SOLiDAR – Forêts de Chambord, Boulogne, Russy et Blois
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Année de l'opération :
2018Numéro d’opération :
0611488Lieux :
France métropolitaine, Centre-Val de Loire, Département du Loir-et-Cher, Chambord (Loir-et-Cher), Cellettes (Loir-et-Cher), BloisChronologie :
Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaine, Empire romain, Haut-Empire romain, Bas-Empire romain, époque médiévale, Haut Moyen Âge, Moyen Âge classique, Bas Moyen Âge, époque moderne, époque contemporaineNature de l'opération :
prospection thématiqueNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Université de Tours
Texte intégral
1Le programme de recherche SOLiDAR, débuté en 2014, est arrivé à son terme en 2018. Dans ce cadre, une campagne de télédétection LiDAR (Light Detection And Ranging) a été menée sur les massifs de Chambord, Boulogne, Russy et Blois (Loir-et-Cher, France) sur une surface de 270 km2 (fig. 1).
2Le domaine de Chambord ainsi que les forêts de Boulogne et Russy avaient fait l’objet au préalable de prospections archéologiques de surface menées par Louis Magiorani pendant 10 ans. Elles ont permis de recenser plus de 700 sites archéologiques (dont 350 tertres) et environ 300 km de limites parcellaires, mettant en évidence des occupations humaines datant, pour les plus anciennes, du Néolithique (Archeoforet.org).
3Les travaux de 2018 ont principalement consisté à synthétiser l’ensemble des résultats obtenus durant ces quatre années. Nous avons ainsi travaillé à renouveler la connaissance de l’histoire de l’espace couvert par ces massifs forestiers que ce soit par l’étude des vestiges des activités agropastorales, cynégétiques, sylvicoles ou métallurgiques.
4La trame composée de talus (fig. 2), inédite jusqu’au début du programme, a pu faire l’objet d’une analyse spatiale fine et de sondages exploratoire afin d’appréhender les modalités et les temporalités de sa mise en place.
Fig. 2 – Carte représentant les zones localement divergentes par rapport à la trame générale
DAO : N. Le Voguer.
5Ces vestiges, bien trop ténus pour être observés à l’œil nu, font en moyenne une dizaine de mètres de large pour une hauteur très souvent inférieure à 15 cm. Cette trame, plus ou moins régulière à première vue, se développe sur les quatre massifs forestiers sur environ 90 km2. La longueur cumulée des linéaments approche 900 km. Des talus sont présents à l’extérieur des massifs forestiers et semblent en continuité avec la trame fossilisée par le boisement.
6L’analyse à grande échelle de la trame de talus révèle un système assez homogène, orienté suivant les axes de la Loire, du Cosson, du Beuvron et de la Cisse (fig. 2). Toutefois, ce système n’est pas continu, la plaine alluviale de la Loire semblant vide de vestiges. Le village de Montprès-Chambord, à la jonction entre le massif de Russy et celui de Boulogne crée une discontinuité dans cette trame parcellaire ainsi que dans le centre de la forêt de Blois, lui aussi dépourvu de vestiges. Enfin, le tiers Est de la zone d’étude est beaucoup moins riche en talus malgré certains secteurs de plus forte concentration sur de légères pentes à l’extrême Est.
7L’isolation de secteurs localement divergents par rapport à la trame, que ce soit en termes de morphologie ou d’orientation des linéaments, a permis de révéler des anomalies expliquées par différents facteurs : topographie de l’environnement ou usages différents des sols.
8Afin de mieux comprendre la mise en place de ces vestiges, nous avons développé une méthode d’analyse à partir de l’ouverture de tranchées et de datation OSL. Cette approche expérimentale était inspirée des travaux menés sur les celtics fields observés aux Pays-Bas et en Europe du Nord. Elle consistait en l’ouverture de tranchées perpendiculaires aux vestiges les plus massifs.
9Nous avons ainsi mis en place 14 sondages pour explorer 11 structures dans les massifs de Boulogne et de Russy. Les ouvertures à la pelle mécanique ont été menées jusqu’au substrat puis les coupes ont été relevées et des prélèvements de sédiment ont été effectués pour datation OSL. Un exemple de coupe est disponible sur la figure 3.
