1La campagne de la fouille programmée 2018 s’inscrit dans le cadre d’une seconde année probatoire du PCR « Topographie générale et insertion territoriale de la ville de Briga », coordonné par Étienne Mantel, qui sera effectif en 2019. Le conseil scientifique, constitué de Jean-Yves Marc (université de Strasbourg), Séverine Blin (CNRS), Matthieu Poux (université Lumière Lyon II), Thierry Dechezleprêtre (Conseil départemental des Vosges) et Laurent Popovitch (université de Bourgogne) a définitivement pris corps. L’une de ses missions est de définir les choix scientifiques, les priorités de cette action et les moyens mis en place pour en optimiser les résultats. L’année 2018 a eu pour but essentiel de finaliser les recherches sur les secteurs ouverts depuis une demi-décennie au nord-est du centre monumental sur environ 1 ha (Mantel dir. 2019).
2Les investigations, qui ont essentiellement concerné le Quartier Nord, marqueront la fin des opérations dans ce secteur, même si d’ultimes interventions très limitées y seront pratiquées en 2019 sur une centaine de mètres carrés.
3La fouille exhaustive de ce secteur, avec des vérifications systématiques au-delà du sol naturel, a permis de circonscrire les occupations anciennes (préhistorique et protohistorique) à travers la présence, ou non, de matériel rattachable à ces périodes (les structures étant difficilement décelables). Aux abords ouest de l’îlot VIII, le mobilier lithique, bien que totalement remanié, indique une fréquentation dès le Néolithique final ou l’âge du Bronze. De rares structures et quelques zones fouillées en 2017 avaient déjà révélé du matériel en place sur le sol naturel (dans l’environnement des bâtiments 41 et 56 de l’îlot III et dans l’espace AS de l’îlot XIV), limitant dans ce secteur l’extension maximale de ces occupations vers le nord-est.
4La période protohistorique est elle aussi de mieux en mieux documentée par cette approche méthodologique à grande échelle. Du mobilier remanié a été découvert dans le sondage 7 (presque exclusivement au sud du Decumanus B, mais aussi dans l’espace AQ) et la majorité provient du sondage 8 (principalement dans les espaces BL, BK, CE et CH). L’étude du mobilier céramique protohistorique et de sa répartition (1 170 tessons supplémentaires, 102 individus) contribue à mieux appréhender ces horizons chronologiques et les mouvements de remblais de plus en plus évidents, consécutifs à certains aménagements surtout effectués de la fin du ier s. au milieu du iiie s. apr. J.‑C.
5Dans ce quartier (plus particulièrement l’îlot X du sondage 7), une fondation linéaire (59) marquant une limite de parcelle, quelques segments de murs de possibles bâtiments (12 ?, 60) ainsi que des structures en creux ont été mis au jour et complètent le plan général des vestiges (fig. 1 et 2). Ces renseignements complémentaires confortent le schéma proposé depuis plusieurs années pour l’implantation et l’évolution de la trame urbaine des iie et iiie s. (Mantel et Dubois 2012) et précisent son organisation. L’existence d’espaces de cours quadrangulaires communs dans l’îlot X délimités par un mur (espaces Q/R) et une clôture (espaces AQ/AQ’/AQ’’) est désormais attestée. L’approvisionnement en eau est de mieux en mieux appréhendé par la mise en évidence de l’utilisation des points d’eau (puits et puisards), avec pour certains emplacements jusqu’à 2 ou 3 creusements successifs (espaces AC’ et AP’). Les données acquises cette année apportent des précisions sur la structuration du quartier et affinent la chronologie des différents aménagements comme les plans de phasage de l’occupation.
Fig. 1 – Relevé pierre à pierre de la partie occidentale des vestiges centré sur les îlots X, XI et XIV du Quartier Nord
Relevé : G. Blein, S. Boireau, A. Dananai, L. Deschamps, É. Mantel, J. Nguyen-Dao, J. Parétias ; DAO : J. Parétias.
Fig. 2 – Plan interprété de la partie occidentale des vestiges centré sur les îlots X, XI et XIV du Quartier Nord, toutes phases confondues
É. Mantel (SRA), DAO : J. Parétias.
