Colombelles – Zac Lazzaro 3
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Année de l'opération :
2018Numéro d’opération :
162982Chronologie :
Préhistoire, Néolithique, Protohistoire, âge du Bronze, âge du Fer, Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romaineNature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1La fouille menée sur la Zac Lazzaro 3 a permis de mettre en évidence plusieurs occupations de ce plateau calcaire dominant, à 2 km à l’ouest, la basse vallée de l’Orne.
2Les premiers témoignages d’occupations humaines renvoient aux débuts du Néolithique. Ces vestiges correspondent à des fosses dépotoirs. La plupart de ces fosses semblent border des bâtiments, dont seuls quelques trous de poteaux ont pu être repérés. Cette occupation, attribuable à la culture du Villeneuve-Saint-Germain, fait suite au village rubané final (Lazzaro 1), mis au jour à quelques centaines de mètres de là. Plusieurs fosses étroites et profondes (Schlitzgruben), possibles pièges de chasse mis au jour sur l’emprise, pourraient se rapporter à cette période. L’analyse des industries lithiques (silex, macro-outillage) ainsi que des vestiges anthracologiques ont permis de montrer que ce site s’inscrit pleinement dans ce que l’on connaît des pratiques culturelles, de l’économie et de l’environnement du Néolithique ancien régional. En outre, deux datations radiocarbone sur charbons placent cette occupation au tout début du Ve millénaire av. n. è. (4973-4716 cal BC). Pendant la suite du Néolithique, ce secteur du plateau de Colombelles ne paraît pas avoir été occupé durablement, hormis quelques foyers à pierres chauffées dont une datation radiocarbone (2618-2478 cal BC) suggère une attribution au Néolithique final.
3Il faut attendre l’âge du Bronze ancien, vers 1900 avant notre ère, pour voir à nouveau une mise en valeur de cet espace. Tout d’abord, une enceinte est aménagée vers le sud de l’emprise, au bord d’un ancien chemin orienté nord-sud. Quoique modeste en surface (1 170 m2), l’enceinte est délimitée par un fossé assez puissant, notamment au niveau de l’entrée, atteignant originellement 4 m de large pour 1,70 m de profondeur. Mettant à profit le pendage naturel du substrat calcaire, deux rigoles ont été aménagées pour canaliser les eaux pluviales de part et d’autre de l’entrée. Les rejets domestiques dans le fossé d’enceinte comprennent une trentaine d’individus céramiques, un outillage lithique et des restes de faune. La typologie des céramiques montre qu’elles s’intègrent dans les productions connues régionalement pour le Bronze ancien 2 (ca. 2000-1600 av. n. è.). L’étude de la faune montre une surreprésentation du bœuf et d’individus jeunes, n’ayant pas atteint leur maturité pondérale, ce qui pourrait être, comme dans d’autres enceintes de cette époque, un indice de pratiques commensales collectives (banquets). L’analyse des industries en silex montre un approvisionnement au plus près (sur la côte), un débitage peu normé et un outillage peu diversifié (grattoirs, pointe de flèche à base concave). L’étude des macro-outils atteste la présence d’un outillage de mouture, de percuteurs, d’une petite série d’aiguisoirs et d’un possible marteau de métallurgiste ; ces derniers attestent que le métal était entretenu, si ce n’est produit, sur place. Les trois datations obtenues sur des échantillons de faune et de charbons, à la base et au sommet du remplissage, sont très resserrées et donnent un intervalle compris entre 1885 et 1745 cal BC.
4De l’autre côté du chemin, une nécropole comprend quatre enclos circulaires, et au moins une quinzaine de sépultures. Le plus grand des enclos (28 m de diamètre) délimite un tertre et paraît, par sa position, fonder la nécropole. Il s’agit aussi de l’un des plus monumentaux de la région. Cinq datations radiocarbone obtenues à partir des squelettes suggèrent un usage de ce cimetière, contemporain de l’enceinte, sur quelques générations entre 1896 et 1745 cal BC. L’organisation du cimetière, la stratigraphie et les résultats radiocarbone suggèrent un développement linéaire des enclos circulaires vers le sud puis vers le nord à un rythme générationnel. L’étude anthropologique a permis de montrer l’usage exclusif de la sépulture individuelle, une grande variété dans la position des corps (décubitus dorsal, latéral gauche ou droit, procubitus) et une opposition entre sujets inhumés la tête à l’ouest et ceux enterrés la tête à l’est (dont deux individus féminins) ; ces deux groupes également répartis pourraient suggérer une différenciation sexuelle, quoique dans des modalités différentes de la période précédente (Campaniforme). Dans le prolongement de ce cimetière se trouve à 200 m (hors emprise à Giberville), une grande tombe qui a livré un viatique typique des chefs de l’époque (poignard en bronze, pointes de flèches armoricaines, ambre), soulignant la dimension élitaire du site et sans doute son caractère central dans l’organisation des territoires.
