1Proposées comme expérimentations probatoires pour juger du potentiel du chaînon du Salève à offrir un corpus suffisant de données sur le charbonnage, les prospections et recherches documentaires réalisées en 2015 ont confirmé l’existence de charbonnières en divers points de l’espace pris en compte, c’est-à-dire de l’ancien district sidérurgique médiéval. Une trentaine d’indices, tant archéologiques (26), qu’historiques (4) ou toponymiques (2), a été relevé sur sept des treize communes qui se partagent le chaînon.
2Les sources historiques signalent une modeste fabrication de charbon de bois à usage local dans les années 1820-1830 dans le territoire de quelques communes. Elles confirment une gestion ancienne de la forêt précisée déjà dans la Lex Burgundionum (vie s. apr. J.‑C.). Au xviiie s., une gestion canton par canton permettait des usages multiples : coupes de bois de chauffage, d’œuvre, collecte des écorces, pâturage sous bois, essartages temporaires, production de cendres, etc. Le statut de l’espace forestier (privé, commun) importait beaucoup dans les choix de gestion. Le mode de gestion (taillis, futaie, pré-bois…) et la topographie influençaient la répartition géographique de ces usages.
3Les très rares mentions du toponyme « charbonnière » se rapportent à des faits particuliers, traces de charbons visibles dans le sol au moment de sa mise en valeur, par exemple ; ceci s’explique par l’itinérance inhérente à la fabrication du charbon de bois.
4L’archéologie permet d’approcher plus finement ces ateliers temporaires, qui se présentent fréquemment sous forme de plates-formes entaillées dans le versant, utilisant moins couramment un replat naturel, et, encore plus rarement, en forme de fosse. Les charbonnières sont plus répandues dans les secteurs forestiers proches des lieux habités (pieds de versants), ou bien proches de chemins encore actifs ou abandonnés ; quelques plates-formes ont été repérées en altitude à proximité ou non de sites sidérurgiques, quelquefois en plein pâturage. Le rebord du replat, artificiel ou non, est parfois marqué par un alignement sommaire de blocs de roche locale (calcaire essentiellement) formant muret de soutènement ; le sol est souvent charbonneux, mais pas toujours, et la tarière permet de confirmer ou non l’existence d’un lit de charbons en profondeur (0,20 à 0,40 m). Plusieurs occurrences montrent un lessivage de la surface de charbonnage postérieur à l’activité, et un épandage en aval de la terrasse d’une partie du niveau charbonneux. Une des plates-formes comprend peut-être la trace d’une chaudière, technique développée particulièrement pendant la Seconde guerre mondiale.
5Quatre nouveaux crassiers ont été également identifiés lors de ces campagnes, ainsi qu’un nombre remarquable de vestiges de fours à chaux (fosses circulaires). Cette activité était aussi consommatrice de bois de chauffage.
6Les campagnes futures élargiront l’espace couvert par les prospections et poursuivront les enquêtes historiques et orales. Des prélèvements seront effectués, afin de commencer à collecter les charbons pour les analyses anthracologiques à venir.