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AccueilRégionsNouvelle-Aquitaine200787 – Haute-VienneSaint-Gence – La Gagnerie

2007
87 – Haute-Vienne

Saint-Gence – La Gagnerie

Responsable d’opération : Guy Lintz

Texte intégral

Identifiant de l'opération archéologique : 2748

Date de l'opération : 2003 - 2007 (PP)
Inventeur(s) : Lintz Guy (BEN)

1Depuis le siècle dernier, divers auteurs ont décrit la petite enceinte gauloise de Saint-Gence située à l’ouest du bourg et ont mentionné régulièrement la découverte d’amphores italiques et de céramiques gauloises.

2En 1998 et 1999, la fouille au lieu-dit le Pâtureau a permis de reconnaître la partie occidentale d’une agglomération gauloise située entre l’enceinte et le bourg. De 2000 à 2002, l’exploration de la parcelle située à l’est du cimetière, a mis en évidence la limite est de l’agglomération gauloise. Elle a également attesté la présence de constructions gallo-romaines sur la parcelle. La fouille a aussi révélé plusieurs batteries de silos du haut Moyen Âge avec une occupation qui s’est poursuivie jusqu’au XVIe s. ou XVIIe s. (voir bilans scientifiques du SRA. Limousin des années 1998 à 2002).

3La fouille commencée en 2003 dans la parcelle de la Gagnerie, à l’ouest du cimetière, s’est achevée cette année (Fig. n°4 : Plan général de la fouille de la Gagnerie). Au cours de ces cinq années, plus de mille structures ont été fouillées sur une surface de 2 300 m2. La campagne 2007 a porté sur trois secteurs dont la fouille n’était pas achevée : le premier au nord est de la parcelle, le deuxième au sud-ouest et le troisième au nord-ouest.

Les trous de poteaux

4Une trentaine de trous de poteaux est apparue au sud-ouest de la parcelle, la majorité avec les traces d’un fantôme. Malheureusement situés dans la partie haute de la parcelle fortement arasée par les travaux agricoles, ils ne subsistent que sur quelques centimètres de profondeur et beaucoup d’entre eux ont probablement disparu. Il est par conséquent impossible de restituer le moindre plan de bâtiment. Leur diamètre, souvent compris entre 0,60 m et 1 m, permet de les classer dans la catégorie des grands trous de poteaux qui appartiennent à des structures laténiennes.

Les puits

5Comme sur le site du Pâtureau, le nombre de puits est important : 26 sont identifiés à la Gagnerie dont 15 ont été fouillés intégralement et 11 partiellement. En 2007, 7 nouveaux puits sont apparus dont 2 fouillés intégralement.

6Le puits 492, au sud ouest de la parcelle, proche de trois puits augustéens fouillés en 2006, possède un comblement antérieur à la Conquête. Il présente une ouverture circulaire de 2,90 m de diamètre, puis il se rétrécit progressivement et devient quadrangulaire à 1,30 m de profondeur. Ses parois deviennent alors verticales avec des côtés qui mesurent 1,80 m sur 1,50 m. Jusqu’à présent, aucun puits ne possédait une section aussi importante. Sa profondeur atteint 4,50 m.

7L’autre puits, situé au nord-est de la parcelle présente, sur toute sa hauteur, une section quadrangulaire de 1 m de côté à l’ouverture qui se réduit à 0,70 m à sa partie la plus étroite puis s’élargit légèrement à la base située à 4,10 m de profondeur. A proximité, trois autres puits n’ont été fouillés que dans leur partie supérieure. Deux sont comblés à la période augustéenne, le dernier à la période gallo-romaine. L’un des puits augustéen possède, à chaque angle, un trou de poteau appartenant à la margelle.

8Deux autres, situés à proximité de la voie est-ouest, au nord ouest de la parcelle, n’ont été fouillés que partiellement. L’un d’eux n’est pas daté, l’autre renfermait un peu de mobilier gallo-romain dont un fragment de céramique sigillée (Bol 37 du centre de la Gaule).

9La datation des comblements a permis de voir que les puits se répartissent sur une longue période et n’ont pas tous fonctionné simultanément. Le comblement des quatre plus anciens peut se situer vers la fin du IIe s. av. J.-C. Trois autres sont comblés plus tardivement, quelques années avant la Conquête, peut-être lors de la première phase d’abandon de l’agglomération. Le mobilier inclut des amphores Dressel I A tardives et de rares lèvres qui appartiennent plutôt à des formes Dressel I B. Six puits incluent du mobilier augustéen en quantité sans aucun élément plus récent. Leur comblement peut coïncider avec l’abandon de l’agglomération.

