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AccueilRégionsAuvergne-Rhône-Alpes201574 – Haute-SavoieThyez – Route des Lanches

2015
74 – Haute-Savoie

Thyez – Route des Lanches

Opération préventive de diagnostic (2015)
Responsable d’opération : Christophe Landry

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1Le diagnostic a permis de mettre au jour, dans trois sondages, les vestiges de bâtiments antiques, ainsi que du mobilier daté du ive s. apr. J.‑C. Les vestiges se concentrent dans la moitié sud de l’emprise, tandis que la moitié nord est occupée par un épais remblai contenant un abondant mobilier gallo-romain, qui couvre le Haut-Empire et l’Antiquité tardive. La frange la plus au nord est occupée par un ancien marais, ayant conservé du mobilier, et des bois. La grave a été atteinte et un échantillon de bois a été prélevé à la base de la séquence sédimentaire du marais. Il est en cours de datation par AMS (spectromètre de masse par accélérateur) et viendra compléter les travaux menés sur les bras et débordements de l’Arve entrepris plus au sud.

2Le premier ensemble construit a été dégagé dans le sondage 1 sur une surface de 60 m2 : il est fermé au nord et à l’ouest, mais se prolonge hors sondage au sud et à l’est. La base des murs porteurs comporte à l’intérieur des enduits rouges sur mortier de tuileau, tandis que des plaques d’enduits blancs et rouges sur mortier de chaux sont effondrées et peuvent provenir du plafond ou de la partie supérieure de l’élévation. Une plaque d’enduit blanc sur mortier de chaux a également été prélevée à l’aplomb extérieur du mur occidental. Un édicule carré s’apparentant à un bassin a été dégagé : le fond et les parois internes comportent un revêtement de mortier de tuileau. La structure est comblée par un remblai d’enduits peints sur mortier de chaux. Plusieurs couleurs sont représentées, dont du rouge, du blanc, du vert et du jaune. Des lignes grossières évoquent des compositions en panneaux, tandis que des traces d’outil sont perceptibles. Cet ensemble paraît homogène et peut renseigner sur le décor d’un des espaces du bâtiment. Deux autres probables édicules sont perceptibles en limite de sondage, dont l’un semble composé de murets en tuf, en partie accolés à des tuiles sur chant. Le premier édicule correspond certainement à un bassin, même si des exemples de petite cella présentent des plans similaires. Des fragments de possibles tubuli et de carreaux en terre cuite sont présents dans les remblais. Ces derniers s’apparentent aux possibles vestiges de pilettes ou de dalles de suspensura d’un hypocauste. Ces éléments (mortier de tuileau, enduits peints, tubuli, carreaux, bassin) permettent donc d’évoquer un espace chauffé potentiellement à fonction thermale, au sein d’une domus, ou d’un édifice public. La vocation cultuelle du lieu ne peut être exclue, et même suggérée par le contexte, une dédicace à Mars ayant été mise au jour anciennement à moins de 50 m. Si la datation du ive s. se confirme, on peut envisager aussi bien un espace thermal, en lien avec un sanctuaire païen, qu’un lieu de culte paléochrétien abritant une cuve baptismale.

3Un autre ensemble construit se développe dans les sondages 2 et 3, et il obéit à deux autres orientations, suggérant deux états d’aménagement. Les constructions des trois sondages ne s’intègrent pas dans les trames mises en évidence plus au sud lors de la fouille des îlots d’habitat et artisanaux de l’agglomération. Dans les sondages 2 et 3, les maçonneries sont plus grossières que dans le sondage 1, et les murs extérieurs, au nord et à l’ouest, sont en pierres sèches, de très gros blocs erratiques ayant été employés en fondation de l’angle nord-ouest, le plus proche du marais. Le mur le plus oriental n’est pas rectiligne, et esquisse une forme cintrée : doit-on y voir un départ d’abside ? Le mobilier retrouvé dans les fondations date là encore du ive s. L’espace sud entre les sondages 1 et 3 n’a pas été ouvert, afin de conserver intact un minimum de vestiges.

4Dans le sondage 1, un état postérieur au bâtiment du ive s. démontre que l’édifice a été réutilisé au haut Moyen Âge : des sépultures y ont été aménagées, soit dans des loges délimitées par des petits murets en pierres sèches, soit dans des coffres formés de dalles de lauze. Toutes les tombes sont orientées tête à l’ouest, regardant vers le levant. Un minimum de quinze tombes a été repéré. Quelques ossements, prélevés en surface après avoir été bougés par la pelle mécanique, démontrent que les coffres abritent parfois plusieurs défunts. Une datation au radiocarbone sur un os d’enfant situe l’une des tombes entre 680 et 880, avec une très forte probabilité au viiie s. Ces tombes sont installées dans un bâtiment reprenant certains murs antiques, et auxquels sont ajoutées d’autres maçonneries, moins soignées. Ce bâtiment, à l’évidence une église ou une basilique, n’est que très partiellement appréhendé sur la surface concernée par le projet. II se situe à 50 m de l’église actuelle de Thyez, datée du Moyen Âge central. La forte concentration de défunts plaide pour un lieu de culte important, ayant été utilisé sur une longue durée.

5Ce site revêt donc deux intérêts majeurs. Il renseigne une phase de l’Antiquité, le ive s., qui n’était encore que peu représentée dans les secteurs déjà fouillés de l’agglomération romaine. Le mobilier présent dans les remblais au nord peut compléter notre connaissance de la culture matérielle des habitants de la vallée, tandis que l’observation des niveaux profonds du marais permet de mieux comprendre les divagations de l’Arve. La nature du bâtiment, thermes, privés ou publics, ou lieu de culte, donne également un attrait particulier au site, car ce type d’occupation n’est pas encore documenté dans la vallée de l’Arve. Ensuite, l’église du haut Moyen Âge pourrait avoir succédé à un lieu de culte paléochrétien, fait également non documenté dans la vallée, et même rare dans la région. En soi, ce lieu de culte primitif constitue une source d’information précieuse pour la connaissance des populations sous domination burgonde puis franque dans cette vallée, qui constituait à l’époque romaine un axe de communication privilégié avec le Valais suisse.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe Landry, « Thyez – Route des Lanches » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Auvergne-Rhône-Alpes, mis en ligne le 18 février 2021, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/98034

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Auteur

Christophe Landry

Inrap

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Responsable d’opération

Christophe Landry

Inrap

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