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2008
80 – Somme

Croixrault, Thieulloy-l’Abbaye – Zac du sud-ouest Amiénois

Opération préventive de diagnostic (2008)
Responsable d’opération : Nicolas Cayol

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1L’aménagement d’une Zac autour de l’échangeur A29 de Croixrault, sur environ 80 ha, donnait l’occasion de poursuivre et d’approfondir les recherches menées en 2001 et 2002 sur le tracé autoroutier. En 2008, le diagnostic d’une première tranche de 28 ha a livré des résultats spectaculaires.

2L’occupation la plus ancienne est attribuable au Bronze moyen. Celle-ci se caractérise par la découverte de fosses qui ont livré plusieurs vases archéologiquement complets. Malgré le nombre limité de structures sur l’emprise, cette découverte est importante. Force est de constater que les phases du Bronze ancien et moyen restent largement sous-documentées dans la Somme (moins d’une dizaine de structures réparties sur quatre sites). Globalement, à l’échelle de la Picardie, les établissements de ces périodes présentent des vestiges très mal préservés. Ils se matérialisent le plus souvent par une ou quelques fosses de fonction indéterminée, voire par du mobilier provenant d’un chablis ou piégé dans une structure plus récente. L’impact au sol des installations de ces périodes, probablement faible à l’origine, explique en partie le caractère ténu des traces observées. Il convient toutefois de ne pas conclure trop vite à l’impossibilité d’aller plus avant dans la caractérisation de ces installations. Si aucun bâti n’est répertorié dans la Somme pour le Bronze ancien-moyen, c’est sans doute aussi parce que tous les sites de cette période ont été mis au jour lors d’opérations préventives sur tracés linéaires (autoroutes notamment), c’est à dire à l’occasion de l’ouverture de fenêtres relativement restreintes. En outre, l’indice le plus prometteur trois profonds trous de poteau n’a finalement pas pu être fouillé en raison du relèvement de la côte travaux de l’ouvrage autoroutier (A29 Est, Wiencourt-L’Équipée). De fait, plus au nord, dans le Pas-de-Calais, a été mis au jour un bâtiment sur poteaux plantés, de plan circulaire, similaire à ceux découverts en Normandie (Roeux, Le Château d’Eau). Ainsi, s’il n’est pas exclu que les deux fosses de Croixrault soient les seuls vestiges conservés d’une occupation du Bronze ancien-moyen, le décapage de ce secteur peut aussi conduire à la mise en évidence d’un site plus complexe.

3À l’issue de l’opération, il est permis d’entrevoir l’existence de plusieurs ensembles importants de structures se rapportant à la charnière premier âge du Fer/La Tène ancienne jusqu’à La Tène moyenne, et dont certains éléments sont remarquables. Même si les structures de cette époque sont présentes sur la quasi-totalité de l’emprise, deux noyaux principaux ont été détectés, au nord et au sud de l’emprise. La découverte d’ensembles architecturaux sur poteaux, de structures complexes (four à sel ou structure de combustion) et d’un réseau de fossés le tout réparti sur un espace important, reste une découverte relativement rare en Picardie et permet de souligner l’importance scientifique que revêt ce site. Les problématiques dans lesquelles une fouille et une étude de ces sites pourraient s’intégrer ne manquent pas. Outre l’opportunité de mieux cerner un site de La Tène ancienne et de la charnière avec le premier âge du Fer, période mal connue et encore malheureusement peu abordée dans la Somme, ce site s’intègre aussi dans une problématique économique concernant les réseaux de circulation et d’échanges (exploitation du sel) et touche au statut des occupations au début du second âge du Fer.

4Ces deux sites contigus sont de loin les plus spectaculaires. La chronologie s’étend pour l’essentiel de la fin de l’âge du fer à la fin du ier s. apr. J.‑C. et illustre le passage de la ferme indigène à l’établissement rural gallo-romain, voir à la villa. La superficie de ces établissements s’étend sur plus d’une dizaine d’hectares. Le réseau de tranchées doublé de larges fenêtres permet de restituer les grandes lignes de cet établissement à vocation agropastorale de la fin de La Tène (site 4). La première occupation semble dater de la fin du second âge du Fer (La Tène D). Plusieurs systèmes de vastes enclos s’inscrivent dans l’emprise et marquent plusieurs états du site. De nombreuses structures creusées ont été repérées au sein ou à proximité de ces réseaux fossoyés. Parmi elles, un four à sel indigène atteste de l’exploitation saunière sur le site et positionne le site parmi ceux à statut particulier, voire privilégiés.