Fig. 3 – Coupes schématiques des sondages
Les numéros et les ID correspondent au mobilier découvert ; les « T » correspondent aux prélèvements OSL et sont en rouge s’ils ont été datés. Les dates sont fournies en années calendaires.
DAO : P. Gardère.
10D’une manière générale, les sols sont peu épais (5 à 10 cm maximum), ce qui est conforme à ce que l’on pouvait attendre d’une forêt installée sur substrat sableux. Les élévations sont extrêmement faibles (10 à 30 cm) et les variations d’épaisseurs de couche plus encore (5 à 15 cm). Ces objets sont quasiment indétectables, même en stratigraphie, lorsqu’ils sont coupés par hasard dans le cadre d’un diagnostic par exemple.
11Cette expérience a fourni de nombreux enseignements et permis de préciser le protocole. Elle a montré que les datations OSL sont utilisables sur ce type de vestiges et renseignent leur mise en place et leur représentativité pour appréhender les dynamiques paysagères sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés.
12Enfin, les ouvertures pratiquées dans des talus ont révélé une structuration interne composée soit uniquement de terre, soit d’empierrements. Cette variabilité est présente parfois au sein d’un même linéament.
13Nous avons analysé de nouveau le mobilier provenant des prospections de L. Magiorani ainsi que celui découvert lors des prospections complémentaire entre 2015 et 2018. Les résultats de ces travaux, mis en perspective avec la caractérisation morphologique des sites obtenue par le LiDAR ainsi qu’avec la documentation ancienne (plans et cartes par exemple), a permis de confirmer l’existence de 375 sites archéologiques. Il s’agit majoritairement de bâtiments (75 %) et de vestiges liés à l’exploitation des ressources naturelles (briquerie ou ferriers par exemple) (15 %) (fig. 4).
Fig. 4 – Répartition des sites dans la zone d’étude en fonction de leur nature
DAO : C. Laplaige (université de Tours).
14Une datation peut être avancée pour près de la moitié des sites détectés. Elle est fondée sur de très faibles quantités de mobilier provenant des prospections. Ces dernières n’ont pas toujours permis de découvrir de la céramique caractéristique liés aux vestiges et la datation d’un grand nombre de sites reste indéterminée. La forte fragmentation de ces éléments a parfois rendu caduque toute tentative de datation. Le mobilier retrouvé le plus communément appartient au Haut-Empire (28 %), à la période gallo-romaine indifférenciée (12 %), au haut Moyen Âge (14 %), au xive et xve s. (12 %), au xvie et xviie s. (15 %) et à la période contemporaine (26 %).
15L’analyse de l’apparition et la disparition de sites, toutes sources confondues, livre des informations importantes. On observe ainsi une forte apparition de sites durant le Haut-Empire (45) puis une diminution durant l’Antiquité tardive et le début du haut Moyen Âge pour arriver à une stagnation à la fin de ce dernier. Quatre sites seulement sont signalés pour le Moyen Âge central et l’on observe, à partir du bas Moyen Âge une forte augmentation des sites répertoriés (de 4 à 21 durant le bas Moyen Âge puis de 21 à 75 durant le xvie s.) pour atteindre un nombre de sites maximum au xviie s. (85). Ce grand nombre de sites au début de l’époque moderne, alors que nous avons assez peu de mobilier pour cette période s’explique par la cartographie abondante disponible sur le domaine de Chambord.
16En résumé, les résultats de nos travaux suggèrent une mise en place d’une occupation à probable vocation agropastorale durant la fin de la Protohistoire dans les massifs de Russy et Boulogne ainsi que dans la partie Sud du domaine de Chambord. Cette occupation s’intensifie durant le Haut-Empire où l’on observe des sites (au moins 50) dans tous les massifs concernés. Ces sites sont morphologiquement associés à la trame composée de talus. Le nombre de sites diminue durant le Bas-Empire, et l’on peut observer l’absence d’occupation dans le massif de Blois et dans la partie occidentale de Russy. Le haut Moyen Âge ne connaît pas de rupture forte dans l’organisation spatiale par rapport à l’Antiquité. Si le massif de Russy semble de moins en moins investi, l’occupation dans le massif de Boulogne se poursuit voire même se développe dans ses marges Sud-Ouest à proximité d’une série de ferriers.