6Les conditions météorologiques et l’émulation durant l’été 2018 ont favorisé l’achèvement de la fouille du Quartier Nord. La stabilisation des vestiges et leur mise en valeur sont aujourd’hui en grande partie achevées par l’équipe de la fouille programmée (fig. 3). Cette présentation est motivée par un souci de conservation, de présentation des vestiges à moindre coût et de leur intégration dans le cadre environnemental préservé de la clairière du Bois-l’Abbé. L’aménagement d’une butte panoramique dans le Quartier Nord et l’engazonnement des espaces de circulation (voiries, cours) permet de renforcer la lisibilité des vestiges dont les fondations ont été partiellement complétées et, dans certains cas, rehaussées. Ce procédé de valorisation, qui permet enfin l’accessibilité des vestiges à une grande partie de la population, a été accueilli de manière très positive par les instances (SRA, CRMH, Conseil Scientifique) et emporte l’adhésion des visiteurs. Il pourra à l’avenir être systématiquement reconduit à l’issue de l’achèvement des opérations dans chaque secteur.
Fig. 3 – Vue vers l’est depuis la butte panoramique du Quartier Nord mis en valeur
Cliché : M. Richard.
7De nouvelles prospections géophysiques, initiées en 2017 et poursuivies en 2018 par Bruno Gavazzi (chercheur contractuel à l’université de Strasbourg, UMR 7516 – IPGS EOST) et son équipe, livrent des résultats inespérés qui participent à la constitution d’un plan géomagnétique des vestiges couvrant l’emprise de la zone classée après l’échec de l’intervention pratiquée en 2010 par Géocarta (Mantel, Devillers, Dubois 2010). La technique mise en œuvre cette année sur environ 5 ha a permis de détecter de nouveaux vestiges (zones lourdement bâties, fossés, alignements…) qui donnent une image plus complète de la ville romaine de Briga (fig. 4). Elles seront poursuivies et affinées lors de la campagne 2019, en parallèle des opérations de fouille, et contribueront, à terme, à cibler les interventions de terrain menées dans le cadre du PCR. Avec l’achèvement de la quasi-totalité de la fouille du Quartier Nord, de sa mise en valeur et l’intégration des dernières données dans la publication monographique à paraître courant 2020, des secteurs clefs de l’agglomération peuvent désormais faire l’objet d’investigations organisées conjointement avec celles qui se poursuivent aux abords du complexe monumental. La première année effective de cette nouvelle formule sera mise en place en 2019 avec un plan de programmation triennale (2019-2021). Deux dossiers laissés en suspens depuis la fin des années 1990 feront l’objet de nouvelles interventions suivies de mesures de protections appropriées : les « Petits Thermes » dont les fouilles ont été interrompues en 1999-2000 et le théâtre et ses abords dont les études n’ont jamais abouti ni à une publication exhaustive ni à des mesures conservatoires.
Fig. 4 – Carte de l’anomalie magnétique de l’intensité de -5 à 5 nT et plan archéologique interprété positionnés sur une photographie satellite Google Earth
DAO : B. Gavazzi (IPGS).
8La mise en valeur du Quartier Nord met un terme à l’analyse de l’habitat du Haut-Empire dont environ 1 ha a été exploré de manière extensive entre 2010 et 2018. La transition qui s’est opérée ces dernières années oriente désormais la recherche vers une nouvelle approche, collective et pluridisciplinaire, de l’étude du peuplement de cette extrémité du plateau de Beaumont de sa genèse jusqu’à son abandon. Après cette décennie d’exploration, ce site qui était qualifié de grand sanctuaire rural est reconnu comme une ville d’au moins 65 ha, dont le nom antique Briga nous a été révélé par la découverte épigraphique exceptionnelle dans la basilique en 2006 (Mantel, Dubois, Devillers 2006). Elle est dotée d’au moins un complexe monumental à sa périphérie ouest, dont les origines remontent à La Tène ancienne/moyenne en l’état actuel des connaissances. Ces recherches ont entraîné des avancées décisives pour la compréhension de cette agglomération de Gaule Belgique : précision de son assiette, caractérisation de son statut (un chef-lieu de pagus), définition des principaux quartiers, compréhension de sa structuration et des axes de circulation principaux orientés en partie en fonction des points cardinaux et en s’adaptant aux contraintes topographiques (Mantel, Dubois dir. à paraître). Sur cette base solide, des thématiques qui s’intéresseront aux entités constitutives de Briga peuvent enfin être mises en place dans les années à venir afin d’activement prendre part à l’étude de ce site important du nord de la France.
Fig. 5 – Le complexe monumental vu du ciel
Cliché : A. Bouloumou.