Le Diamant – Dizac
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Année de l'opération :
2017Numéro d’opération :
426Nature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Éveha
Texte intégral
1En 2016, un diagnostic archéologique avait été conduit par Christine Etrich (Inrap) sur la côte du Diamant, au quartier Dizac, en prévision d’un projet de construction de villas sur les parcelles cadastrales N 552 et N 554 (Etrich 2016). L’opération avait mis au jour des vestiges précolombiens et coloniaux, en particulier : un amas coquillier interprété comme un possible dépôt précéramique (archaïque), sur la base d’observations technologiques et de la datation radiocarbone (14C) d’un labre de lambi (ayant donné une date comprise entre 1245 et 1080 av. J.-C.) ; des restes d’une occupation amérindienne rattachée à la culture saladoïde (environ 100 av. J.-C.–700 apr. J.-C. en Martinique) ; un dépotoir colonial et de petits amas de pierres qui pouvaient se rapporter à un habitat servile du xviie s. ; et de modestes vestiges (mobilier, aménagements) des xviiie, xixe et xxe s.
2Les indices suggérant l’existence d’un contexte précéramique (le premier qui pourrait être mis en évidence en Martinique et plus largement dans les Petites Antilles méridionales) et de restes d’une case d’esclaves du début de la période coloniale ont justifié la prescription d’une fouille archéologique préventive. Celle-ci a été réalisée du 19 octobre au 10 novembre 2017, sur une emprise de près de 500 m2 divisée en deux parties : un Secteur A, qui s’étendait sur quelque 400 m2 et avait vu la découverte du dépotoir précité, et un Secteur B, plus proche du rivage, qui avait révélé l’amas coquillier. Après le décapage, les faits archéologiques ont été fouillés manuellement. Au total, près de 148 faits archéologiques ont été comptabilisés ; 107 d’entre eux ont pu être fouillés (fig. 1).
Fig. 1 – Plan général de la fouille figurant les faits archéologiques
DAO : J. Moquel, P. Butaud (Éveha).
3Le substratum a été rencontré à différents endroits de la fouille. Il se compose d’un socle rocheux volcanique surmonté par une couche d’altérites piégeant des nombreux blocs épars. Le terrain naturel accuse un pendage vers la mer, située au sud-ouest : au nord-ouest de l’emprise, dans le Secteur A, le substratum ne se trouvait qu’à une dizaine de centimètres de la surface actuelle tandis qu’il a été atteint à une profondeur maximale de 2,60 m dans le Secteur B (soit environ un mètre sous la cote maximale atteinte dans le Secteur A).
4La stratigraphie est assez confuse. Localisé près de la mer et au pied du Morne Clochette, le site appartient à un milieu très dynamique : les matériaux provenant des coteaux avoisinants ou transportés par les ravines se heurtent ici au cordon littoral et s’accumulent au fond d’une lagune dans laquelle l’eau stagnante a produit des argiles fétides et plastiques. Ces différents phénomènes ont engendré une formation stratigraphique complexe affectée par de nombreuses bioturbations (trous de crabes et systèmes racinaires). De plus, la zone a vraisemblablement été mise en culture à l’époque coloniale.
5Dans le Secteur B, l’amas coquillier a été fouillé puis relevé par photogrammétrie ; quelque 200 coquillages et fragments de coquillages (principalement des lambis et des burgaux) y ont été référencés individuellement avant d’être ramassés (fig. 2). Le contexte en question est situé juste au-dessus du substratum et présente les caractéristiques d’un ancien milieu de mangrove ; il a subi des perturbations. L’amas coquillier qu’il contenait est, au moins en partie, d’origine anthropique. Il comportait des coquillages présentant, semble-t-il, des traces d’exposition à la chaleur, et deux préformes en conques de lambis (fig. 3) ; en outre, il a révélé une herminette en pierre bouchardée, de rares tessons de céramique amérindienne et coloniale, et des objets modernes qui ont manifestement été enfouis lors du rebouchage d’une des tranchées du diagnostic.
Fig. 2 – Orthophotographie de l’amas coquillier dans le plan de la fouille
Cliché et DAO : J. Moquel, P. Butaud (Éveha).
Fig. 3 – Préformes en conques de lambis provenant de l’amas coquillier du secteur B
Mire : 0,05 m.
