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Mélanges
Comptes rendus

Gleize Yves (dir.), Qedemt et les espaces funéraires de Lalibela (xie-xxie siècle). Vies et usages sépulcraux d’un site

Christian Dupuy
p. 359-361
Référence(s) :

Gleize Yves (dir.), Qedemt et les espaces funéraires de Lalibela (xie-xxie siècle). Vies et usages sépulcraux d’un site, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2023, 369 p.

Texte intégral

  • 1 La taille des roches basaltiques à cet endroit s’est opérée en quatre grandes étapes que documente (...)

1Qedemt est un cimetière situé à 500 mètres des célèbres églises monolithiques de Lalibela qui constituent un haut-lieu de pèlerinage pour les chrétiens d’Éthiopie. Yves Gleize y a dirigé des fouilles entre 2010 et 2014. Les décapages sur 100 m² ont révélé l’existence de quarante-et-une fosses sépulcrales, creusées dans plusieurs dizaines de centimètres de terre arable jusqu’au substrat basaltique qu’elles entaillent souvent superficiellement. Les transformations du site au fil des siècles et l’érosion du sol ont fortement perturbé ces structures dont ont été exhumés les restes de cinquante-sept personnes. Le très mauvais état de conservation de leurs squelettes, surtout dû aux termites, n’a pas permis de restituer les gestes funéraires avec la précision souhaitée, ni de mettre en évidence des pathologies et/ou des traumatologies. Néanmoins, les données archéologiques et anthropologiques enregistrées, alliées aux contributions de sept spécialistes – Régis Bernard (topographe), Claire Bosc-Tiessé (historienne), Mare-Laure Derat (historienne), Anne-Lise Goujon (céramologue), Jean-Bernard Huchet (bioanthropologue), Joséphine Lesur (archéozoologue), Romain Mensan (géomorphologue) – conduisent Yves Gleize à poser plusieurs jalons chronoculturels et à dresser quelques passerelles entre les modes d’inhumations pratiqués à Qedemt et les différentes phases de creusement des formations volcaniques de Lalibela1.

2Vingt-trois datations au C14 sur ossements font remonter les sépultures fouillées aux xie-xviiie siècles. L’orientation des fosses les plus anciennes et la position des corps apparaissent plutôt aléatoires. Les funérailles s’achevaient par le dépôt ou le bris de poteries sur les couvertures constituées d’un agrégat de bois, de terre et de pierres. Une sépulture du xiie siècle, fermée par des dalles de basalte scoriacé – au vu de leur minéralogie, probablement issues de Lalibela où étaient alors creusées des cavités sans direction privilégiée (phase « hypogée ») –, a livré un petit vase à anse et col étroit, usé en partie basse par suite de sa longue utilisation. Aux xiiie-xive siècles, les inhumations sur le dos, tête à l’ouest, deviennent fréquentes, au moment où sont sculptées les églises de Lalibela (phase « monumentale 1 »). Cette orientation se généralise à partir du milieu du xve siècle tant à Qedemt qu’à Lalibela où sont taillées des fosses dans le sol des églises rupestres consacrées depuis peu (phase « monumentale 2 »).

3Les dizaines de trous de poteaux mis au jour révèlent que des pieux étaient fichés dans le sol à travers le cimetière. Sans doute l’étaient-ils aux côtés de clôtures, de haies végétales et/ou d’arbres afin de délimiter les voies de circulation qu’empruntaient les processions funéraires. Les tombes, de par leur étroitesse et leur surcreusement aux extrémités, étaient inadaptées pour recevoir des cercueils. Les juxtapositions des ossements au niveau des avant-bras et des chevilles constatées sur certains squelettes supposent un ligotage des corps, comme il est parfois décrit dans les hagiographies. Les défunts pouvaient être placés dans des lattes de bois, des nattes, des tissus en coton ou bien des linceuls en cuir, puis ficelés dans ces enveloppes avant d’être inhumés. De ces empaquetages, rien ne s’est conservé.

4Deux situations témoignent d’un marquage durable des tombes : d’une part l’inhumation d’au moins huit personnes dans une même fosse durant plus d’un siècle, d’autre part les alignements et les juxtapositions de plusieurs sépultures individuelles, sans recoupement ni chevauchement de leurs parties souterraines. Yves Gleize suggère que les blocs de basalte retrouvés épars sur l’aire de fouille auraient pu être entassés à la verticale des tombes dans ce but. À la suite de quoi, les labours à l’araire sur le cimetière à l’abandon auraient arasé ces amoncellements et dispersé leurs matériaux constitutifs.

5L’examen minutieux des mille cent soixante-quinze tessons récoltés conduit Anne-Lise Goujon à dresser une typo-chronologie de la céramique qui tient compte : de la préparation de l’argile et de son façonnage qu’elle appréhende à partir des macrotraces et des microtraces caractéristiques, visibles au niveau de la surface et des cassures des tessons ; des formes des poteries qu’elle restitue graphiquement en se basant sur la géométrie des fragments retrouvés ; des types de préhension ; des décors. Des analyses biomoléculaires sont envisagées afin d’identifier ce que contenaient ces récipients au moment des funérailles : encens, beurre, miel, bouillie de céréales, lait, bière, etc. ?

6La reproduction des relevés de fouille, les dessins des structures mises au jour suivant plusieurs vues, les photographies des vestiges anthropologiques, archéologiques et paléontologiques collectés alliées à la restitution de leur position chrono-stratigraphique, à leurs description, identification et classement, bref l’ensemble des données soigneusement consignées dans cette monographie en fait une somme d’intérêt majeur pour la poursuite des recherches à Qedemt et dans les espaces funéraires voisins. Cette documentation de référence s’avèrera également fort utile, à des fins comparatives, lorsque seront étudiés d’autres cimetières médiévaux chrétiens d’Éthiopie. Que les huit auteurs qui ont œuvré de concert à sa constitution soient remerciés, la palme revenant à Yves Gleize en ses qualités de directeur de publication et d’auteur principal ! Anne-Lise Goujon mérite, elle aussi, des félicitations particulières eu égard à son importante contribution sur la céramique.

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Notes

1 La taille des roches basaltiques à cet endroit s’est opérée en quatre grandes étapes que documente le livre de 2019, Lalibela. Site rupestre chrétien d’Éthiopie, publié sous la codirection de Claire Bosc-Tiessé et Marie-Laure Derat aux Presses universitaires du Midi comme le présent ouvrage.

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Pour citer cet article

Référence papier

Christian Dupuy, « Gleize Yves (dir.), Qedemt et les espaces funéraires de Lalibela (xie-xxie siècle). Vies et usages sépulcraux d’un site »Journal des africanistes, 94/1-2 | 2024, 359-361.

Référence électronique

Christian Dupuy, « Gleize Yves (dir.), Qedemt et les espaces funéraires de Lalibela (xie-xxie siècle). Vies et usages sépulcraux d’un site »Journal des africanistes [En ligne], 94/1-2 | 2024, mis en ligne le 09 mai 2025, consulté le 21 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/africanistes/14374 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13wbo

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Auteur

Christian Dupuy

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

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