10Cinq autres datent de l’époque romaine. L’un d’entre eux a probablement fonctionné durant le Haut-Empire puis a été comblé dans le courant du IIIe s. Un autre a été creusé après le comblement du précédent et son abandon n’est pas intervenu avant le milieu du IVe s.

11Ces observations permettent une approche typochronologique de ces structures. L’ouverture des plus anciens, de plan carré, possède des dimensions de l’ordre du mètre, sans évasement des parois vers le haut. On ne dispose d’aucune indication sur la margelle qui pouvait être en matériaux périssables.

12Plus tard, certains puits possèdent un sommet en entonnoir. La partie évasée peut mesurer 3 m de diamètre à l’ouverture sur une profondeur supérieure à 1 m mais qui peut atteindre le double. Un coffrage en bois, probablement prolongé par la margelle, retient la terre utilisée pour combler la partie évasée. Cette technique se retrouve à l’époque augustéenne. Dans le puits 141 par exemple, le cuvelage repose sur un cadre horizontal de poutres encastrées dans la paroi à 1,60 m de profondeur. D’autres fois, seul un décaissement aux parois verticales, peu profond et à fond plat, permet d’asseoir la margelle. Elle est parfois en bois, maintenue par des poteaux d’angle ou en pierres.

13Le puits du Haut-Empire possède également un plan carré avec une partie supérieure en entonnoir. La fouille n’a fourni aucune information sur le coffrage et la margelle. Le puits du Bas-Empire, de plan circulaire, était bâti sur la plus grande partie de sa hauteur avec des pierres plates incluant des moellons de petit appareil récupérés sur le site.

14Ce nombre élevé pourrait laisser croire qu’ils avaient une autre utilisation que l’approvisionnement en eau mais la fouille montre que les puits du Pâtureau comme ceux fouillés intégralement à la Gagnerie ne semblent pas avoir eu d’autre usage.

Les fosses

15La fouille de nombreuses fosses permet de distinguer deux grandes catégories : de grandes fosses aux parois généralement verticales et des fosses aux dimensions plus modestes.

16Beaucoup de grandes fosses ne contenaient pas ou peu de mobilier. Toutefois, une fosse fouillée cette année présente 10 US, certaines riches en amphores Dr. 1A. Cette fosse à fond plat et parois verticales, profonde de 0,90 m, large de 2 m, était recouverte par le sol d’une maison construite après son comblement. Il en est de même d’une autre fosse dans laquelle était conservée une couche de tessons d’amphore correspondant à un radier (Fig. n°3 : Radier de sol conservé dans la partie supérieure d'une fosse). Dans les deux cas, la conservation du sol résulte d’un affaissement dû au tassement du remplissage de la fosse.

La voirie

17Cette année, la poursuite du sondage ouvert en 2006 sur la voie nord-sud confirme l’organisation et la chronologie observées les années précédentes. Deux fossés bordaient la chaussée encaissée, large de 5 m. Toutefois le fossé ouest, relativement modeste auparavant, devient plus large et plus conséquent. Peu de temps avant son abandon, elle avait fait l’objet d’une recharge de grosses pierres directement déposées sur la chape initiale constituée de petites pierres.

18Cette année la chronologie de la route se dirigeant vers l’ouest (Fig. n°2 : Premier état de la voie ouest) a été confirmée par l’étude du carrefour. Bordée de fossés et d‘une largeur de 4 m à 5 m, elle est presque perpendiculaire à la route nord-sud et, comme elle, a été créée après la Conquête. Elle présente un premier niveau de circulation constitué de petites pierres associées à des tessons d’amphore très érodés et une recharge avec des pierres plus grosses. Sur la partie étudiée, son assise n’a toutefois pas été recreusée et la couche de grosses pierres n’est conservée qu’à proximité du carrefour (Fig. n°1 : Le carrefour). Le raccordement du fossé ouest de la route nord-sud avec le fossé sud de la route qui se dirige vers l’ouest montre un dispositif particulier. En effet aucun aménagement ne permet l’écoulement de l’eau vers le nord (pente naturelle du terrain). Les deux fossés se rejoignent bien à l’angle du carrefour. À cet endroit le fossé de la route nord-sud devient très profond (1,10 m) et il est associé à une structure perpendiculaire et rectangulaire de 2,20 m de long et 0,85 m de large. Cet aménagement, peut-être complété par un plancher en bois, pouvait servir à puiser l’eau de pluie accumulée à cet endroit.