Cliché : S. Perrot-Minnot (Éveha).
6Dans le Secteur A, le même contexte stratigraphique avait livré une autre préforme en conque de lambi, lors du diagnostic. Au cours de la fouille de ce secteur, ce contexte a aussi fait apparaître un amas de pierres aménagé. Ce dernier contenait des coquillages (des lambis et des burgaux, surtout) mais n’a livré aucun tesson de céramique, ni aucun autre type d’artefact. Les pierres comme les coquillages montrent des traces de chauffe. Nous aurions donc affaire à un lit de pierres chauffées, destiné à la cuisson des mollusques. Des aménagements similaires ont été signalés sur des sites archaïques de l’île de Saint-Martin ; pour autant que nous sachions, ce genre de dispositif de cuisson n’était plus en usage à l’Âge Céramique, aux Antilles.
7Si l’on réunit les données des Secteurs A et B, tout en tenant compte des perturbations de la stratigraphie (qui peuvent expliquer la présence des rares tessons de céramique observés dans l’amas coquillier), l’hypothèse d’une occupation précéramique du site s’avère plausible ; sa validation dépendra, notamment, des datations au radiocarbone des préformes découvertes dans le Secteur B. En tout cas, la malacofaune retrouvée dans ce probable contexte précéramique a dû être exploitée essentiellement pour la subsistance, même si quelques conques ont été utilisées pour la fabrication d’outils.
8L’horizon stratigraphique supérieur, dans le Secteur A, présentait de la céramique amérindienne associée à des artefacts en pierre et en coquillage, des coquillages non travaillés et de nombreuses structures en creux correspondant à des trous de poteau, des fosses et des petites tranchées donnant l’impression d’un enclos. La céramique peut être rattachée au Saladoïde Moyen-Récent (350-700 apr. J.-C.) voire au Troumassoïde (700-1000). Ces vestiges amérindiens constituent visiblement les restes d’un habitat, et peuvent être rapprochés de ceux du site de Dizac, gisement de référence pour le Saladoïde Moyen-Récent, fouillé à environ 1 km au nord-est de Dizac 552-554. Il est à signaler qu’en certains endroits de la fouille, le mobilier précolombien de l’Âge Céramique était mêlé à du mobilier colonial, ce qui illustre, là encore, les perturbations de la stratigraphie.
9Le dépotoir colonial identifié au diagnostic a été localisé et sa fouille a été complétée, donnant cependant de maigres résultats. Un mobilier réduit en a été extrait : des tessons de céramique, des fragments de pipes, des objets en métal, des coquillages et des ossements. Parmi la céramique, des types des xviiie et xixe s. et de la poterie afro-caribéenne « coco nèg » ont été reconnus. Une autre concentration de mobilier colonial, pouvant être interprétée comme un dépotoir ou comme l’effet d’un chablis, a été repérée et fouillée vers la limite nord du Secteur A. Elle a livré de la céramique, des fragments de tuyaux de pipes, du verre, du métal, de nombreux coquillages et des ossements d’animaux. Ces vestiges dateraient du xixe s. et/ou du début du xxe s., tout comme un certain nombre d’objets épars trouvés à travers les Secteurs A et B. Quelques structures en creux ont aussi été attribuées à la période coloniale, notamment les trous qui accueillaient autrefois les poteaux d’un hangar à amarres à cannes, mentionné par le rapport du diagnostic. Enfin, de petits amas de pierres, interprétés au diagnostic comme des calages, nous semblent être plutôt d’origine naturelle.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général de la fouille figurant les faits archéologiques |
| Crédits | DAO : J. Moquel, P. Butaud (Éveha). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51772/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 340k |
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| Titre | Fig. 2 – Orthophotographie de l’amas coquillier dans le plan de la fouille |
| Crédits | Cliché et DAO : J. Moquel, P. Butaud (Éveha). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51772/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 83k |
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| Titre | Fig. 3 – Préformes en conques de lambis provenant de l’amas coquillier du secteur B |
| Légende | Mire : 0,05 m. |
| Crédits | Cliché : S. Perrot-Minnot (Éveha). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/51772/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 60k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Sébastien Perrot-Minnot, Paul Butaud, « Le Diamant – Dizac » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 27 janvier 2021, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/51772
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