17L’occupation observée durant le Moyen Âge central montre la disparition quasi-totale des sites d’habitats et l’on peut considérer qu’à cette époque, les massifs forestiers de Boulogne et du Sud de Chambord sont en place. Le Moyen Âge central correspond aussi à l’apparition d’actes et de textes qui mentionnent des dates d’apparition des forêts sous leur nom actuel. La forêt de Russy est aussi nommée pour la première fois en 1102-1107 tandis que la forêt de Boulogne est désignée sous ce nom en 1176 dans une charte concédant un droit d’usage du bois mort à l’Aumône de Beaugency.
18Durant le bas Moyen Âge, le nombre de sites répertoriés augmente. Outre les métairies de Chambord connues par les sources manuscrites, on note la présence de sites dans des secteurs de Russy et Boulogne considérés comme boisés au Moyen Âge central.
19En 1457, une visite est réalisée dans les forêts de Blois, Russy et Boulogne, cette dernière comprenant ce qui deviendra plus tard le sud du parc de Chambord (AN – Q/1/503/1). Les toponymes cités dans le texte permettent de reconstituer des limites approximatives pour les forêts à cette date (fig. 5). Les limites de Russy et Blois sont extrêmement proches de celles que nous retrouvons deux siècles plus tard. Seule la limite à l’est de Boulogne est moins assurée.
Fig. 5 – Carte représentant les toponymes identifiés et les limites supposées en 1457
DAO : N. Le Voguer.
20La période moderne débute par un évènement modifiant profondément le massif de Boulogne : la constitution du parc de Chambord. Ce parc va progressivement englober la partie Nord du massif de Boulogne et la zone agropastorale en bordure et au Nord du Cosson. Le secteur Nord du domaine sera progressivement reboisé jusqu’à la fin du xixe s., période à partir de laquelle les limites forestières ne bougeront plus jusqu’à nos jours.
21En conclusion, les travaux menés dans le cadre de SOLiDAR ont permis de contextualiser les découvertes de L. Magiorani et ont révélé une occupation inédite sous la forme de la trame composée de talus. Ces données forment ainsi une base à même d’être exploitée dans de futurs programmes (analyse plus fine de l’habitat rural, études pédologiques comparés entre secteurs agropastoraux et probables forêts antiques par exemple). Des recherches sont déjà en cours de réalisation comme l’appréhension des vestiges agropastoraux à l’échelle de la région Centre Val-de-Loire ou la mise en place d’une analyse fine des vestiges liés aux activités de réduction du minerai de fer, menées dans le cadre de thèses respectivement par N. Le Voguer et S. Lacroix.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Extension de l’acquisition LiDAR (en rouge) |
| Crédits | DAO : C. Laplaige ; fond IGN. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51231/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 638k |
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| Titre | Fig. 2 – Carte représentant les zones localement divergentes par rapport à la trame générale |
| Crédits | DAO : N. Le Voguer. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51231/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 896k |
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| Titre | Fig. 3 – Coupes schématiques des sondages |
| Légende | Les numéros et les ID correspondent au mobilier découvert ; les « T » correspondent aux prélèvements OSL et sont en rouge s’ils ont été datés. Les dates sont fournies en années calendaires. |
| Crédits | DAO : P. Gardère. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51231/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 472k |
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| Titre | Fig. 4 – Répartition des sites dans la zone d’étude en fonction de leur nature |
| Crédits | DAO : C. Laplaige (université de Tours). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51231/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Fig. 5 – Carte représentant les toponymes identifiés et les limites supposées en 1457 |
| Crédits | DAO : N. Le Voguer. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51231/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 787k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Clément Laplaige, Aude Crozet, Nathanaël Le Voguer, Philippe Gardère et Xavier Rodier, « SOLiDAR – Forêts de Chambord, Boulogne, Russy et Blois » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 26 janvier 2021, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/51231
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