xe s., séparées par un épisode d’incendie. Le second état de bâtiment possédait une surface estimée à plus de 200 m2, des enduits et un plancher (fig. 3). Dans les sondages ouverts plus au nord-ouest, les restes d’un mur en petits moellons, antérieur au bâtiment de la grande salle du xie s., ont été aperçus, et datés par 14C du xe s.

Fig. 3 – Hypothèse de restitution du bâtiment en bois de la seconde moitié du xe s.

Fig. 3 – Hypothèse de restitution du bâtiment en bois de la seconde moitié du xe s.

DAO : P. Papin (SADIL).

7Les caractéristiques de ces vestiges et leur localisation, dans l’angle de la fortification du ve s., face à l’église, permettent de présumer de l’implantation à cet endroit des prémices du « palais » comtal. C’est en effet vers 900 que le château échoit par mariage à Foulque le Roux (†942), premier comte d’Anjou. Geoffroy Grisegonelle (959-987) renforce cette structuration naissante en fondant la collégiale Notre-Dame vers 980, sur les ruines de l’église du ve s. Il instaure ainsi une politique de constructions destinées à marquer la puissance angevine. Celle-ci va être perpétuée par son fils, Foulques Nerra (987-1040), qui va être à l’origine de la construction de la grande salle de pierre.

8Pour ce qui concerne cette aula du début du xie s., la fouille de 2018 n’a pas entraîné de remise en cause des principales hypothèses concernant la chronologie, les modalités de la construction et d’occupation, ou encore sur les restitutions des élévations. En revanche, la campagne a permis la vérification définitive de l’une des hypothèses de restitution en plan. À l’aide d’une campagne préalable de prospections géotechniques (pénétromètre PANDA, avec la collaboration d’A. Laurent, service du Loiret), l’implantation des deux ouvertures dans le parc ont effectivement entraîné la mise au jour du prolongement du mur gouttereau sud-est et son retour vers le nord-ouest (fig. 4). Ces découvertes apportent donc la preuve que la longueur de l’édifice atteignait précisément 32,80 m en œuvre, soit exactement quatre travées de 8,20 m. Selon les unités de mesure médiévales, on peut dès lors supposer que les bâtisseurs ont souhaité construire un édifice mesurant 100 pieds de long sur 50 pieds de large, avec un étalon de 32,8 cm pour un pied. Par ailleurs, les ouvertures de 2018 ont également engendré la mise au jour de structures, situées le long du parement interne du pignon de la grande salle, pouvant peut-être indiquer l’emplacement de la zone d’apparat de la salle, peut-être équipée d’une estrade et/ou d’une cheminée.

Fig. 4 – Plan des vestiges et restitution de la grande salle et de son environnement au début du xie s.

Fig. 4 – Plan des vestiges et restitution de la grande salle et de son environnement au début du xie s.

DAO : P. Papin (SADIL).

9Les abondantes données issues des analyses chronostratigraphiques, basées sur la datation du mobilier archéologique (céramique, verre, métaux), ont livré depuis 2013 des résultats formels : la construction de la grande salle de pierre apparaît datable des environs du premier quart du xie s. Cette grande salle est donc attribuable au comte d’Anjou Foulque III Nerra (987-1040), que l’on savait déjà à l’origine de l’érection de la célèbre tour-maitresse et de la reconstruction de la collégiale Notre-Dame. L’identification de cette grande salle du début du xie s. invite à porter un nouveau regard sur l’ensemble du château. En effet, cette construction s’inscrit indubitablement dans une vaste politique de monumentalisation, obligeant à reconsidérer l’ensemble de ces réalisations comme un tout, où chaque élément répondait à des fonctions complémentaires (stratégique, résidentielle, symbolique voire religieuse ou politique), qui ont fait de Loches une possession capitale du puissant comté d’Anjou.

10Les résultats de nouvelles études et d’analyses en cours (sur les enduits peints ou encore la faune) restent à intégrer aux données générales sur cette aula des comtes d’Anjou, qui permettront, à terme de disposer d’une documentation abondante sur un bâtiment qui se révèle être probablement l’une des plus grandes et prestigieuse aula de son temps.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan général du château, localisation des principaux éléments monumentaux et des opérations archéologiques
Crédits DAO : P. Papin (SADIL).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51175/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 783k
Titre Fig. 2 – Vue des « niveaux organiques » mis au jour au contact avec le rocher, contenant les vestiges des occupations anciennes de l’éperon
Crédits Cliché : S. Riou (SADIL).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51175/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 593k
Titre Fig. 3 – Hypothèse de restitution du bâtiment en bois de la seconde moitié du xe s.
Crédits DAO : P. Papin (SADIL).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51175/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 472k
Titre Fig. 4 – Plan des vestiges et restitution de la grande salle et de son environnement au début du xie s.
Crédits DAO : P. Papin (SADIL).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51175/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 695k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Pierre Papin, « Loches – Le château » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 26 janvier 2021, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/51175

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Auteur

Pierre Papin

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