L’organisation spatiale

19Sur la parcelle totalement fouillée, la présence de groupements de structures (îlots) et une orientation privilégiée de celles-ci révèle une structuration de l’espace. Trois îlots se dessinent, l’un au nord-est, l’autre au sud-est de la fouille, séparés par une bande de 7 m à 8 m, vierge de structures. Le troisième, moins évident en raison de l’arasement apparaît à l’ouest. De plus, il est recoupé par la route.

20Dans chaque îlot, l’orientation des structures change en fonction des époques. Les lignes directrices s’observent sur les structures allongées, souvent de grandes fosses, et sur les côtés des puits quadrangulaires. Durant les phases anciennes, l’orientation se situe autour de 50 ° avec des différences de quelques degrés d’un îlot à l’autre. En revanche, après la Conquête, toutes les structures s’organisent en suivant une orientation voisine de 60 °.

Le mobilier

21Le mobilier recueilli cette année comprend moins de 30 000 tessons d’amphore et de céramique et aucune amphore complète n’a été mise au jour. Parmi les petits objets, peu de pièces remarquables : quelques monnaies érodées, une lampe Ricci 2.

La chronologie

22Au terme de neuf années de fouilles sur la partie sud de l’agglomération gauloise de Saint-Gence, il est possible de préciser la chronologie du site. Les découvertes antérieures permettent de situer approximativement l’origine de l’occupation gauloise de Saint-Gence vers la fin du IIIe s. ou au tout début du IIe s. av. J.-C. Toutefois, très peu de structures fouillées incluent de la céramique antérieure à la première moitié du IIe s. et seulement quelques fosses peuvent dater du troisième quart du IIe s. av. J.-C. Par la suite, des fosses, plus nombreuses, incluent des céramiques de la fin du IIe s. ou du début du Ier s. av. J.-C. Une activité importante caractérise cette période. Ensuite, quelques structures sont antérieures à la Conquête et précèdent la mise hors service de puits et de fosses. L’absence d’amphores Dressel 1 B hors contexte augustéen ne peut qu’appuyer cette hypothèse d’un abandon du site, intervenu un peu avant la Conquête.

23Toutefois une importante réoccupation du site, bien attestée, a pu débuter un peu avant l’époque augustéenne. Plusieurs puits, recoupant nombre de structures, sont creusés à cette période. De grandes fosses appartiennent à cette époque qui a également vu la construction de la voie. L’abandon de l’agglomération qui a pu débuter vers le milieu de la période augustéenne semble définitif au tout début de notre ère.

24La fouille a également mis en évidence une occupation gallo-romaine, tout d’abord sous Tibère-Claude, en dehors du village gaulois, puis du IIe s. jusqu’au Bas-Empire (monnaies et céramique d’époque constantinienne dans un puits). Des trous de poteaux appartiennent à des structures probablement postérieures à l’époque romaine mais encore difficiles à dater.

25LINTZ Guy

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Annexe

Fig. n°1 : Le carrefour

Fig. n°1 : Le carrefour

Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)

Fig. n°2 : Premier état de la voie ouest

Fig. n°2 : Premier état de la voie ouest

Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)

Fig. n°3 : Radier de sol conservé dans la partie supérieure d'une fosse

Fig. n°3 : Radier de sol conservé dans la partie supérieure d'une fosse

Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)

Fig. n°4 : Plan général de la fouille de la Gagnerie

Fig. n°4 : Plan général de la fouille de la Gagnerie

Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)

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Table des illustrations

Titre Fig. n°1 : Le carrefour
Crédits Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/7220/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 230k
Titre Fig. n°2 : Premier état de la voie ouest
Crédits Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/7220/img-2.jpg
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Titre Fig. n°3 : Radier de sol conservé dans la partie supérieure d'une fosse
Crédits Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/7220/img-3.jpg
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Titre Fig. n°4 : Plan général de la fouille de la Gagnerie
Crédits Auteur(s) : Lintz, Guy. Crédits : Lintz, Guy (2007)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/7220/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 309k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Guy Lintz, « Saint-Gence – La Gagnerie » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 01 mars 2007, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/7220 ; DOI : https://doi.org/10.4000/adlfi.7220

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Auteur

Guy Lintz

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