5Un grand enclos rectangulaire long d’au moins 350 m sur 170 m de large est mis en place sous la période julio-claudienne (site 7). Ce grand établissement va perdurer jusqu’à la fin du ier s. et présente plusieurs des caractéristiques d’un établissement agricole romain précoce (proto villa ?). Le tracé de l’enclos cernant l’établissement reprend les lignes directrices fixées à la période précédente mais accuse un léger déplacement vers le sud-ouest. C’est à ce stade qu’apparaît un bâtiment sur fondation de craie bien que plusieurs autres unités architecturales sur poteaux ainsi qu’une cave attribuable à la même période aient été reconnues. Du point de vue du mobilier, il est intéressant de noter que l’importance des importations (diversité, quantité) ne trouvent de comparaisons que dans les centres urbanisés comme les chefs-lieux de cités ou les agglomérations secondaires (Ribemont-sur-Ancre, Vendeuil-Caply par exemple) mais aussi que ce mobilier trouve un écho remarquable sur le site gallo-romain contigu, au lieu-dit La Dériole qui a fait l’objet d’une fouille archéologique lors du projet autoroutier A29 et dont le cœur de site sera exploré dans le cadre du diagnostic de la seconde tranche. Il est donc particulièrement intéressant de remarquer que le site présenté ici a été contemporain de la villa fouillée en 2002, villa présentant une richesse mobilière étonnante.

6Bien que l’on note la présence de mobilier de la séquence flavienne et antonine, l’établissement semble marquer un net déclin à la fin du ier s. (abandon du cadre de la proto villa ?). Ce phénomène est d’autant plus intéressant, car il n’avait été observé que dans le cas d’une seule villa, à Renancourt, villa abandonnée elle aussi à la fin du ier s. ou au début du iie s., La fouille de cet ensemble serait ainsi tout particulièrement prometteuse sur le plan scientifique, notamment pour nous éclairer sur les quelques décennies encadrant la Conquête.

7Une première nécropole (site 6) à incinération est datée par la fouille d’une de ses tombes de La Tène D1. Le décapage partiel de la nécropole (tranchées intermédiaires) a permis de reconnaître sept tombes. L’incinération fouillée présente un bon état de conservation. Le défunt a été placé dans une fosse circulaire. L’amas osseux est accompagné par un viatique constitué de 5 vases. La fouille a permis en outre de recueillir une paire de forces.

8Un second ensemble de tombes à incinération (site 7) a été diagnostiqué. Le décapage partiel a permis de reconnaître cinq tombes dont l’une a été fouillée et est datée de La Tène C2/D1. Un enclos dont la datation n’est pas établie pourrait être associé à cet ensemble. La tombe fouillée présente un bon état de conservation. L’amas osseux n’est pas dégradé, le viatique comprend trois vases.

9Il reste difficile en l’état de nos connaissances de relier ces ensembles funéraires à une quelconque occupation du second âge du Fer. Elle participe cependant à documenter nos connaissances sur l’implantation de ces populations dans le paysage en densifiant la trame des sites de La Tène sur cette portion du plateau, d’autant que peu d’indices funéraires avaient pu être mis au jour dans le cadre des opérations de l’A29 concernant cette période. Un troisième ensemble de tombes à incinération (site 8) attribuables à la période antique a été reconnu. La fenêtre réalisée a permis la reconnaissance de quatre tombes. La fouille de l’une d’entre elles a permis la découverte exceptionnelle d’un vase en verre côtelé de couleur bleue cobalt, disposé sur l’amas osseux. La tombe est attribuable au ier ou iie s. apr. J.‑C. Élément d’importation, cette découverte pose la question du statut du défunt.

Fig. 1 – Tombe à incinération datée de La Tène D1

Fig. 1 – Tombe à incinération datée de La Tène D1

Site 6.

Cliché : N. Cayol (Inrap).

Fig. 2 – Vase en verre bleu cobalt issu d’une tombe à incinération du ier s. apr. J.‑C.

Fig. 2 – Vase en verre bleu cobalt issu d’une tombe à incinération du ier s. apr. J.‑C.

Site 8.

Cliché : N. Cayol (Inrap).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Tombe à incinération datée de La Tène D1
Légende Site 6.
Crédits Cliché : N. Cayol (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/84139/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 897k
Titre Fig. 2 – Vase en verre bleu cobalt issu d’une tombe à incinération du ier s. apr. J.‑C.
Légende Site 8.
Crédits Cliché : N. Cayol (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/84139/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 632k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Cayol, « Croixrault, Thieulloy-l’Abbaye – Zac du sud-ouest Amiénois » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Hauts-de-France, mis en ligne le 06 juillet 2021, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/84139

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Auteur

Nicolas Cayol

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