1L’aménagement des Serres de Pierrelatte a provoqué des destructions importantes des sols, et les différents travaux liés à la mise en valeur des terres (remblaiements et nivellement) durant près de 2 000 ans peuvent desservir la compréhension de l’implantation anthropique pour les périodes post-antiques. Treize sondages ont permis d’échantillonner les parcelles, à près de 8,5 % (1 903 m2). Au total, 21 structures archéologiques ou géomorphologiques ont été découvertes dans douze sondages et concernent deux périodes avérées par datation.
2La première concerne la Protohistoire, et notamment le second âge du Fer, La Tène finale, et, dans une moindre mesure, un élément céramique résiduel daté probablement du Bronze ancien. Ces découvertes font écho à celles situées à proximité du site et convergent dans le sens d’une possible implantation laténienne conséquente dans ce secteur du sud de Pierrelatte.
3La seconde période concerne l’Antiquité romaine, avec le Haut-Empire et le Bas-Empire, qui sont représentés par des structures à vocation agro-pastorale, un possible bâtiment associé à des zones d’épandage de terre cuite architecturale, et peut-être un fossé à mettre en relation avec le cadastre B d’Orange.
4Les indices matériels apportés par le groupe de structures situés à l’est du site semblent indiquer la présence à proximité de zones artisanales et/ou agro-pastorales plus importantes.
5Diverses structures (fosses, fossé) sans possibilité de datation sont présentes également dans le paléochenal F.1.2 ou sur les hauts fonds de graviers. Ces occupations se sont développées dans un contexte alluvial particulier. Le site a été dans un premier temps alluvionné par un système de chenaux en tresses issus des affluents rhodaniens de rive gauche, entraînant la mise en place de dépôts graveleux. Puis un tarissement de cette sédimentation s’est effectué, avec un colmatage détritique partiel des chenaux hérités, Postérieurement, l’incision majeure d’un large paléochenal (F.1.2) a entaillé tous les dépôts antérieurs. Ce paléochenal, élément fortement structurant du paysage, appartenant probablement à un plus vaste méandre, a ensuite été déconnecté du réseau hydrographique actif et a fonctionné en « bras mort ». Son comblement organique polyphasé renferme des fragments de terre cuite architecturale, indiquant un âge contemporain ou postérieur d’une ou de plusieurs occupations mises au jour. En effet, l’hypothèse d’un démantèlement de ces occupations, en lien avec un changement majeur de l’occupation du sol, reste probable.
6La qualité et la quantité des informations permettant d’évaluer l’évolution chronologique et spatiale des implantations anthropiques en lien, certainement fort, avec leur environnement naturel restent lacunaires. L’éventualité de mettre en évidence sur l’emprise ou à proximité une ferme gallo-romaine reste néanmoins très forte. Il restera à déterminer la façon dont les habitants des périodes protohistorique et antique de cette partie de la plaine tricastine ont pu s’adapter à un milieu naturel à l’hydrologie marquée.
Fig. 1 – Plan général du site
DAO : C. Chatellier, N. Saadi (Inrap).
Fig. 2 – Céramique La Tène finale issue de F.5.8
Dessins : C. Bellon (Inrap).
Fig. 3 – Sondage 5 : F.5.2 (fossé de La Tène finale ou antique)
Cliché et DAO : N. Attiah (Inrap).
Fig. 4 – Élément de mouture
Dessin : S. Cousseran-Néré (Inrap).
7Berger et al., 1997 : Berger J.-F., Brochier J.-L., Jung C., Odiot T. : Données paléogéographiques et données archéologiques dans le cadre de l’opération de sauvetage archéologique du TGV Méditerranée, in Burnouf J., Bravard J.-P., Chouquer G., Dynamique des paysages protohistoriques, antiques, médiévaux et modernes, Actes des XVIIe Rencontres Internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes, Sophia Antipolis, APDCA, p. 155-183.