5Par la suite, un nouveau hiatus est observé durant un millénaire. Dans une phase récente du premier âge du Fer ou ancienne du second âge du Fer (ve s. av. J.‑C.), deux enclos sont érigés, l’un pentagonal à vocation domestique comprend plusieurs bâtiments sur poteaux et des foyers, l’autre en U, plus énigmatique, ne renfermait qu’un puits. L’attribution chronologique des deux enclos n’est pas clairement établie et soulève la question quant à un fonctionnement simultané ou successif des deux enclos. La datation de l’enclos oriental est plutôt fiable et se base sur le corpus céramique dont les caractéristiques typologiques offrent une datation de la fin du vie et la première moitié du ve s. av. J.‑C., soit la période de transition entre le premier et le second âge du Fer. En revanche, la datation de l’enclos occidental demeure très fragile. À défaut de mobilier céramique déterminant, une attribution à la période du Hallstatt moyen ou final est supposée sur la base de comparaisons morphologiques. Ces deux enclos sont, en quelque sorte, représentatifs des enclos du premier âge du Fer et illustrent bien les problèmes d’interprétation chronologique et structurelle de ces supposés habitats. Comme bien souvent, les vestiges faiblement excavés de l’enclos occidental sont peu propices au piégeage de mobilier, alors que leur nature et leur structuration témoignent indéniablement d’une vocation domestique et agro-pastorale (stockage). L’enclos oriental représente un cas de figure contraire où le fossé puissant a donné lieu au piégeage de rejets anthropiques, alors que son espace interne semble dépourvu de vestiges domestiques. Entre ces deux enclos, cinq tombes contemporaines sont réparties en deux groupes distincts. Elles contenaient des inhumations individuelles, orientées sud-nord ou nord-sud, sur le dos ou sur le ventre, et associées avec des ornements en alliage cuivreux (torques, bracelets, fibule) ou en fer (torque).
6Dans une phase finale de l’âge du Fer, séparée de la première de plusieurs générations, un enclos quadrangulaire est construit. Bien que de dimensions modestes (840 m2), il renfermait, comme ailleurs dans la région, un grand nombre de silos ou de caves. Cet enclos contraste avec les établissements de la même période en Plaine de Caen par une très faible présence de mobilier céramique et faunique. Pourtant, rien ne peut remettre en question la vocation domestique du site et les activités agricoles exercées par les habitants. Bien que faiblement représentées, toutes les catégories habituelles de mobilier sont attestées : céramiques culinaires, dépôts céréaliers, indices de consommation de faune, dépôts de coquillages indiquant une consommation importante de moules et de coques, outillage en fer, meules…
7Au début de notre ère, deux enclos quadrangulaires accolés sont aménagés à proximité. Le premier enclos au nord mesure 3 300 m2 et renferme un bâtiment de 70 m2 dont les fondations sont composées de moellons calcaires et assez peu de structures fossoyées. Le second enclos au sud est plus vaste (7 200 m2) contient une dizaine de bâtiments, un puits, une aire foyère, des parcelles encloses (pour parquer le bétail ?) et diverses structures fossoyées. Ainsi, ces deux enclos, l’un un peu plus cossu et l’autre plutôt à vocation agraire, pourraient correspondre à la pars urbana et à la pars rustica d’une villa gallo-romaine précoce. Néanmoins, l’étude du mobilier céramique montre que l’établissement est occupé entre le deuxième tiers du ier s. et le iiie s. apr. J.‑C. Il pourrait alors s’agir d’enclos annexes, attachés à la villa qui a été mise au jour dans les parcelles voisines (Lazzaro 4). L’exploitation de Lazzaro 3 enferme probablement diverses activités agricoles, comme il apparaît à travers les deux enclos et leurs aménagements internes. L’enclos au sud inclut des espaces de pâturage, comme il ressort des espaces cloisonnés le long du fossé d’enclos, mais aussi une aire centrale dédiée vraisemblablement au stockage. Hormis des greniers de petite taille, des bâtiments sur poteaux pourraient constituer des dépendances pour des diverses activités agro-pastorales. L’enclos au nord se démarque clairement de celui au sud par son unique bâtiment sur fondation en pierre au fond de la cour. Son plan architectural, ouvert sur la façade, peut être interprété comme une grande écurie à laquelle s’associe une pièce fermée qui a pu servir de logement pour le palefrenier. Enfin, l’ensemble de ces enclos gallo-romains s’insère dans une trame viaire et parcellaire qui semble déjà en place à l’âge du Fer, mais qui ne se matérialise clairement qu’à la période gallo-romaine sous forme de fossés profonds. Une partie de ces cheminements paraît même en usage dès l’âge du Bronze.
8L’ensemble de ces enclos protohistoriques et antiques semble se développer à une époque où l’on observe une exploitation croissante, quoique discontinue, des plateaux. Cette succession d’occupations s’explique sans doute par la fertilité des sols alentours, mais aussi par leur position de carrefour entre des itinéraires est-ouest, rejoignant la vallée de l’Orne, et nord-sud reliant l’intérieur des terres à la mer. Ces itinéraires, encore en usage aujourd’hui sous formes de chemins ou de route départementale, ont pu voir leurs tracés varier au cours des âges mais leurs lignes directrices sont restées sensiblement les mêmes.
9Enfin, les témoins de fréquentation médiévale font défaut et cette partie du plateau paraît retourner à une fonction essentiellement agraire, voire forestière, et ce jusqu’à la Seconde Guerre mondiale où le secteur du Lazzaro a été le théâtre d’affrontements durant la Bataille de Caen à l’été 1944. Les vestiges de ce conflit, sont représentés par des caisses de munitions, des obus, un fragment de tôle d’avion ou des restes de repas (conserves, bouteilles de bière).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général |
| Crédits | DAO : M. Besnard, C. Nicolas (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/74658/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 497k |
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| Titre | Fig. 2 – Vue d’une cave de La Tène finale empierrée dans sa partie supérieure |
| Légende | À droite, un escalier fait de meules en réemploi. |
| Crédits | Cliché : C. Nicolas (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/74658/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,3M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Clément Nicolas, Chris-Cécile Besnard-Vauterin, « Colombelles – Zac Lazzaro 3 » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Normandie, mis en ligne le 04 juin 2021, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/74658
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