Méru – Zac de la Nouvelle France (tranche 2)
Entrées d’index
Année de l'opération :
2008Nature de l'opération :
opération de diagnosticNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1L’extension de la Zac de la Nouvelle France est à l’origine d’un diagnostic réalisé par l’Inrap entre le 13 mai et le 19 juin 2008. Le projet porte sur une superficie de 155 602 m2. Les surfaces additionnées des 25 tranchées linéaires associées à des fenêtres réalisées représentent 10,27 % de l’emprise.
2L’extension est implantée sur le versant ouest assez pentu avec un dénivelé de 10 m et une partie du fond de la vallée du ru de Méru qui correspond au cours supérieur de l’Esches. L’érosion, accentuée par la mécanisation des productions céréalières, a pratiquement mis à nu le substrat en sommet de versant où la strate de limons argileux rouges à silex surmontant le substrat calcaire du Crétacé supérieur apparaît directement sous la terre très caillouteuse des labours. Sur le versant, une strate de colluvions de limon jaune avec quelques inclusions de cailloutis s’ouvre en biseau et s’intercale entre la terre des labours et le substrat. Sous la côte des 75 m NGF, les sondages montrent les vestiges d’un replat aujourd’hui colmaté par des colluvions et des alluvions amenées par la rivière à l’intensité de débit très fluctuante. C’est à la rupture entre la base du versant et la vallée que sont conservés parfois sur une hauteur de 20 à 25 cm, un horizon et des vestiges du haut Moyen Âge.
3Le diagnostic de 2008 a confirmé une nouvelle fois le fort potentiel archéologique qu’il recelait avec 119 occurrences recensées dont quelques vestiges, trois fosses ou silos et deux trous de poteau localisés sur le versant qui sont antérieurs à la période médiévale. Ces structures, dont une est datée de La Tène finale, sont en relation avec des sites d’habitats protohistoriques déjà étudiés par P. Granchon en 1994 (La Queue de Cresnes et Dessous la Queue de Cresnes).
4L’opération a surtout permis la découverte exceptionnelle d’un atelier de verrier carolingien relié au hameau contemporain d’Agnicourt par un chemin de terre (ancienne route haute de la vallée nommée aussi route de Gisors) qui a été suivi sur une distance de 500 m. Ce chemin reprenait en partie le tracé d’une canalisation d’eau gallo-romaine ou mérovingienne.
5La superficie estimée du site de verrier couvre 3 000 m2. D’après le mobilier céramique comparé aux productions franciliennes et du sud de la Picardie, celui-ci s’inscrit dans une courte phase de la période carolingienne, le ixe s. L’établissement est installé dans une légère dépression d’environ 30 m de large qui s’étend de la rivière à une bifurcation du chemin. Trente-trois structures (des trous de poteau, deux fosses, un foyer, un four domestique) cinq niveaux et le mobilier qu’ils ont livré (plusieurs creusets, 167 fragments de verre...) permettent de caractériser cet établissement artisanal. Le verre local est produit en partie à partir du recyclage de verreries plus anciennes, des objets et du verre à vitre ou à vitrail comme en témoignent des tessons taillés avec un grugeoir et des fragments de plomb.
6La répartition des vestiges et les différentes concentrations de mobiliers soulignent déjà le potentiel permettant d’aborder et de renseigner des thèmes primordiaux pour cet artisanat médiéval comme l’organisation d’un tel site, les critères d’implantation, la nature et les besoins en matières premières ainsi que celle des produits finis et leur diffusion ou commercialisation. Ils permettent aussi d’aborder l’influence des grandes abbayes sur le développement d’une petite vallée aux confins de l’Île-de-France dans la mesure où les terres d’Agnicourt constituent un domaine légué à l’abbaye de Saint-Denis.
7La documentation archéologique aujourd’hui disponible présente essentiellement des produits finis, objets ou vitres et vitraux, leurs caractérisations techniques et leurs diffusions et très peu les sites de production en raison de l’extrême rareté de leur découverte en France comme en Europe. Le site de Méru (Agnicourt) avec son potentiel constitue une opportunité exceptionnelle d’appréhender le sujet et d’abonder la documentation scientifique.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – L’atelier de verrier carolingien |
| Crédits | DAO : M. Derbois (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/83674/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 318k |
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| Titre | Fig. 2 – Fragments d’objets et matériaux ou déchets du travail du verre |
| Crédits | Clichés et DAO : S. Lancelot (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/83674/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 225k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Martine Derbois, « Méru – Zac de la Nouvelle France (tranche 2) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Hauts-de-France, mis en ligne le 06 juillet 2021, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/83674
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